Histoire coloniale et postcoloniale

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l’ouverture à l’extrême droite

samedi 29 août 2009

Nicolas Sarkozy en personne présidera le comité de liaison de la majorité, à l’Elysée, mercredi 2 septembre [1]. Mis en place au lendemain des européennes, le comité réunit l’UMP et les partis se reconnaissant dans la majorité présidentielle. C’est la première fois qu’il est convoqué depuis le ralliement de Philippe de Villiers et du chasseur Frédéric Nihous. La décision de Nicolas Sarkozy de présider cette réunion, alors que celle de juillet l’avait été par François Fillon et Jean-Claude Gaudin, souligne sa volonté d’organiser la majorité directement autour de lui. [2]

Le Mouvement pour la France (MPF) de Philippe de Villiers et Chasse, pêche, nature et tradition, présidé par Frédéric Nihous, rejoignent le Comité de liaison de la majorité présidentielle, présidé par Jean-Claude Gaudin, maire UMP de Marseille.

Installé le 30 juin, ce comité vise à construire une “droite plurielle” pour les régionales de mars 2010, afin de reprendre le maximum de régions à la gauche qui en détient actuellement 20 sur 22 – dont celle des Pays de la Loire, présidée par Jacques Auxiette, vers laquelle Christine Boutin avait tendance à lorgner. L’une des deux régions avec le Poitou-Charentes – présidé par Ségolène Royal – où le MPF de Philippe de Villiers pèse le plus : il y a réalisé respectivement 14 % et 11,5 % aux dernières européennes. Xavier Bertrand et Philippe de Villiers ont décidé de s’associer afin de bouter la gauche hors de ces terres.

Outre l’UMP, le comité de liaison rassemble le Parti radical de Jean-Louis Borloo, les Progressistes d’Eric Besson, le Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin, le Nouveau centre d’Hervé Morin et la Gauche moderne de Jean-Marie Bockel.

Selon Le Figaro du 11 août, « les relations au sein du comité de la majorité devraient être sereines, puisqu’avant d’officialiser l’entrée de Philippe de Villiers Nicolas Sarkozy l’a encouragé à rencontrer Jean-Marie Bockel et Éric Besson. Avec le premier, l’entente a été immédiate. Le second, en revanche, avait émis des préventions mais, selon un membre du comité de liaison, “Besson et Villiers” ont fini par se tomber dans les bras l’un de l’autre »

Seule Christine Boutin, présidente de Parti chrétien-démocrate, continue à manifester sa mauvaise humeur. L’ancienne ministre du logement redoute que « la droite y perde son âme ». Propos d’aigrie, relativise le secrétaire général de l’UMP qui attribue cette réaction à sa « rancœur de ne plus participer au gouvernement ». Et Jean-Claude Gaudin de prendre la défense de Philippe de Villiers, « homme de grande qualité, d’honnêteté, d’intégrité, aux formules ciselées. Il représente une fraction de la droite républicaine et quelques pourcentages de voix. Il nous dit qu’il est globalement d’accord avec la politique de Sarkozy, il est le bienvenu. »

Pourquoi Philippe de Villiers, président du conseil général de Vendée, a-t-il accepté de se rallier à l’UMP ? « Pour un maroquin  », répond Jacques Auxiette – « celui de la défense », croit savoir Christine Boutin [3]. Peut-être faut-il voir dans ce tropisme la marque d’une tradition familiale. En effet, son grand-père paternel ainsi que son père, Jacques de Villiers (1913-2000), étaient militaires. Ce dernier, après avoir participé à la Résistance, termina la seconde guerre mondiale avec le grade de lieutenant ; durant la guerre d’Algérie, il a été emprisonné à la maison d’arrêt de Rouen pour sa participation à l’OAS dont il fut un membre actif dans le réseau OAS-Ouest. L’Association pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française – ADIMAD – revendique Jacques de Villiers parmi ses « camarades » disparus.

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Pour avoir longuement fréquenté le FN, Jean-Claude Gaudin est un fin connaisseur de l’extrême droite. A partir de 1986, alors qu’il bénéficiait du soutien du FN pour présider la région PACA, Plantu l’a souvent représenté nimbé d’une nuée de mouches [4].

Nous reprenons ci-dessous un épisode célèbre : l’accord URC–FN pour les Bouches-du-Rhône, entre les deux tours des élections législatives de juin 1988 [5].

