la “no fly list” de George W. Bush ou l’utilisation politique du fichage


article de la rubrique Big Brother
date de publication : lundi 21 juillet 2008


Selon l’American Civil Liberties Association (ACLU), la liste de surveillance “antiterroriste”, mise en place par les autorités américaines après les événements du 11 septembre 2001, compterait maintenant plus d’un million de noms. Un fichier établi sans souci du respect des libertés individuelles et qui comporte de nombreuses erreurs. On y trouve environ 50 000 noms de personnes interdites de vol.

Cette “watch list” — également appelée “no fly list” — est utilisée par l’administration Bush pour sanctionner les opposants à sa politique. Elle permet également de familiariser la population avec un comportement arbitraire de la part des pouvoirs publics.

Un an après la création au Canada d’un fichage analogue, un collectif de syndicats et d’organisations de défense des libertés met en place une structure permettant de recueillir les témoignages des personnes qui s’estiment victimes de ces fichiers de surveillance.


Sur le panneau :

Le nouveau système officiel de dépistage informatisé
L’AVION EN TOUT SECURITE
est en phase de test.
Enlevez vos chaussures et patientez.

L’employée : « OK ! l’ordinateur vous demande maintenant de sauter en criant votre numéro de carte bleue le plus fort possible... »

L’expert : « Informez Washington... Y a encore quelques bugs. »

Un million de noms sur la liste de surveillance antiterroriste aux Etats-Unis

LEMONDE.FR, le 15 juillet 2008

La liste de surveillance antiterroriste aux Etats-Unis compte désormais un million d’entrées, a signalé, lundi 14 juillet, l’Association américaine des libertés civiles (ACLU) sur son site. Une première version de cette liste avait été établie en septembre 2003, par George W. Bush, afin de regrouper les différentes banques de données existantes.

"L’inspecteur général du ministère de la justice a indiqué que le Centre de surveillance du terrorisme, une organisation du FBI, avait plus de 700 000 noms dans sa base de données en avril 2007, et que celle-ci augmentait en moyenne de plus de 20 000 entrées par mois", a déclaré l’ACLU.

Selon cette association, ces chiffres sont alarmants, car cette liste "symbolise parfaitement ce qui pose problème dans l’approche du terrorisme par l’administration américaine : c’est injuste, impossible à contrôler, géré de façon incompétente, une perte d’énergie et un vrai obstacle dans la vie de millions de voyageurs".

INTERDICTION DE VOL

Un ancien membre de l’administration américaine sous Bill Clinton, Jim Robinson, a ainsi témoigné de sa propre expérience. Son nom aurait été confondu par erreur avec celui d’un autre, ce qui lui aurait régulièrement posé problème lors de ses voyages. Pour 50 000 personnes, l’inscription sur la liste de surveillance antiterroriste est assortie d’une interdiction de vol.

L’information diffusée par l’ACLU a été démentie par l’Agence américaine de sécurité des transports (TSA), qui estime à moins de 450 000 les noms inscrits sur la liste. En réalité, l’estimation du nombre de personnes répertoriées est difficile à donner ; en effet, sur le million de noms qu’il comporte, le document recense des personnes décédées, comme l’ancien dictateur irakien Saddam Hussein, ainsi que de nombreux pseudonymes.

Seules 400 000 personnes y figureraient donc, dont près de 5 % de ressortissants américains ou résidents aux Etats-Unis. Le nom de l’ancien président sud-africain Nelson Mandela, Prix Nobel de la paix, se trouvait sur cette liste jusqu’à ce que le Sénat américain adopte, fin juin, une loi visant à le retirer. C’est la seule façon d’effacer un nom de la liste.

______________________

« La “watch list” habitue les Américains à se soumettre à des fouilles sans mandat, à renoncer à leurs droits constitutionnels, à se laisser humilier par des voyous et des brutes. On est en train de former une police politique à fouiller et à intimider sans scrupule les concitoyens, en utilisant n’importe quel prétexte pour les retarder ou les arrêter. On apprend aux Américains à exercer un pouvoir arbitraire et à s’y soumettre. Au nom d’une prétendue “sécurité sans terroristes”, les Américains sont devenus le peuple le moins en sécurité de la planète. »

Paul Craig Roberts [1]

L’administration Bush se sert de la liste noire des "interdits de vol" pour harceler et punir ses opposants

par Grégoire Seither, IES News Service, le 10 septembre 2007 [2]

Plus de 100 000 citoyens états-uniens sont de facto interdits de voyage car ils figurent sur la liste des personnes "watch" (à surveiller) et "no fly" (interdit de vol). Cette liste, qui incluait au départ des personnes soupçonnées d’être en contact avec des organisations terroristes ou bien posant un risque de sécurité pour les autres passagers aériens (par exemple parce qu’ils ont été ivres et violents à bord), a été détournée par l’équipe de la Maison Blanche pour harceler des opposants politiques.

