Histoire coloniale et postcoloniale

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la mémoire d’Alfred Locussol, militant anticolonialiste

mardi 5 janvier 2016

Pour l’anniversaire de son assassinat début janvier 1962, une cérémonie s’est déroulée le 4 janvier 2016 pour honorer la mémoire d’Alfred Locussol. Cet assassinat était le premier commis sur le territoire métropolitain, commandité et organisé par l’OAS depuis l’Algérie.

La stèle qui rend hommage à son engagement contre le colonialisme, inaugurée le 6 octobre 2012, a été brisée une semaine plus tard. Remise en état, elle était à nouveau vandalisée le 2 janvier 2013. La dernière dégradation, la quatrième, date du 1er novembre dernier. « Nous ne savons rien des motivations des vandales, déplore Pierre Frénée, coordonnateur de cet hommage. Cinquante ans après, c’est toujours un acte militant de dire qu’il a été assassiné par l’OAS [1] et déposer une gerbe au pied de sa stèle », souligne-t-il.

Ci-dessous, le message de voeux pour 2016, prononcé à Alençon, le 4 janvier 2016 par Jean-François Gavoury, président de l’ANPROMEVO, dans le cadre de l’hommage à la mémoire d’Alfred Locussol.

Ouest France, 27/09/2013

Accaparer un territoire et exploiter ses ressources matérielles et humaines dans une perspective de domination politique, économique et/ou religieuse : voilà ce qui caractérise l’esprit - pour ne pas dire le fait - colonial.

Voilà, en tout cas, ce que l’Algérie a connu et subi durant la longue période d’occupation française précédant son accès à l’indépendance le 5 juillet 1962.

La conquête, de ce côté-ci de la Méditerranée, de l’espace public pour y implanter des lieux de révérence et de référence à l’Algérie française en les dotant des marques les plus explicites de la sublimation des crimes et attentats terroristes commis par l’OAS relève de la même inspiration : une idéologie méphitique, dont l’ANPROMEVO ne cesse, depuis sa création il y a dix ans, de dénoncer la nocivité.

Faute de placer les victimes au cœur de la réflexion stratégique, les pouvoirs publics ont laissé émerger le sentiment et même l’assurance d’une impunité attachée à la glorification du terrorisme.

Publiée ces jours-ci sur Mediapart, l’enquête minutieuse d’un journaliste indépendant, M. Nicolas Chevassus-au-Louis [2], nous rappelle que la monumentalisation de la présence française en Algérie a commencé dès 1970 à Narbonne et l’héroïsation du chef des commandos Delta de l’OAS en 1973 à Nice sous la forme d’une stèle dédiée à Roger Degueldre, symbole de l’Algérie française. Depuis lors, apprend-on de même source, des voies publiques bordées d’habitations ont reçu le nom d’officiers putschistes, tels les généraux Jouhaud et Salan.

Outre d’innombrables blessés, la religion de l’Algérie française et l’OAS ont fait 2.700 morts, parmi lesquels Alfred Locussol, premier fonctionnaire assassiné par l’OAS en métropole.

Combien de temps les familles de victimes du terrorisme ayant frappé la France en janvier et novembre 2015 seront-elles épargnées de la vue, au détour de l’allée d’un cimetière, à l’intérieur d’un square ou sur une plaque de rue, du nom, ainsi distingué, de l’un ou l’autre des tueurs de leur père, mère, frère, sœur, enfant, parent ?

Certes, ici même, à Alençon, point de marque d’hommage au tueur d’Alfred Locussol ni à son complice. Mais des traces laissées par les assassins de sa mémoire sur cette stèle qui, depuis le 6 octobre 2012, entend célébrer le souvenir de ce directeur-adjoint de l’Enregistrement lâchement abattu, à son domicile, le 3 janvier 1962 : des traces, mais surtout des stigmates d’un fanatisme aussi contemporain, hélas, qu’arriéré.

Non, la guerre d’Algérie n’appartient pas à l’Histoire ancienne : d’abord parce que l’Histoire n’a pas tranché, objet d’écritures partisanes et sujette à réécriture permanente ; ensuite parce que cette guerre, une fois amnistiées les condamnations visant les responsables et activistes de l’OAS, une fois ces derniers remis en liberté et en état de nuire, a impunément repris, sur des théâtres d’opérations mémorielles.

Si, en ce tout début 2016, au sommet de l’État, on considère que la France n’en a pas fini avec le terrorisme de Daesh, force est pour l’ANPROMEVO de constater que ses adhérents et amis ont eu quasi continûment à subir celui de l’OAS au cours de ces cinquante-cinq dernières années.

Puisque, symboliquement, j’ai fait le choix de prononcer le message de vœux de l’association dans le cadre de cette cérémonie alençonnaise, et dans la mesure où les vœux sont le prétexte à un bilan généralement positif, je retiendrai de l’année 2015 deux événements illustrant une certaine forme de sursaut républicain : le 14 mars avec les déclarations respectives du Premier ministre et du porte-parole du Gouvernement au moment même où le maire de Béziers dévoilait une plaque au nom d’un officier putschiste après avoir déboulonné celle portant la date de l’entrée en vigueur des Accords de cessez-le-feu en Algérie ; le 31 octobre avec les instants de recueillement observés par M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État chargé des Anciens combattants et de la mémoire auprès du ministre de la défense, devant le Mémorial de la Ville de Paris aux victimes de l’OAS.

Pour 2016, chacun doit savoir que l’ANPROMEVO restera au même niveau de vigilance afin de parer aux initiatives révisionnistes et de dénoncer ces actes d’apologie du terrorisme qu’on croirait dépénalisés dès lors qu’ils émanent de l’OAS.

Que vive le souvenir d’Alfred Locussol et qu’au travers du témoignage aujourd’hui rendu à sa mémoire soient reconnues l’ensemble des victimes de l’OAS, en Algérie et en France !

Heureuse année à toutes celles et à tous ceux qui, ici et ailleurs, apportent leur soutien, leur aide et leur concours à l’ANPROMEVO.

Jean-François Gavoury,
Président de l’Association nationale pour la
protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO)

[1Organisation armée secrète.

[2[Note de LDH Toulon] - référence : https://www.mediapart.fr/journal/fr... (abonnement).