Histoire coloniale et postcoloniale

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le détournement du mémorial du quai Branly

mercredi 7 mars 2012, par nf

Marc Laffineur, secrétaire d’État auprès du ministre de la Défense et des Anciens combattants, a présidé, le 28 février 2012, la cérémonie d’installation d’une liste supplémentaire de 1 585 noms de victimes civiles disparues pendant la guerre d’Algérie sur le Mémorial national du quai Branly à Paris.
Deux associations, l’Arac et la Fnaca, représentant plus de la moitié des appelés en Algérie, se sont insurgées contre ce nouveau détournement du sens du Mémorial.

Au cours de son allocution [1], Marc Laffineur a déploré que «  la concurrence des mémoires continue, hélas, de raviver les souffrances, les rancœurs et parfois les haines. Nous ne pouvons pas tolérer que la mémoire divise. La mémoire est le socle de notre Nation, elle doit au contraire rassembler, unifier autour de valeurs et d’aspirations communes. »

Mais comment comprendre l’engagement pris par Christian Frémont, directeur de cabinet du président de la République, devant un groupe de représentants de nostalgiques de l’Algérie coloniale, que l’État ne sera pas représenté, le 19 mars 2012, lors des cérémonies commémoratives de l’entrée en vigueur des Accords d’Évian – une circulaire devant d’ailleurs être adressée en ce sens aux membres du corps préfectoral ? N’est-ce pas là une façon de diviser le pays en privilégiant une demande émanant de mouvements extrémistes, alors que, si l’on en croit les sondages, la très grande majorité de nos compatriotes estiment que le 19 mars 2012 devrait être commémoré en présence du président de la République ?

Quai Branly : le Mémorial détourné

par Walid Mebarek, El Watan, le 6 mars 2012


Deux associations d’anciens combattants se sont insurgées contre la manière dont le secrétaire d’Etat aux anciens combattants a une nouvelle fois détourné le sens du Mémorial national créé en 2002.

Ils dénoncent l’inscription, sur ce monument, des noms des victimes survenues après le 19 mars, dont certaines liées à l’OAS. Le 28 février, le secrétaire d’Etat, Marc Laffineur, a présidé une cérémonie d’installation d’une liste supplémentaire de 1585 noms de victimes civiles disparues pendant la guerre d’Algérie, notamment après le cessez-le-feu contesté et combattu par l’organisation criminelle OAS. La Fnaca, association spécifique des combattants d’Afrique du Nord, considère qu’une « telle initiative contribue à la confusion des mémoires et au détournement de la vocation initiale du Mémorial sur lequel ne figurent même pas tous les noms des soldats morts en Afrique du Nord.

Le gouvernement cède ainsi aux pressions des mouvements extrémistes, à la veille d’une élection importante, alors qu’il persiste à refuser, dans le même temps, la commémoration officielle du cessez-le-feu du 19 mars 1962 et qu’il existe déjà un Monument aux disparus inauguré officiellement à Perpignan en 2007 ». Ce dernier avait été édifié après la pression des nostalgiques du Cercle algérianiste. « La Fnaca rappelle que le Mémorial du quai Branly, résultat de plusieurs décennies d’action des anciens combattants, est destiné à rendre hommage aux seuls militaires et supplétifs ayant trouvé la mort au service de la France ».

Ainsi, à l’origine, ce Mémorial, voulu par le président Chirac en 2002, était édifié pour rendre hommage aux 30 000 militaires morts pour la France en Afrique du Nord, dont une liste partielle de près de 25 000 noms défile en permanence sur l’écran électronique. Déjà, en 2010, le secrétaire d’Etat, Hubert Falco, décidait d’y faire ajouter les noms des civils ayant trouvé la mort le 26 mars 1962, rue d’Isly à Alger, à l’issue d’une manifestation à caractère insurrectionnel, organisée par l’OAS. Cette démarche gouvernementale avait déjà suscité l’indignation de la Fnaca et de nombreuses autres associations d’anciens combattants.

