Histoire coloniale et postcoloniale

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la police est équipée pour affronter les banlieues

lundi 20 octobre 2008

La police française est désormais convaincue de disposer de techniques de maintien de l’ordre lui permettant de faire face à de nouvelles émeutes en banlieue.

Mais cela ne fera qu’entretenir, au sein des quartiers dits “sensibles”, le ressentiment vis-à-vis de la société et des pouvoirs publics : « On nous traite comme des chiens. On est tous au chômage, on n’a pas d’argent et on nous regarde comme des étrangers. » [1].

L’état major de la direction centrale de la sécurité publique française (DCSP) a présenté, mardi 14 et mercredi 15 octobre, son modèle de maintien de l’ordre dans les quartiers difficiles lors d’un colloque européen organisé à l’école des commissaires de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, près de Lyon, sur « les défis des violences urbaines ».

A cette occasion, des responsables policiers de différents pays européens ont salué le haut niveau de performance de la France en matière de maintien de l’ordre : la police française dispose d’un vaste arsenal d’armes adaptées – dont le Taser – et elle possède un « savoir-faire impressionnant » dans ce domaine.

Mais, en marge de la conférence européenne, plusieurs, parmi eux, se disaient nettement plus sceptiques sur la capacité de la France à prévenir les violences. « La police française envoie des Robocop en banlieue mais ne peut plus parler avec les habitants. Nous, on fait le choix d’envoyer des hommes pratiquement sans équipement pour avoir un dialogue », soulignait ainsi le responsable policier d’un Etat voisin. [2]

Un constat partagé par Martin Scother, commandant de police à Sheffield (Grande-Bretagne) : « la différence majeure avec la France c’est qu’en Grande-Bretagne, les officiers de police ont une double responsabilité : le maintien de l’ordre et l’intégration des communautés ». « Nous faisons donc beaucoup d’actions préventives, d’activités avec des jeunes, pour éviter qu’ils ne quittent le droit chemin ». [3]

Un drone à usage policier

Le drone de la police nationale présenté le 15 octobre 2008, à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or.

Il porte le doux nom d’Elsa. Cet avion sans pilote – poids : 1,2 kg, envergure : environ 1m50, autonomie de vol de 40 minutes – a été présenté lors de la rencontre. Il ressemble à un modèle réduit sommaire en polystyrène blanc, mais la caméra de haute technologie qui se trouve à l’avant révèle sa vraie fonction : il s’agit d’un drone. Un tout nouvel outil destiné à la police française, dans la lutte contre les violences urbaines. Encore en phase expérimentale, il n’a été officiellement utilisé qu’à deux reprises, à Villiers-le-Bel et Strasbourg, mais il devrait bientôt survoler les citées agitées. Sa mission : renseigner, détecter des mouvements de foules hostiles, éventuellement identifier des fauteurs de troubles, si le vent n’est pas trop fort. La réglementation lui impose moins de 150 mètres d’altitude et deux kilomètres de distance avec sa valise de commandes. [4]

En recourant de plus en plus à la technologie et en spécialisant ses forces d’intervention, le ministère de l’intérieur met en place un régime d’exception pour les banlieues.

Comment s’étonner que leurs habitants manifestent un fort ressentiment vis-à-vis de la société et des pouvoirs publics : « On nous traite comme des chiens. On est tous au chômage, on n’a pas d’argent et on nous regarde comme des étrangers », déclarait un père de famille de Romans [5].

Vous n’êtes pas d’ici, vous êtes des étrangers.

« Ça ne sert à rien de dire que siffler La Marseillaise est un comportement stupide et scandaleux. La seule question à se poser, c’est : “Pourquoi ces jeunes, qui sont nés en France et qui ont grandi en France, avec deux cultures, en arrivent à siffler La Marseillaise ?” »

« Ce n’est pas un hasard si les sifflets surgissent lors de confrontations contre la Tunisie ou l’Algérie. Ils dénotent que ces jeunes ont malheureusement intégré le discours que leur renvoie la société, basé sur l’apparence : “Vous n’êtes pas d’ici, vous êtes des étrangers.” »

« Jeudi, j’ai croisé un gamin de 5 ans. Le gosse, qui est né en France, me dit qu’il est ivoirien et me demande ma nationalité. Je lui réponds que je suis français. Il me rétorque : “Mais non, t’es noir !” Combien de personnes dans la société française pensent spontanément qu’un Karim ou un Zinédine est français s’il ne joue pas en équipe de France ? »

Lilian Thuram [6]

[2Luc Bronner et Isabelle Mandraud, « La France promeut un modèle anti-émeute d’exception », Le Monde du 18 octobre 2008.

Il suffit de (re)lire Escadrons de la mort, l’école française de Marie-Monique Robin pour constater que la France continue à faire la promotion de ses méthodes les plus discutables – dans les années 1960-1980 il s’agissait de la lutte anti-guérillas que l’armée avait pratiquée avec le succès que l’on connaît dans ses colonies – en Indochine, en Algérie...

[3« La France championne de la lutte contre les violences urbaines, pas de la prévention », AFP le 16 octobre 2008.

[4D’après Richard Schittly, Le Progrès de Lyon, 16 octobre 2008.

[5Luc Bronner, « A Romans, seul un déploiement policier massif a contenu des jeunes encouragés à “brûler tout” », Le Monde du 2 octobre 2008.

[6Lilian Thuram : « Combien pensent qu’un Karim est d’ici ? » Le Monde du 19 octobre 2008.