Histoire coloniale et postcoloniale

Accueil > racisme, antisémitisme, xénophobie > les étrangers > l’immigration est une ressource

l’immigration est une ressource

mercredi 3 décembre 2014

« Les pays bénéficieraient davantage de l’immigration s’ils considéraient les migrants comme une ressource plutôt que comme un problème, et les politiques d’intégration comme un investissement » a déclaré le 1er décembre 2014 le Secrétaire général de l’OCDE lors de la présentation du rapport de l’OCDE sur les Perspectives des migrations internationales 2014 [1] ». Et il a insisté :
« Les politiques migratoires devraient être une priorité pour les pays de l’OCDE, et les politiques d’intégration considérées comme le meilleur investissement possible en terme de croissance économique, de cohésion sociale et de bien-être ».

Voila quelques vérités qui mériteraient d’être mieux connues.

De même que les chiffres de l’immigration donnés dans ce rapport et qui montrent que la France est loin d’être submergée par l’immigration “massive” que certains agitent comme un épouvantail :

La France a accueilli 258.900 migrants permanents en 2012, dont une grande partie d’Européens. Un niveau comparable à celui du Royaume-Uni (286.000) ou de l’Italie (258.000), mais inférieur à l’Allemagne (400.000). Si l’on retire les ressortissants de l’Espace économique européen et de la Suisse, l’immigration permanente atteint 163.000 entrées en 2012.

En 2012, la plupart des ressortissants de pays tiers admis en France venaient d’Afrique (61%), essentiellement d’Algérie (25.000 personnes), du Maroc (20.000) et de Tunisie (12.000). L’Asie était la deuxième région d’origine, avec la Chine (7.200 personnes) et la Turquie (6.100).

Pour ce qui est de l’asile, la France a enregistré 41.000 demandes d’adultes et 14.000 de mineurs en 2012, provenant surtout de la République démocratique du Congo, de la Russie, du Sri Lanka, de la Serbie ou du Montenegro.

Le nombre de naturalisations a diminué, tombant à 96.000 cas, soit 16% de moins qu’en 2011. Le nombre d’acquisitions de nationalité par décision administrative a baissé à 46 000 cas, sans doute du fait "du durcissement des conditions d’admissibilité et, en particulier, de l’instauration d’exigences plus strictes quant à la connaissance de la langue", note le rapport.

Enfin le nombre d’expulsions du territoire a augmenté d’environ 9%, concernant 23.000 personnes, selon les chiffres de l’OCDE.

Expulsion musclée d’un squat occupé par des Roms, à Toulon le 19 mars 2013 (B. Isolda)

Immigration : « Trop de restrictions »


Antoine Math. Pour l’économiste, la France « ne peut prétendre à la fois être une grande nation porteuse de valeurs telles que les Droits de l’Homme » et se montrer si sévère en matière d’immigration...

Antoine Math, économiste, est chercheur à l’Institut de recherche économique et sociale et spécialiste des enjeux sociaux liés à l’immigration. Pour lui, la politique de la France sur la question de l’immigration, soumise aux aléas de postures politiques contradictoires, devient de moins en moins lisible.

  • Globalement, l’OCDE semble dire que la France n’est pas un élève très doué, en matière d’immigration ?

Globalement, nous sommes plutôt dans des flux d’immigration relativement faibles par rapport aux autres pays de l’OCDE. Ce n’est pas nouveau, c’est même assez connu : nous sommes dans un pays où il y a beaucoup de restrictions, ce qui est une chose, mais nous sommes peut-être aussi un pays qui n’attire pas. Contrairement à ce que certains prétendent. Beaucoup de candidats à l’immigration ne se dirigent pas principalement vers la France mais plutôt vers d’autres pays. D’une certaine manière chez nous, on peut dire que c’est ainsi depuis 25 ans, et quels que soient les gouvernements, de droite ou de gauche. La direction politique à la tête de notre pays ne change pas grand chose. Quant à ce que dit l’OCDE... Il faut tenir compte du fait qu’elle est dans une logique assez économique, c’est à dire dans une vision très positive de l’immigration parce que c’est un
facteur de développement économique en général, ce que montrent à peu près toutes les études. Elle s’en tient à ça.

  • L’OCDE déplore que « la part de la France dans le marché mondial de l’enseignement supérieur est en baisse... »

C’est vrai qu’il y a une compétition internationale sur le marché de l’Éducation. Parce que tout simplement un étudiant étranger ça rapporte, y compris lorsqu’il vient d’un pays pauvre. Parce qu’il travaille, parce qu’il gère des revenus, parce qu’il participe à la richesse. C’est vrai que dans ce cadre-là, la France à toujours été un pays, pour des raisons qui sont liées à son histoire coloniale, à forte immigration d’étudiants. Elle en a formé beaucoup. D’une certaine manière ça continue, mais il est vrai que la France n’est pas le pays qui forcément attire le plus. On dit que la France est troisième, mais c’est sur le total des flux. Nous sommes quand même un pays de 65 millions d’habitants et nous ne pouvons décemment pas nous comparer à de plus petits pays. Au bout du compte, nous n’ouvrons pas si large que ça les portes de nos universités.