Les élections législatives dans les Bouches-du-Rhône
Retraits réciproques des candidats de droite et d’extrême droite

par Daniel Schneidermann, Le Monde du 8 juin 1988


Le faux suspense n’aura duré qu’une quarantaine d’heures. Quarante heures de rumeurs, de trompe-l’oeil et d’intoxications diverses pour en arriver à ce qui, dès le début, apparaissait incontournable : un accord en bonne et due forme entre le Front national et les partis de l’ex-majorité parlementaire.

Dès dimanche soir, à peine connus les résultats du premier tour des élections législatives, M. Jean-Claude Gaudin, chef de file de l’UDF marseillaise, répétait ce qu’il n’avait cessé d’annoncer pendant toute la campagne : il ne ferait rien « pour faire élire des socialistes ». Les propos orchestrés de la plupart des candidats de l’URC [6] sur le thème « qu’il ne faut pas se tromper d’adversaire » ne laissaient plus aucun doute. Dans la journée de lundi, M. Gaudin s’envolait pour Paris pour faire avaliser par les instances de l’URC les retraits réciproques des candidats de la majorité sortante et du Front national. Cette bénédiction obtenue sous la force de la reconnaissance de la «  particularité » de Marseille, il ne restait plus à M. Gaudin, rentré dans la nuit, qu’à officialiser cet accord qui ne veut pas dire son nom. [...]

Depuis plusieurs années, cette union s’inscrit au conseil régional où M. Gaudin, qui est le président, a concédé au Front national quatre présidences de commissions sur treize, ce qui a permis au mouvement de M. Le Pen, dont les représentants sont particulièrement dynamiques, de commencer à se constituer des réseaux et des clientèles. L’apparition pour la première fois lors d’élections législatives de candidats " FNURC ", selon le mot sarcastique d’un proche de M. Le Pen, n’est qu’un pas supplémentaire dans la dérive vers l’extrême droite de la droite marseillaise.

Daniel Schneidermann


L’historiette de M. Gaudin

par Guy Porte, Le Monde du 10 juin 1988


Parole de Jean-Claude Gaudin, il ne s’est rien passé à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône au lendemain du premier tour des élections législatives. Rien en tout cas justifiant le «  tintamarre » qui s’est fait entendre dans la classe politique et les médias après le retrait réciproque intervenu le mardi 7 mai entre les candidats de l’URC et du Front national. Le chef de file de l’UDF, qui ne s’était pas encore expliqué, a fait, mercredi à Marseille devant la presse, un plaidoyer de plus d’une heure, chaleureusement applaudi par ses amis candidats de l’URC.

« Y a-t-il eu un accord national avec le Front national ? Réponse : non ! Y a-t-il eu un accord local ? Réponse : non ? Y a-t-il eu un dialogue entre M. Gaudin et M. Le Pen ? Réponse : non ! Alors qu’est-ce qu’il y a eu ? Dans huit circonscriptions du département trois de nos candidats n’ont pas passé la barre des 12,5 % des inscrits. Ils ont été éliminés.

« Les cinq autres ont constaté le soir du premier tour qu’ils n’étaient pas en position de pouvoir l’emporter au deuxième tour. Que leur maintien ne pouvait que favoriser l’élection du candidat socialiste ou communiste. Ils nous ont donc individuellement fait savoir que dans ces conditions (...) il ne leur apparaissait pas utile de se maintenir. J’ai approuvé cette décision (...). M. le doyen Toga pour le RPR s’est expliqué mardi matin. Comme les nouvelles vont vite, nous avons appris que du côté du Front national on se retirait également. Cela, dira-t-on, l’avez-vous écrit ? L’avez-vous négocié ? Y a-t-il eu une signature au bas d’un parchemin ? Non. »

Rien de plus, rien de moins. Même pas un arrangement. Une simple péripétie électorale. Une historiette... [...]

Guy Porte



[1Et non mardi 1er septembre.

[2D’après Le Figaro du 28 août 2009

[3Référence « L’UMP rachète De Villiers et Nihous », les Inrocks du 20 août.

[4Plantu a repris ce thème à propos de Nicolas Sarkozy.

[5Les dessins de Plantu sont extraits de Ouverture en bémol, 1988.

[6L’URC – Union du Rassemblement et du Centre – est une structure qui a rassemblé, le temps des élections législatives de 1988, le RPR (ancêtre de l’UMP) et l’UDF.