Histoire coloniale et postcoloniale

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le 25 novembre 2007 à Perpignan

lundi 26 novembre 2007, par nf

Jour de l’inauguration officielle du “ Mur des disparus ”.

Le “Mur des disparus” de Perpignan, le 25 nov. 07, après l’inauguration.

Avant de s’approcher de la stèle, on peut prendre connaissance d’un petit texte fixé sur un panneau mobile (à droite sur la photo) :

Passant,
viens, lis ces noms
Hommes - Femmes - Enfants
Sais-tu qu’un mauvais jour
Ils passèrent leur porte
Pour disparaître à jamais.
Enlevé - Enlevées - Enlevés
Ni cri - ni corps - ni trace
Plus rien d’eux !
Passant
Attarde-toi
C’est ici leur premier et ultime tombeau.

De chaque côté du buste central se trouve une plaque de marbre, avec, en bas une citation, au dessus un grand espace vide, et tout en haut la même inscription :

à TOUS, Harkis disparus aux noms effacés.

Les citations du bas sont différentes :

  • celle de gauche est de Jean Brune :
La seule défaite irréparable, c’est l’oubli.
  • celle de droite est un extrait des Mémoires d’Outre-tombe de Chateaubriand [1] :
Ce n’est pas tuer l’innocent comme innocent
qui perd la société, c’est de le tuer comme coupable.

Le camouflage des citations

La partie centrale du “mur”, le 26 nov. 07 vers 10h.

En bas de chacune des deux plaques de part et d’autre du buste, une petite plaquette, sans doute réalisée avec des chutes, comportant la citation de Jean Brune pour l’une et celle de Chateaubriand pour l’autre, a été collée sur chacune des deux citations contestées afin de les masquer.

La douleur des familles des disparus (©AFP/ Raymond Roig)

Inauguration d’un mur dédié aux disparus français d’Algérie

[AFP le 25 nov. 07 vers 16:30]

Plus de 5.000 personnes ont assisté dimanche à Perpignan, dans le sud de la France à l’inauguration d’un mur à la mémoire des disparus français et harkis de la guerre d’Algérie, a constaté un journaliste de l’AFP.

L’inauguration s’est déroulée en présence du secrétaire d’Etat à la Défense chargé des Anciens combattants, Alain Marleix.

« Perpignan la solidaire ne pouvait pas ignorer ces vies brisées », a déclaré le maire Jean-Paul Alduy.

Sur ce “ Mur des disparus, morts sans sépulture en Algérie (1954-63) ”, familles de rapatriés d’Algérie et harkis (supplétifs musulmans de l’armée française) ont découvert les noms des 2.619 disparus sur dix plaques de bronze placées autour d’une figure allégorique “à la mémoire des disparus morts sans sépulture ”.

Erigé grâce à une souscription organisée par une association de rapatriés, le Cercle algérianiste, ce mur de l’ancienne prison de Perpignan est également composé de deux plaques de marbre portant l’inscription “ Aux harkis disparus ”.

« Nous devons surmonter l’affrontement systématique des mémoires pour aller à l’établissement objectif des faits et à la vérité des événements », a déclaré le de son côté M. Marleix.

M. Marleix a souhaité « une politique de mémoire assumée », ajoutant « la mémoire doit devenir ce qui nous rassemble enfin 45 ans après les faits ». [...]

Sur ce monument, les phrases initialement prévues d’Albert Camus et de l’Algérien Slimane Benaïssa ont été remplacées par celles des écrivains Jean Brune et Chateaubriand à la demande de la fille du prix Nobel, Catherine Camus, et du dramaturge algérien.

Cette inauguration intervient alors qu’une vive controverse sur la mémoire oppose la France et son ex-colonie.

Le président français Nicolas Sarkozy qui se rend début décembre à Alger pour une visite d’Etat de trois jours refuse la “ repentance ” alors que l’Algérie demande à la France de reconnaître les “ crimes ” commis durant les 132 ans de la colonisation.