Quand vous voulez trier l’immigration et que vous voulez faire passer les personnes dans un tamis particulièrement sélectif voire parfois humiliant, il se trouve que même ceux que vous voudriez retenir, les pépites d’or en quelque sorte, ne veulent plus passer dans le tamis et se détournent. On voit des gens, des étudiants qui ont étudié chez nous et qui sont très qualifiés, à qui on fait tant de misères qu’ils finissent par se détourner de la France pour se diriger vers des pays où on les accueillent à bras ouverts. Au Canada, par exemple...

  • La place prise par l’immigration dans le débat politique hexagonal est forcément en cause ?

Depuis 20 ans, la politique de l’immigration est vraiment entrée dans le débat public. Elle est même au centre des préoccupations pour beaucoup de partis politiques. Et il y a des postures et une surenchère qui ne conduisent pas toujours à des décisions ou des orientations très rationnelles. Notamment, il y a énormément de restrictions. Or, on sait bien qu’à force de poser des restrictions, ceux qui pourraient venir et qu’on voudrait retenir ou attirer chez nous, comme des chercheurs ou des étudiants hautement qualifiés, etc. ne le voudront pas. Ou quand ils sont là ne resteront pas. Quelque part il est difficile à la fois d’attirer une immigration qui serait recherchée, une « immigration choisie », pour reprendre l’expression de Nicolas Sarkozy, quand en même temps on entretient énormément de suspicion et de restriction sur une immigration qui est « subie  », toujours pour reprendre le jargon du même Sarkozy... La France porte énormément de contradictions. On ne peut pas à la fois prétendre être une grande nation, porteuse de valeurs universelles comme les droits de l’homme, etc. et en même temps pratiquer des politiques extrêmement restrictives en matière d’immigration. Pas plus que pratiquer à l’étranger, en Afrique par exemple, l’ingérence calculée. Je crois qu’il y a d’énormes contradictions qui obèrent la lisibilité de la France en général.

entretien réalisé par Claude Gauthier,
publié le 2 décembre 2014, dans La Marseillaise


Expulsion musclée d’un squat occupé par des Roms, à Toulon le 19 mars 2013 (B. Isolda)

« A moi, on n’a pas demandé mes papiers... »

François N. : Le militant de la LDH se dit pessimiste devant le traitement politique de l’immigration.

François N. est enseignant à la retraite et anime avec son épouse la section de Toulon de la Ligue des droits de l’homme (LDH). Le site web animé par le couple est parmi les plus visités de France. Non seulement parce que la LDH locale a compris depuis longtemps l’importance de la communication électronique, mais parce que son assiduité sur le terrain de la lutte contre les injustices et les inégalités est exemplaire depuis vingt ans. L’engagement de François N. a pris sa forme la plus tenace avec l’arrivée du FN en Rade dans les années 90 et les attaques en règle contre les émigrés de tous horizons érigées en politique municipale.

A la lecture des premières conclusions de l’OCDE, hier, il a forcément tiqué : « Quand on lit que l’OCDE appelle ses membres à favoriser l’immigration, parce qu’elle représente une richesse et surtout pas une entrave aux économies des pays qui la composent, et qu’en même temps on constate l’accumulation des décisions politiques prises en France et en Europe contre les émigrés ... on ne comprend plus. »

Il en veut au personnel politique : « Les premiers responsables de la situation des émigrés en France sont les responsables politiques qui ne disent pas les choses. Ceux qui utilisent le ressentiment à leur propres fins politiciennes comme on l’a remarqué sous la précédente [présidence] et les campagnes qu’il y a eu contre les Roms. Il y a combien de Roms en France ? Il n’y en a pas 20 000 ! C’est un dévoiement de la politique. Il ne s’agit même pas de mauvaises réponses à de bonnes questions. En l’occurrence il n’y a pas de question Rom. On utilise seulement le malheur des gens de façon cynique. »

Pour le coup, le message du militant, hier, n’était pas de la première gaieté. Alors qu’il suit plusieurs dossiers, le plus souvent jusqu’au tribunal, de personnes immigrées en proie aux difficultés administratives, François N. avoue que le pessimisme le gagne. Parce que les mentalités n’évoluent pas et que son travail militant se heurte à un immobilisme qu’il juge parfois trop lourd à porter : « Je vais donner un exemple qui au départ a aussi trait aux Roms. C’était l’an dernier. Il y avait un squat à Toulon. C’est vrai que les conditions étaient épouvantables. C’était intenable, ça puait, il y avait de la saleté un peu partout. Il y avait cette décision de les évacuer. Sous protection de CRS ou quelque chose comme ça... J’assistais à cette expulsion avec quelques autres. Les Roms sortaient leurs baluchons et personne dans le public ne protestait. Deux jeunes sont arrivés pour se joindre au petit groupe de spectateurs qui s’était formé. Il se trouve qu’ils étaient de type maghrébin. Immédiatement, un membre des forces de l’ordre est venu pour contrôler leur identité et l’un des deux a été immédiatement embarqué. En fait, je crois que tout est dans cette histoire. Personne ne protestait. Et pourtant un de ces deux-là a été embarqué. A moi, on ne m’a rien demandé. On ne m’a pas demandé mes papiers. Au bout du compte, tant que nos responsables politiques continueront non seulement de laisser faire mais, pire, de jouer avec ça à de tristes desseins stratégiques, j’ai bien peur que notre combat ne soit guère utile. Et je suis très pessimiste pour la suite. »

Sans autre forme de commentaire.

Claude Gauthier, La Marseillaise, le 2 décembre 2014