Des citoyens innocents, dont le seul crime est d’avoir émis une critique envers le président des Etats-unis sont interdits de vol, harcelés dans les aéroports, fouillés intégralement, bousculés, intimidés voire jetés en prison. C’est du moins ce qu’affirme la célèbre auteure et militante Naomi Wolf dans son nouveau livre, The End of America.

"C’est une méthode classique des régimes totalitaires", explique Wolf. "Les dissidents et opposants sont bloqués dans leurs déplacements et interdits de sortie du pays." Wolf a commencé à enquêter sur la "liste noire" en 2002. "Je m’étais rendu compte que chaque fois que je prenais l’avion, même pour des petits vols intérieurs, j’étais identifiée et ciblée par les agents de TSA (Transportation Security Administration) et à chaque fois on me demandait de les suivre dans un local pour y être fouillée intégralement. Les autres passagers n’avaient pas droit à de telles attentions."

C’est au cours d’une ces fouilles qu’un agent TSA lui a dit "C’est pas de notre faute, vous êtes sur la liste. Pas celle des terroristes, l’autre liste." L’autre liste, c’est celle qui recense les journalistes, enseignants, militants, et politiques "qui ont critiqué la Maison Blanche."

Parfois ce ciblage politique fait scandale, comme quand le Sénateur démocrate Edward Kennedy a été arrêté et fouillé cinq fois de suite dans différents aéroports de la Côte Est, en Mars 2004. Mais le scandale a vite été étouffé et le message envoyé par TSA était clair : peu importe ton statut social, si tu te mets en travers de notre route, tu vas souffrir. C’est ce qu’à appris à ses dépens le député John Lewis de Géorgie. Quand il a voulu protester, un agent TSA l’a violemment bousculé et il s’est retrouvé plaqué au sol et menotté par plusieurs policiers hargneux - qui affirmèrent ensuite avoir été agressés par Lewis.

Même quand les interpellations ne sont pas violentes, le "facteur humiliant" est suffisant pour intimider des dissidents éventuels. Robert Johnson, un simple citoyen, membre d’un groupe religieux contre la guerre, le décrit ainsi : "On m’a ordonné d’enlever mes chaussures. Puis on m’a ordonné d’enlever mon pantalon, puis mes chaussettes. L’agent m’a menacé de me fouiller l’anus. On m’a traité comme si j’étais un criminel."...

Il semblerait que les opposants à la guerre soient des cibles favorites du régime Bush-Cheney... et si en plus ils sont féministes, alors le blocage est quasiment certain. Ainsi Jan Adams et Rebecca Gordon ont été interpellés plus de 18 fois à l’aéroport de San Francisco. "Maintenant nous nous présentons au guichet près de 6 heures avant le vol, sinon nous sommes sûres de le rater". Même les leaders politiques ne sont pas épargnés. Nancy Oden, du parti Vert n’a pas pu prendre l’avion entre Maine et Chicago. King Downing et David Fathi, dirigieants de l’influente American Civil Liberties Union ont été détenus et interrogés pendant quatre heures à Newark. Le professeur Walter F. Murphy, de l’université de Princeton, juriste constitutionaliste qui avait osé mettre en question la légalité de certaines décisions de la Maison Blanche a été bloqué plusieurs fois dans des aéroports. En 2004, après un interrogatoire de deux heures, on lui a rendu sa valise fouillée et saccagée. "Elle contenait un certain nombre de notes personnelles qui avaient disparues. Quand j’ai voulu m’en plaindre auprès de TSA, on m’a dit d’aller me faire voir ("piss off") ou alors on me jetterait en prison pour de bon. J’ai préféré ne pas insister, j’étais trop choqué que cela arrive dans mon pays".

Pour Naomi Wolf la liste "des personnes à surveiller" a été compilée et étendue à partir de 2003 suite à une directive du Président Bush adressée aux agences de renseignement. Cette directive ordonne aux agences d’identifier et surveiller "les personnes dont on peut craindre qu’elles aient des intentions ou des contacts terroristes". La CIA/NSA et le FBI compilèrent une liste de noms qui fut remise à toutes les agences aériennes. La chaîne de télévision CBS avait réussi, en 2004, à se procurer un exemplaire de cette liste. Elle faisait 540 pages et contenait les noms de 75 000 personnes à fouiller avec beaucoup d’attention et éventuellement à ne pas laisser monter à bord d’un avion.

Grégoire Seither

— Vos papiers d’identité ?
— Enlevez vos chaussures.
— Enlevez votre ceinture.
— Enlevez votre veste.
— Videz vos poches.
Et ne vous plaignez pas d’être fouillé sans mandat si vous ne voulez pas rater votre vol.


