Histoire coloniale et postcoloniale

Accueil > racisme, antisémitisme, xénophobie > les étrangers > l’Europe et ses étrangers > la politique migratoire de l’UE et les régimes autoritaires de la rive sud de (...)

la politique migratoire de l’UE et les régimes autoritaires de la rive sud de la Méditerranée

jeudi 24 février 2011

Depuis le début des années 2000, l’Union européenne s’appuie sur les régimes du sud de la Méditerranée pour externaliser sa politique d’immigration. Le réseau Migreurop [1] lui demande de cesser de soutenir des régimes dont les atteintes aux droits de leurs populations ont redoublé du fait de leur rôle de gendarmes de l’Europe. Seule une réorientation radicale des politiques migratoires de l’Union européenne permettra d’ouvrir une nouvelle ère, marquée par moins d’injustices, d’inégalités et d’atteintes aux droits, dans ses relations avec ses voisins méditerranéens.

Communiqué MigrEurop

Jusqu’à quand la politique migratoire de l’Union européenne, va-t-elle s’appuyer sur les dictatures du sud de la Méditerranée ?

Le 22 février 2011

Depuis le début des années 2000, l’Union européenne et ses États membres se sont appuyés sur les régimes du sud de la Méditerranée pour externaliser leur politique d’asile et d’immigration. Face aux révoltes populaires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, leurs réactions montrent que la « défense de la démocratie » et la « non ingérence » ne sont que rhétoriques quand il s’agit de réaffirmer les impératifs d’une fermeture des frontières attentatoire aux droits fondamentaux.

Ainsi, pendant que les forces armées libyennes massacrent les révoltés dans l’ensemble du pays, le colonel Kadhafi brandit le spectre de l’invasion migratoire en menaçant de mettre fin à toute « coopération en matière de lutte contre l’immigration irrégulière » si l’Union européenne continue d’« encourager » les manifestations populaires. Cette dernière, par la voix de sa haute représentante aux affaires étrangères, Catherine Ashton, a dit ne pas vouloir céder au chantage [2] alors même que les instances européennes continuaient de négocier, il y a moins d’une semaine, la participation libyenne à leur politique de bouclage de l’espace méditerranéen.

Suite à la chute de la dictature en Tunisie, quelques milliers de migrants arrivant sur l’île de Lampedusa (Italie) ont en effet été présentés comme une menace contre laquelle l’Union devait se défendre en mobilisant ses alliés d’Afrique du Nord. La « Méditerranée forteresse » devait être défendue au mépris des aspirations des populations et de principes (libertés, démocratie, droits humains...) pourtant présentés comme au fondement de l’UE. Alors que les manifestants d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient se battent contre l’emprise policière, les États européens répondent par des mesures sécuritaires. L’UE promet notamment de débloquer de l’argent pour aider la Tunisie à contrôler ses frontières et empêcher ses ressortissants de mettre en œuvre leur « droit de quitter tout pays y compris le sien » (art. 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme).

Ce faisant, l’UE et ses États membres souhaitent que les accords de coopération migratoire signés par les dictatures et attentatoires aux droits fondamentaux soient repris par les nouveaux régimes. C’est cette politique de guerre aux migrants qui a conduit à ce que des milliers de personnes tentant d’échapper aux patrouilles et autres dispositifs militaires meurent en Méditerranée tandis que des dizaines de milliers d’autres étaient enfermées dans des camps en Algérie, en Egypte, en Libye, en Tunisie... Elle est à tel point au cœur de la diplomatie de l’UE que plusieurs de ses États membres se sont affolés devant l’effondrement de régimes qu’ils arment depuis des années [3]. Aujourd’hui, ces armes sont utilisées contre le peuple libyen en lutte pour ses libertés.

Alors que l’ensemble des États membres est tenté de s’aligner sur la position italienne et de « ne pas interférer dans le processus de transition en cours dans le monde arabe (...) particulièrement en Libye (...) », il est urgent de rappeler que l’UE est face à une situation historique. Elle doit cesser de soutenir les régimes dont les atteintes aux droits de leurs populations sont redoublées par leur utilisation comme gendarmes de l’Europe. Seule une réorientation radicale des politique migratoires de l’Union européenne permettra d’ouvrir une nouvelle ère, marquée par moins d’injustices, d’inégalités et d’atteintes aux droits, dans les relations entre l’Union européenne et ses voisins méditerranéens.

contact presse : contact@migreurop.org – +33 (0)1 53 27 87 81

Communiqué MigrEurop

Lampedusa (Italie) : L’Europe ne doit pas avoir peur de la démocratie en Afrique du Nord

Le 14 février 2011

Plusieurs milliers de personnes, majoritairement des Tunisiens, sont arrivées au cours des derniers jours par bateau sur l’île de Lampedusa.