Un monument partisan relance la guerre des mémoires à Perpignan

par Pierre Daum, Libération du 26 nov. 07

Quelle mémoire honore-t-on à Perpignan ? Celle de toutes les victimes innocentes de la guerre d’Algérie ? Ou uniquement celles assassinées par les méchants combattants du FLN (le Front de libération nationale algérien) ? Hier, un « Mur des disparus sans sépulture, Algérie 1954-1963 » était inauguré en présence d’Alain Marleix, le secrétaire d’Etat chargé des Anciens combattants, du maire UMP de la ville, Jean-Paul Alduy, et d’une foule de 4 500 rapatriés accompagnés de leurs enfants, tous très émus. Le mémorial se compose d’une sculpture, entourée de deux plaques de marbre « à la mémoire des harkis » et de dix plaques de bronze sur lesquelles ressortent en relief 2 619 noms. Les noms de qui ? « D’hommes et de femmes, sans distinction d’origine, de condition, de religion, qui sont demeurés sans sépulture
en Algérie, comme l’a décrit Alain Marleix dans son discours. Sauf qu’en vérité, il ne s’agit « évidemment que des victimes du FLN, admet Suzy Simon-Nicaise, présidente du Cercle algérianiste de Perpignan, l’association de Rapatriés à l’origine de ce mémorial.

Tortures. Au moment de la signature des Accords d’Evian, le 19 mars 1962, l’OAS (Organisation armée secrète, regroupant des partisans de l’Algérie française) déclenche une vague d’assassinats aveugles au sein de la population musulmane. En riposte, certains éléments du FLN procèdent à des enlèvements massifs d’Européens. Certains ont été relâchés, d’autres sont morts sans qu’on n’ait jamais retrouvé le corps. D’abord estimé à environ 4 000, le nombre de ces Européens disparus a été ramené, dans une liste établie en juillet 2005 et consultable sur le site du ministère des Affaires étrangères, à 2 230. Auxquels Suzy Simon-Nicaise s’est permis d’ajouter, sans consultation d’aucun comité scientifique ni représentant de l’Etat, le nom de « 300 à 350 militaires, plus quelques dizaines d’autres disparus dont on m’a transmis les dossiers.

« En ne choisissant que des victimes du FLN, ce mur ne fait que souffler sur les braises de la guerre des mémoires »,
regrette Eric Savarese, politologue à l’université de Montpellier, et auteur d’un essai sur le sujet. En effet, côté algérien, les « morts sans sépultures » ne manquent pas. « L’armée française a procédé à de très dures répressions avec des massacres de civils dont les corps ont été ensevelis dans des charniers », rappelle l’historien Guy Pervillé, spécialiste de cette période. Victimes inconnues auxquelles s’ajoutent celles des suspects arrêtés en masse, morts sous la torture, et dont les corps ont été jetés à la mer ou enterrées en des lieux inconnus. Pourquoi leur nom ne figurent-ils pas sur le Mur ? « Parce qu’on ne les connaît pas, se contente de répondre Jean-Marc Pujol, l’adjoint au maire chargé des rapatriés qui soutient le projet depuis le début.

« En vérité, il s’agit là d’une véritable instrumentalisation de la douleur de certaines victimes, afin de délégitimer la lutte pour l’indépendance de l’Algérie » dénonce Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), venu samedi se joindre à une manifestation organisée par un collectif d’une trentaine d’organisations (Mrap, LDH, PCF, harkis et Droits de l’Homme).

« Apologie » En matière de réhabilitation de l’Algérie française, la mairie de Perpignan n’en est pas à sa première tentative. En juillet 2003, elle avait autorisé l’érection, dans un cimetière de la ville, d’une stèle à la gloire de combattants de l’OAS – signée Gérard Vié, comme le « Mur des disparus » – en présence déjà de Suzy Simon-Nicaise et de Jean-Marc Pujol. « Je refuse de dénoncer l’OAS, ni d’en faire l’apologie,explique l’adjoint au maire. Ces gens se sont engagés en réaction aux mensonges de l’Etat français, on peut les comprendre. » Pour Jean-Paul Alduy, les combattants de l’OAS ont parfaitement leur place « dans le carré réservé à tous ceux qui sont morts pour la France en Algérie ».

