la Birmanie toujours TOTALitaire


article de la rubrique international
date de publication : samedi 15 août 2009


Aung San Suu Kyi qui a déjà été privée de liberté quatorze des vingt dernières années, a été condamnée mardi 11 août à trois ans de prison pour avoir enfreint les règles de son assignation à résidence. La peine a été commuée en dix-huit mois de résidence surveillée, ce qui empêchera l’opposante de participer aux élections nationales de l’année prochaine.

Cette nouvelle condamnation a déclenché un tollé. La présidence suédoise de l’Union européenne a annoncé de nouvelles sanctions contre la junte : « L’UE répondra par de nouvelles mesures ciblées à l’encontre des responsables de ce verdict ». « En outre, l’UE renforcera encore les mesures restrictives qu’elle a prises et qui visent le régime de la Birmanie, y compris ses intérêts économiques », précise-t-elle.

Si l’Union européenne devait mettre ses menaces à exécution, le groupe pétrolier français Total serait en première ligne. Mais Nicolas Sarkozy, qui a réclamé de nouvelles sanctions, n’a évoqué que « le domaine de l’exploitation du bois et des rubis »... [1]


Voir en ligne : Birmanie : un pays sous la botte

Communiqué de la FIDH – 11 août 2009

Un verdict injuste, un avenir sombre pour la Birmanie

La Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme (FIDH), Burma Lawyer’s Council (BLC) et The Alternative ASEAN Network on Burma (Altsean-Burma) expriment leur indignation concernant la condamnation de Daw Aung San Suu Kyi par la Cour de la prison d’Insein à Rangoon à 18 mois d’assignation à résidence.

« Ce verdict choquant illustre une fois de plus le mépris total que la junte birmane affiche vis-à-vis de ses obligations internationales en matière de respect des droits de l’homme et montre la vraie nature du régime. Avec la principale figure de l’opposition ainsi que 2 100 prisonniers politiques derrière les barreaux, les élections prévues par le régime l’année prochaine ne seront rien d’autre qu’une farce », déclare Aung Htoo, secrétaire général de BLC.

Dans une note de position publiée aujourd’hui [2], la FIDH, BLC et Altsean-Burma démontrent que les violations généralisées et systématiques des droits de l’Homme et du droit humanitaire documentées ces dernières années par de nombreuses ONG birmanes, régionales et internationales ainsi que par les mécanismes de l’ONU, constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. La FIDH, BLC et Altsean-Burma appellent ainsi à l’établissement d’une Comission d’enquête mandatée par le Conseil de Sécurité des Nations unies.

« La condamnation de Daw Aung San Suu Kyi n’est pas un acte de répression isolé : elle a lieu dans un contexte où des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité dans l’Est de la Birmanie, ainsi que des graves violations des droits de l’Homme dans le reste du pays, sont perpétrés depuis des décennies. La communauté internationale doit se mobiliser au plus vite pour mettre fin à ces actes inhumains : la mise en place d’une Commission d’enquête mandatée par le Conseil de Sécurité est la première étape d’un processus judiciaire », souligne Souhayr Belhassen, la présidente de la FIDH.

« Les atrocités commises en Birmanie accentuent la nécessité d’une Commission d’enquête. Aujourd’hui encore, des hommes, des femmes et des enfants continuent d’être victimes de meurtres et autres violences extrêmes et systématiques. La communauté internationale ne devrait pas laisser perdurer une telle situation », conclue Debbie Stothard, coordinatrice d’Altsean-Burma.

Si l’Union européenne devait mettre ses menaces à exécution, le groupe pétrolier français Total serait en première ligne, comme l’avait souligné en mai le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner. « Le seul moyen de pression économique sérieux, ce serait évidemment le groupe Total. Pour le reste, il n’y a pas de commerce entre l’Union européenne et la Birmanie », avait-il alors déclaré devant des députés français.

