Histoire coloniale et postcoloniale

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la bataille de la mémoire coloniale fait une première victime en Languedoc-Roussillon

lundi 13 février 2006, par la rédaction

Environ 700 personnes ont répondu samedi 11 février à l’appel d’une dizaine de députés UMP : ils se sont réunis à Palavas pour dénoncer l’abrogation de l’article 4 de la loi du 23 février 2005 qui vante le « rôle positif » de la France dans ses anciennes colonies.

Après l’échec d’une manifestation analogue organisée par Georges Frêche, président PS de la région et de l’Agglo, ce dernier s’en est violemment pris à des harkis et les a insultés.

Le président de l’association AJIR 34, blessé par ces propos, a déposé plainte contre Georges Frêche pour "injures, diffamation et appel à la haine raciale". Hamlaoui Mekachera, ministre délégué aux Anciens combattants, a saisi lundi 13 février le Garde des Sceaux pour les propos tenus par Georges Frêche "en application de dispositions de l’article 5 de la loi du 23 février 2005".

Dans un communiqué publié par la LDH, l’association déclare attendre du PS une condamnation claire des propos de Georges Frèche.

[Première publication le 12 février 2006,
mise à jour le 13 février 2006.]

Une très peu solennelle empoignade à Montpellier [1]

Georges Frêche l’a reconnu tout de go, hier, en arrivant au Mas-Drevon : si le traditionnel hommage à Jacques Roseau a été avancé - il a été assassiné le 7 mars 1993 -, c’est bien en raison des manifestations organisées par les élus UMP. Pour protester contre la suppression de la référence au « rôle positif de la présence française outre-mer » de la loi du 25 février 2005. Un contre-feu nécessaire un mois avant l’élection cantonale dans ce même quartier.

Flanqué de Jack Lang, rapidement pris à partie sur la position du PS, Georges Frêche tentait ainsi de rendre hommage au leader pied-noir et de souligner l’empreinte laissée en Algérie par les Français. Avec le président de la Maison des rapatriés, Roland Dessy, et le président de l’Anfanoma, Jacques Martin, qui pointait, lui, l’humiliation des parlementaires qui vont voir une loi modifiée par voie réglementaire.

Mais le président de l’Agglo a presque immédiatement été interpellé par le président de l’Association pour la justice, l’information et la réparation (Ajir 34), Abdelkader Chebaiki. Après avoir été lui-même copieusement insulté et menacé par un autre harki (sur qui les policiers municipaux ont découvert une bombe lacrymogène) - au cours d’une empoignade préliminaire à l’hommage solennel quelques pieds-noirs ont tenté d’empêcher les journalistes de travailler - l’homme entendait obtenir de Georges Frêche un entretien pour discuter du relogement des familles de La Grappe.

Commencé sur un mode badin, l’échange a brutalement changé de ton lorsque l’élu a su qu’Abdelkader Chebaiki était à Palavas quelques heures plus tôt. « Ah, vous êtes allé avec les gaullistes ?, s’est exclamé Georges Frêche. Vous faites partie des harkis qui ont vocation à être cocus toute leur vie. » Et de reprendre après avoir lui-même repoussé le président d’association quelques mètres plus loin : « Faut-il vous rappeler que 80 000 harkis se sont fait égorger comme des porcs parce que l’armée française les a laissés ? Je vous ai donné un boulot de pompier, gardez-le ! Voilà comment je suis remercié. Vous êtes des sous-hommes. Vous êtes sans honneur. Dégagez ! »...

La cérémonie a ensuite continué dans le brouhaha le plus total. Sous les yeux de la veuve de Jacques Roseau et des quelque 80 personnes présentes. Certains pieds-noirs tentaient de ramener le calme. Beaucoup déploraient la situation. D’autres attisaient les braises d’une longue discorde qui avait ressurgi lors de la galette des rois de la Maison des rapatriés.

Quelques heures plus tard, Abdelkader Chebaiki annonçait son intention de porter plainte contre Georges Frêche.

R. O.

Les rapatriés ont choisi la droite "sarkozyste" [2]

Pas de doute, les rapatriés ont choisi de répondre à l’appel des députés, sénateurs et maires de droite apparentés sarkozystes pour protester contre la très probable suppression de la référence au « rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du nord » de la loi du 25 février 2005. Autour de Christian Jeanjean, député-maire de Palavas-les-Flots, ils ont réuni quelque 700 personnes [3].
Au même moment, à Castelnau-le-Lez, le député-maire UMP Jean-Pierre Grand rassemblait une petite centaine de ses électeurs.

Et le président de l’Agglo de Montpellier, Georges Frêche (PS), un peu plus tard à Montpellier, était entouré de 80 personnes seulement. Dont il faut retrancher bon nombre d’élus et militants socialistes, comme un service d’ordre étoffé de directeurs de cabinet...

Mais cette victoire est très relative. Le rassemblement de Palavas était régional, des cars étaient censés transporter des pied-noir et harkis de tout le Languedoc-Roussillon, voire du Vaucluse. C’est surtout l’abstention qui l’a emporté dans l’électorat choyé des rapatriés. Les trois rassemblements étaient en effet éminemment politiques. A Palavas, un nom était sur toutes les lèvres, celui de Jacques Chirac, considéré comme le fossoyeur du texte par les rapatriés. Seul un membre du Front national a demandé sa démission depuis la salle. Les élus UMP et UDF qui avaient appelé à la manifestation ne voulaient mettre personne en cause, eux, même si tout le monde savait leur engouement pour la candidature de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle. Mais le député Paul-Henri Cugnenc a salué la présence « d’autres sensibilités ». Une phrase vécue comme un hommage par le conseiller régional frontiste Alain Jamet. A Castelnau-le-Lez, il s’agissait plutôt d’un contre-feu destiné à protéger le président de la République des foudres des rapatriés. Jean-Pierre Grand l’avait annoncé, comme il avait largement dénoncé l’initiative deses collègues parlementaires. Difficile alors de faire le plein.

Mais l’initiative de Georges Frêche est sans doute le flop le plus retentissant [4]. A quelques mètres de la Maison des rapatriés, qui héberge de nombreuses associations, et à quelques semaines d’une élection cantonale dans un quartier considéré comme celui des pied-noir à Montpellier, l’élu socialiste a sans doute eu du mal à faire oublier la position de son parti sur le texte litigieux. La présence surprise de Jack Lang, représentant de la ligne majoritaire du PS, n’a rien arrangé aux yeux des rapatriés rassemblés.

Surtout, l’hommage voulu par Georges Frêche à Jacques Roseau - le leader pied-noir assassiné en 1993 - a été largement perturbé par des harkis. Avant le début des discours, deux factions apparemment opposées s’empoignaient déjà. Puis l’une d’elles, composée de personnes venues réclamer un relogement pour des familles d’anciens supplétifs de l’armée française, s’est copieusement fait insulter par le président de Région. Une plainte va être déposée.

R. O.


[1Le Midi libre, 12 février 2006.

[2Le Midi libre, dimanche 12 février 2006.

[3D’après l’AFP, outre les trois députés qui ont eu l’initiative de ce rassemblement, Christian Jeanjean, député-maire de Palavas, Paul-Henri Cugnenc, député de Béziers (Hérault), et Jean-Marc Roubaud, député-maire de Villeneuve-les-Avignon (Gard), neuf autres parlementaires UMP du Languedoc-Roussillon étaient présents au premier rang des manifestants, de même que plusieurs maires, dont ceux de Béziers et Nîmes. Huit conseillers régionaux du Front national participaient aussi à cette manifestation.