Et il n’y a pas que le Mur. Ce mémorial est situé dans l’enceinte de l’ancien couvent des Clarisses, actuellement en pleine rénovation puisqu’il doit d’accueillir prochainement un Centre de documentation de la présence française en Algérie, dont la réalisation a, elle aussi, été confiée au Cercle algérianiste (Libération du 20 septembre). « Ce projet de centre est encore plus grave, dénonce Anne Gaudron, présidente de la LDH de Perpignan. Sans aucun comité scientifique, ce centre va délivrer une vision partisane, en droite ligne de la politique du gouvernement de réhabilitation de l’entreprise coloniale. »

Slimane Benaïssa cité malgré lui

Les citations d’Albert Camus et de Slimane Benaïssa, interdites par leurs auteurs et héritiers (Libération de samedi), ont bien été effacées [plus précisément : occultées - (Note de LDH-Toulon)] du monument et remplacées par des phrases de Jean Brune et de Chateaubriand. En revanche, celle du dramaturge algérien (« Vous êtes entre les mains de Dieu pour l’éternité, en nos cœurs pour la vie, en notre mémoire pour la paix »), qui avait formellement interdit l’utilisation de ses mots sur le monument, est subrepticement réapparue en [dans la] conclusion du discours de Suzy Simon-Nicaise, la promotrice du « Mur des disparus », mais sans que Slimane Benaissa soit nommé.

Pierre Daum

[1Elle est extraite du texte suivant :

Enfin, sous la date du 5 décembre 1818, le Conservateur contenait un article sérieux sur la morale des intérêts et sur celle des devoirs : c’est de cet article, qui fit du bruit, qu’est née la phraséologie des intérêts moraux et des intérêts matériels, mise d’abord en avant par moi, adoptée ensuite par tout le monde. Le voici fort abrégé ; il s’élève au-dessus de la portée d’un journal, et c’est un de mes ouvrages auquel ma raison attache quelque valeur. Il n’a point vieilli, parce que les idées qu’il renferme sont de tous les temps.

3 L25 Chapitre 10

De la morale des intérêts matériels et de celle des devoirs

Le ministère a inventé une morale nouvelle, la morale des intérêts ; celle des devoirs est abandonnée aux imbéciles. Or, cette morale des intérêts, dont on veut faire la base de notre gouvernement, a plus corrompu le peuple dans l’espace de trois années que la révolution dans un quart de siècle.

« Ce qui fait périr la morale chez les nations, et avec la morale les nations elles-mêmes, ce n’est pas la violence, mais la séduction ; et par séduction j’entends ce que toute fausse doctrine a de flatteur et de spécieux. Les hommes prennent souvent l’erreur pour la vérité, parce que chaque faculté du coeur ou de l’esprit a sa fausse image : la froideur ressemble à la vertu, le raisonner à la raison, le vide à la profondeur, ainsi du reste.

« Le dix-huitième siècle fut un siècle destructeur ; nous fûmes tous séduits. Nous dénaturâmes la politique, nous nous égarâmes dans de coupables nouveautés en cherchant l’existence sociale dans la corruption de nos moeurs. La révolution vint nous réveiller : en poussant le Français hors de son lit, elle le jeta dans la tombe. Toutefois, le règne de la terreur est peut-être, de toutes les époques de la révolution, celle qui fut la moins dangereuse à la morale, parce qu’aucune conscience n’était forcée : le crime paraissait dans sa franchise. Des orgies au milieu du sang, des scandales qui n’en étaient plus à force d’être horribles ; voilà tout. Les femmes du peuple venaient travailler à leurs ouvrages autour de la machine à meurtre comme à leurs foyers : les échafauds étaient les moeurs publiques et la mort le fond du gouvernement. Rien de plus net que la position de chacun : on ne parlait ni de spécialité, ni de positif, ni de système d’intérêts. Ce galimatias des petits esprits et des mauvaises consciences était inconnu. On disait à un homme : " Tu es royaliste noble, riche : meurs " et il mourait. Antonelle écrivait qu’on ne trouvait aucune charge contre des prisonniers mais qu’il les avait condamnés comme aristocrates ; monstrueuse franchise, qui nonobstant laissait subsister l’ordre moral ; car ce n’est pas de tuer l’innocent comme innocent qui perd la société, c’est de le tuer comme coupable.

« En conséquence, ces temps affreux sont ceux des grands dévouements. Alors les femmes marchèrent héroïquement au supplice ; les pères se livrèrent pour les fils, les fils pour les pères ; des secours inattendus s’introduisaient dans les prisons, et le prêtre que l’on cherchait consolait la victime auprès du bourreau qui ne le reconnaissait pas. [...] »