Total est présent en Birmanie depuis 1992, sur le champ gazier de Yadana. La production de Yadana représente 60 % du volume des exportations de gaz de la Birmanie vers la Thaïlande. L’arrêt de l’exploitation de ce champ, « ça veut dire qu’on coupe le gaz à une grande partie de la population birmane, et aussi à la ville de Bangkok, parce que ce gaz va en Thaïlande », avait-il encore expliqué. Il avait également argué que si le groupe français se voyait interdire d’opérer en Birmanie, la Chine prendrait aussitôt le relais. [3]

Communiqué de la FIDH – 16 mai 2008

Total en Birmanie : des ONG interpellent le Groupe sur sa présence en Birmanie

InfoBirmanie, Burma Campaign UK et la FIDH ont interpellé la direction de Total à l’occasion de l’Assemblée générale des actionnaires du Groupe, ce vendredi 16 mai 2008, concernant le soutien moral et financier que constitue la présence de Total en Birmanie.

En octobre dernier, un haut responsable du Groupe annonçait à la presse que l’investissement du gazoduc de Yadana générait un flux annuel de 350 millions d’euros, soit près d’un million d’euros par jour pour le gouvernement militaire birman. « Il s’agit d’une somme considérable », a déclaré Frédéric Debomy, d’InfoBirmanie. « Nous avons interrogé Total sur le montant exact que le gazoduc de Yadana, dont Total est le principal opérateur, rapporte à la junte birmane. Il nous a été répondu qu’il s’agit de 125 millions d’euros par an. Il y a donc une fois de plus des déclarations contradictoires sur l’ampleur des versements à la junte », a expliqué Frédéric Debomy. « Je ne vois pas quel intérêt le montant total pourrait représenter pour vous », a en outre déclaré Thierry Desmarest, Président du Groupe.

Selon un rapport publié le mois dernier par EarthRights International (ERI), une ONG américaine, la présence des forces de sécurité birmanes le long du gazoduc occasionne aujourd’hui encore des violations des droits de l’Homme à l’encontre de la population civile. Dans une lettre ouverte à ERI datée du 5 mai, Total déclare être au courant des violations qui interviennent dans le couloir du gazoduc et que les auteurs de tels actes sont poursuivis en justice. « Nous avons demandé des informations plus détaillées sur le type et le nombre de violations rapportées et les mesures prises pour les sanctionner. Nous avons également interrogé Total pour savoir si l’entreprise envisage d’assurer par d’autres moyens la sécurité du gazoduc, sans recourir aux forces de sécurité birmanes », a déclaré Isabelle Brachet, Responsable Asie de la FIDH. « S’il y en a d’autres [exactions], nous réagirons ; des viols, il n’y en a pas qu’en Birmanie », a déclaré Christophe de Margerie, Directeur général de Total.

Nous avons également interrogé Total sur l’usage fait des sommes déposées sur le fonds de solidarité établi par Total en 2005, aux termes d’un règlement amiable mettant fin à la procédure judiciaire en cours contre l’entreprise en France pour travail forcé. Ce fonds était destiné à offrir une compensation aux huit plaignants ainsi qu’à toute personne pouvant justifier s’être trouvée dans une situation semblable dans la région de construction du gazoduc. Christophe de Margerie a évoqué le soutien aux camps de réfugiés birmans en Thaïlande et a renvoyé au site internet de Total, précisant que « s’il n’y a pas assez d’informations, dites-le, nous compléterons ».

Face à ces critiques, les dirigeants de Total ont rétorqué « ceux qui se trouvent à l’extérieur du pays, assis dans des fauteuils en cuir, et qui ont la volonté de voir le pays s’écrouler pour ensuite espérer une révolution ». « Malheureusement, le pays est déjà à genoux, 90% de la population vit avec moins d’un dollar par jour, et la révolution de septembre a été réprimée dans le sang », a conclu Johnny Chatterton de Burma Campaign UK.

Les réponses apportées par les responsables de Total confirment que l’entreprise entend bel et bien rester en Birmanie, pour le meilleur comme pour le pire.

Contact presse : FIDH – Gaël Grilhot : +33-1 43 55 90 19 Burma Campaign - Mark Farmaner : +44 207 324 47 13 Info-Birmanie - Fred Debomy : +33-6 64 92 30 28

Notes

[1] Voir le communiqué de la présidence de la République publié le 11 août 2009.

[2] Le rapport « Birmanie/Myanmar - Crimes internationaux commis en Birmanie : besoin urgent d’une Commission d’enquête » est téléchargeable à l’adresse suivante ( en version anglaise uniquement) : http://www.fidh.org/IMG/pdf/bu08.pdf

[3] Source : « La communauté internationale dénonce la condamnation d’Aung San Suu Kyi », Le Monde du 12 août 2009


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