Un an après la mise en place de la liste canadienne de personnes interdites de vol, les voyageurs sont invités à raconter leurs histoires

[Contrôles frontaliers et listes de surveillance [3], le 18 juin 2008]

Plusieurs groupes de défense des libertés civiles et d’importants syndicats canadiens s’unissent aujourd’hui pour lancer un projet novateur visant à documenter l’impact des listes de personnes interdites de vol et d’autres listes de surveillance gouvernementales sur nos droits civils, notre droit à la vie privée et notre droit à la libre circulation.

« Au cours de la dernière année, nous avons pris conscience qu’il nous faut documenter ce phénomène grandissant », explique Roch Tassé, coordonnateur de la Coalition pour la surveillance internationale des libertés civiles (CSILC).

« On nous a rapporté plusieurs histoires troublantes concernant des voyageurs qui se sont retrouvés pris dans les mailles de plus en plus serrées des listes de surveillance. Or il se peut que ces révélations ne soient que la pointe de l’iceberg », ajoute Maureen Webb de l’Association canadienne des professeures et des professeurs d’université (ACPPU).

Le projet de recherche est dirigé par la Coalition qui regroupe 38 organismes canadiens en partenariat avec le Congrès du travail du Canada (CTC), le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU), l’Institut Polaris, l’Association pour les libertés civiles de Colombie-Britannique et la Ligue des droits et libertés.

« Nous constatons que les travailleurs et les voyageurs sont soumis à une surveillance accrue, à des mesures de sécurité invasives et à une restriction de leurs droits à la mobilité et à la vie privée. Tout cela relève en fait d’un programme d’INsécurité nationale qui n’augmente pas nécessairement le sentiment de sécurité et de bien-être de tout un chacun. Les listes d’interdiction de vol, les listes de surveillance, la mise en commun de larges quantités de renseignements personnels et les évaluations de sécurité douteuses sont des pratiques qui exigent un plus large débat public », affirme Karl Flecker du service des droits de la personne et de la lutte contre le racisme du CTC.

La Coalition souhaite que les voyageurs communiquent avec elle pour raconter leurs démêlés avec les compagnies aériennes, les fonctionnaires et les agents des douanes au Canada et aux États-Unis. Le site explique les objectifs du projet et permet aux citoyens de faire connaître leur histoire. On peut aussi entrer en contact avec le projet au moyen d’un numéro de téléphone sans frais ou par courrier. La Coalition et ses partenaires ne publieront et ne divulgueront aucun renseignement personnel sans autorisation.

Quelques constatations :

  • La liste d’interdiction de vol canadienne est entrée en vigueur le 18 juin 2007 mais les compagnies aériennes continuent d’utiliser la liste étatsunienne, même pour leurs vols intérieurs au Canada ;
  • Plusieurs personnes victimes d’une erreur d’identification refusent d’en parler publiquement de peur d’avoir encore plus de problèmes avec les autorités ;
  • Des personnes qui ont eu des problèmes ont cessé de prendre l’avion ou de traverser la frontière par crainte d’être harcelées ;
  • Un nombre important de personnes qui continuent d’être interceptées aux frontières font partie de communautés racialisées ou sont des militants pacifistes ou syndicaux ;
  • Il y a beaucoup d’ignorance et de confusion au sujet de la liste de surveillance canadienne. Même le sénateur libéral Colin Kenny, président du Comité sénatorial permanent de la Sécurité nationale et de la Défense, semblait ne pas s’y retrouver, voici quelques semaines, quand il a demandé au ministre des Transports de retirer le nom de son fils Robert, 33 ans et procureur de la Couronne de Toronto, de la liste canadienne de personnes interdites de vol. Il a affirmé que Robert éprouve des problèmes depuis cinq ans quand il prend l’avion au Canada et aux États-Unis. Pourtant, la liste canadienne n’existe que depuis un an. Il s’est plaint également de ce que son fils cadet, James, figure lui aussi sur une liste de surveillance de compagnie aérienne.
  • Pour la première année de son Programme de protection des passagers, Transport Canada fait état d’environ 100 cas d’erreurs d’identité pour une liste qui en contiendrait entre 500 et 3 000 noms.
  • Selon la American Civil Liberties Union, il y aura un million de noms sur les listes de surveillance américaines le mois prochain.
  • Aux États-Unis, une compagnie aérienne enregistre, à elle seule, 9 000 erreurs d’identité tous les jours.
  • Il y a très peu de recours pour une personne qui porte le même nom qu’une autre personne interdite de vol.

Notes

[1] Paul Craig Roberts est ancien sous-secrétaire aux Finances dans l’administration Reagan. Il a collaboré au Wall Street Journal et à la National Review. Il est co-auteur de The Tyranny of Good Intentions.

Référence de la citation : http://www.counterpunch.org/roberts....

[2] Référence : http://www.mondialisation.ca/index.....

[3] Référence : http://surveillancedesvoyageurs.ca/....


Suivre la vie du site  RSS 2.0 | le site national de la LDH | SPIP