Histoire coloniale et postcoloniale

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la guerre au Mali vue d’un collège de l’Aube

vendredi 3 mai 2013

Initiative de l’Est-éclair : à l’occasion de la 24e Semaine de la presse à l’école, treize établissements scolaires de l’Aube participent à un concours d’écriture. Plusieurs contributions, publiées sur un blog ouvert pour la circonstance, s’intéressent au Mali.

B. Girard, animateur du site Journal d’école, en commente ci-dessous certains extraits.

“La France va pouvoir porter librement au Maroc la civilisation, la richesse et la paix” (Le Petit Journal illustré, 19 novembre 1911)

La guerre au Mali vue d’un collège de l’Aube

Quelques extraits sous la plume d’élèves d’un collège de Troyes … probablement sous surveillance.

« (…) Le 11 Janvier, le Mali lance un appel à l’aide, pour stopper l’avancée des islamistes. L’opération serval est lancée par l’ONU (…) Le président malien Amadou Tomari Touné est renversé : s’ensuit une guerre religieuse. La communauté chrétienne est importante au Mali à l’inverse des pays voisins essentiellement musulmans. Les extrémistes islamistes veulent imposer la charia et le Coran (…) La France a envoyé des troupes pour aider les maliens à repousser les extrémistes du pays (opération serval). Les terroristes continuent d’avancer vers la capitale, Bamako. Les forces françaises et maliennes essaient de repousser les extrémistes(…) Le pays est coupé en deux parties : au nord, règnent les islamistes et dans le sud, le pays est libre. L’armée française a apporté une aide salutaire. Nos soldats vont bientôt pouvoir repartir en France. » (04/04/2013)

« (…) Le Mali et la France sont liés par une grande amitié. Alors, lorsque l’ONU donne son accord pour intervenir au Mali, la France n’hésite pas. Le président François Hollande y tenait également pour enfin stopper les djihadistes. Les soldats français sont sur le point de rentrer. Ils ont repoussés les djihadistes hors du Mali. Les soldats maliens prennent le relais. Ils seront soutenus par huit autres pays d’Afrique. En attendant, le pays reprend vie. Les enfants peuvent recommencer à jouer dans les rues sans crainte. Et une élection démocratique devrait bientôt avoir lieu. » (24/04/2013)

« (…) Au Mali, les islamistes imposent leurs règles. Les femmes sont contraintes de sortir avec le voile islamique et les jeunes filles le portent également à l’école. De plus, les professeurs doivent parler arabe, langue officielle, et non le français. Les islamistes créent le chaos dans la vie des maliens notamment en coupant le réseau téléphonique. Les maliens n’ont plus le droit de jouer de la musique en public, les enfants sont battus, les voleurs se font couper les mains (…) Mais aujourd’hui ces atrocités sont terminées depuis que les armées française et malienne ont chassé les terroristes islamistes. Désormais, leur vie revient peu à peu à la normale. » (22/04/2013)

Résumons.

La guerre au Mali, finalement, c’est tout simple : d’un côté des « terroristes » (aussi appelés « extrémistes », « djihadistes », ou encore « musulmans », qui, en plus de couper les mains des voleurs, ont le culot de parler arabe ; bref, les méchants. De l’autre, la France, « amie du Mali », le Mali, la communauté chrétienne, l’ONU ; bref, les bons.

Avec une approche qui évacue le recul, la mise à distance, le questionnement des sources, les enseignants ont fait perdre à leurs élèves l’occasion de donner du sens à l’actualité mais aussi à la culture scolaire. Les textes publiés sont à l’image de la presse pour adultes : quand l’armée entre en scène, seul son point de vue est pris en considération. La guerre est considérée comme allant de soi, les rares critiques sont inaudibles, valant à leurs auteurs les sempiternelles accusations de défaitisme, de trahison ou, pire encore, d’oubli du passé : c’est être « munichois » que de s’autoriser des doutes sur la présence de l’armée française en Afrique.

Cette façon de traiter l’actualité s’inscrit bien sûr dans le cadre de l’éducation à la défense qui s’est incrustée depuis une trentaine d’années dans le système éducatif, par l’intermédiaire de plusieurs protocoles conclus entre la Défense et l’Education nationale : fruit d’un intense lobbying des milieux militaires, de la collaboration sans faille de la hiérarchie, mais aussi de la passivité de la majeure partie des enseignants, l’éducation à la défense aboutit à transférer à l’armée – qui n’est pas spécialement légitime en ces domaines – tout un pan de l’enseignement de l’histoire et de l’éducation civique.

Et ce n’est finalement pas un hasard si les textes écrits par les collégiens de Troyes baignent dans une représentation naïve et caricaturale héritée de l’époque coloniale, celle où l’homme blanc, parce qu’il avait le droit pour lui, apportait secours et civilisation aux Africains. De la Semaine de la presse à l’école, on n’attendait peut-être autre chose que des images d’Epinal.

Le 29 avril 2013

B. Girard