Brandissant l’argument de l’invasion et de la menace terroriste, l’Italie, qui a déclaré l’état d’urgence humanitaire, réclame l’intervention immédiate d’une mission de l’agence Frontex pour patrouiller au large des côtes tunisiennes et intercepter les embarcations de migrants. Elle a demandé que soit inscrite à l’ordre du jour de la prochaine réunion des ministres de l’intérieur européens la question de "la crise dans les pays d’Afrique du nord et ses conséquences sur l’immigration et la sécurité de l’Europe", et le ministre de l’Intérieur italien a annoncé qu’il allait rencontrer prochainement son homologue tunisien pour discuter de la question des rapatriements.

Le réseau Migreurop s’interroge sur les raisons qui ont permis le passage, en quelques jours, de plusieurs bateaux des migrants dans cette zone de la Méditerranée qui était "verrouillée" depuis plusieurs mois à la suite d’accords de coopération conclus entre l’Italie, la Libye et la Tunisie pour le contrôle des frontières maritimes. Qui a intérêt à faire peser la menace du désordre ?

Migreurop demande :

- aux autorités italiennes, d’accorder accueil et protection aux migrants qui sont arrivés à Lampedusa et, pour faire face à la situation, d’autoriser l’accès des associations indépendantes susceptibles de leur apporter un soutien et de les informer sur leurs droits ;

- aux autorités tunisiennes, de rejeter le rôle de sous-traitant des contrôles migratoires joué depuis des années par le régime qui les a précédées, en refusant de conclure avec l’Italie des accords de réadmission pour permettre l’ex-pulsion de leurs citoyens ;

- à l’Union européenne, de ne rien faire qui fragilise la démocratie tunisienne et plus généralement les aspirations des populations d’Afrique du Nord contre les régimes autoritaires, dont les diplomaties occidentales se sont félicitées. Loin de faire peur et de déclencher des comportements de rejet, ces aspirations doivent être l’occasion de faire naître un nouveau mode de relations entre l’Eu-rope et ses voisins du sud.

Plutôt que les patrouilles de Frontex et les accords de réadmission, c’est la levée des contrôles migratoires qui doit célébrer le souffle de liberté venu de Tunisie et d’Egypte.

contact presse : contact@migreurop.org – +33 (0)1 53 27 87 81

La France vend des armes, forme les forces de sécurité...

Livraison d’armes

Une livraison de grenades lacrymogènes vers la Tunisie, au moment des émeutes qui ont abouti à la chute du régime Ben Ali, a été stoppée de justesse par la douane. Le cabinet de François Fillon a plus tard fait savoir qu’il avait suspendu ses livraisons d’armes à l’Egypte. Vendredi 18 février, il a fait de même pour la Libye [4].

En 2009, la France se situait au quatrième rang mondial des fournisseurs d’armes ; parmi ses meilleurs clients :l’Algérie, la Libye, le Maroc et la Tunisie [5].

L’offre de service de Michèle Alliot-Marie

Mardi 12 janvier 2011, quelques jours avant la chute de Ben Ali, Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères, a suggéré devant l’Assemblée nationale que "le savoir-faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité, permette de régler des situations sécuritaires de ce type". "C’est la raison pour laquelle nous proposons effectivement aux deux pays [l’Algérie et la Tunisie] de permettre dans le cadre de nos coopérations d’agir pour que le droit de manifester puisse se faire en même temps que l’assurance de la sécurité." [6].

En Egypte,

Une formation à la « gestion des foules et des grands événements » a été dispensée à la mi-octobre par deux policiers français à leurs homologues égyptiens [7].

Libye

Une convention « en matière de sécurité et de lutte contre la criminalité » a été conclue à l’occasion de la visite en France de Muammar Kadhafi en décembre 2007.

« Cet accord est prioritairement axé sur la formation des services de sécurité libyens. La coopération avec la Libye présente un triple enjeu en termes de sécurité intérieure : la lutte contre le terrorisme, contre l’immigration irrégulière et contre les trafics de stupéfiants », a déclaré le sénateur UMP André Trillard, rapporteur du projet de loi autorisant l’approbation de cette convention [8].

Et il concluait : « La qualité des équipes de police française est reconnue, et elles doivent contribuer à améliorer les capacités libyennes, pour un profit mutuel ».

N’y aurait-il pas des formes de coopération moins destructrices ?


Compléments de lecture :


[1Migreurop est un réseau européen et africain de militants et chercheurs dont l’objectif est de faire connaître et de lutter contre la généralisation de l’enfermement des étrangers et la multiplication des camps, dispositif au coeur de la politique d’externalisation de l’Union européenne.

[3La France et la Grande-Bretagne ont annoncé la suspension de livraison de l’exportation de matériel de sécurité, ce qui est une preuve de plus que le régime libyen est soutenu par de nombreux États de l’Union européenne, au nom notamment de la lutte contre l’immigration illégale (Dépêche AFP du 18 février 2011).

[5Le rapport au Parlement sur les ventes d’armes à l’étranger pour 2009 : http://www.sipri.org/research/armaments/transfers/transparency/national_reports/france/France%20report%2009

[6« Tunisie : les propos "effrayants" d’Alliot-Marie suscitent la polémique », LEMONDE.FR, 13.01.11 18h23.