L’autre association d’anciens combattants français en Algérie, l’Arac, (Association républicaine des anciens combattants et victimes de guerre, créée par Henri Barbussse après la Seconde Guerre mondiale), estime que l’initiative du secrétaire d’Etat Marc Laffineur « est un détournement de la fonction initiale de ce monument ». L’Arac milite pour « éclairer la guerre d’Algérie par une mémoire assumée appuyée sur la vérité historique, condition essentielle d’un rapprochement entre les deux pays ouvrant la voie à des rapports de coopération et d’amitié entre la France et l’Algérie et son peuple ». Ce n’est pas gagné.

Le chant des Africains pour conclure une cérémonie officielle

Jean-François Gavoury (président de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS – Anpromevo) a assisté à cette cérémonie controversée, du 28 février, en hommage aux victimes civiles et disparus des combats d’Afrique du Nord, au Mémorial du quai Branly à Paris.

Marc Laffineur, dit-il, était assisté notamment de Nicole Ferrandis (présidente de l’Association des familles des victimes du 26 mars 1962). Renaud Bachy (président de la Mission interministérielle aux rapatriés) l’accompagnait.
Loin de l’apaisement qu’on souhaiterait 50 ans après la fin de la guerre, le ministre s’est réjoui de l’adoption définitive, la veille, de la proposition de loi relative à l’incrimination des insultes, injures et autres diffamations faites aux harkis. Il développa aussi l’idée inconvenante du rôle positif de la présence française en Algérie à travers les routes, écoles et hôpitaux qui ont pu y être construits. Absurde ! Comme si une Algérie souveraine n’en aurait pas construits elle-même si elle avait été en capacité de libre décision entre 1830 et 1962.

Enfin, M. Gavoury note « qu’il a été fait référence aux noms de victimes d’événements survenus avant et après le 19 mars et non avant l’indépendance, ce qui laisse place à bien des interrogations sur certaines extensions ».
M. Laffineur a aussi fait l’annonce du projet de Mémorial aux Français rapatriés morts pour la France. Et, pour faire bonne mesure avec une mémoire très Algérie française, le public a eu droit, après La Marseillaise, à une interprétation du Chant des Africains.

Communiqué de la Fnaca

Le mémorial détourné

En 2002, 40 ans après la fin de la guerre d’Algérie, le président Jacques Chirac inaugurait le Mémorial national de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie, que les anciens combattants français attendaient depuis 1962 !

Il rendait ainsi l’hommage de la Nation aux 30000 militaires morts pour la France en Afrique du Nord, dont une liste partielle de près de 25000 noms défile en permanence sur l’écran électronique.

En 2010, le secrétaire d’Etat Hubert Falco, décidait d’y faire ajouter les noms des civils ayant trouvé la mort le 26 mars 1962, rue d’Isly à Alger, à l’issue d’une manifestation à caractère insurrectionnel, organisée par l’OAS, provocant l’indignation de la FNACA et de nombreuses autres associations d’anciens combattants.

Demain, 28 février 2012, le secrétaire d’Etat Marc Laffineur présidera la cérémonie d’installation d’une liste supplémentaire de 1585 noms de victimes civiles disparues pendant la guerre d’Algérie, notamment après le cessez-le-feu contesté et combattu par l’organisation criminelle OAS.

La FNACA, association spécifique des combats d’Afrique du Nord, considère qu’une telle initiative contribue à la confusion des mémoires et au détournement de la vocation initiale de ce Mémorial sur lequel ne figurent même pas tous les noms des soldats morts en Afrique du Nord.

Le gouvernement cède ainsi aux pressions des mouvements extrémistes, à la veille d’une élection importante, alors qu’il persiste à refuser, dans le même temps, la commémoration officielle du cessez-le-feu du 19 mars 1962 et qu’il existe déjà un Monument aux disparus inauguré officiellement à Perpignan en 2007.

La FNACA rappelle que le Mémorial du quai Branly, résultat de plusieurs décennies d’action des anciens combattants, est destiné à rendre hommage aux seuls militaires et supplétifs ayant trouvé la mort au service de la France.

Paris, le 27 février 2012

Communiqué de l’ARAC [2]

Monument du quai Branly : une initiative inacceptable

Ce 28 février 2012, le Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, Marc Laffineur, présidera une cérémonie d’installation d’une liste de 1585 noms de victimes civiles disparues durant la guerre d’Algérie après le cessez-le-feu sur le monument du quai Branly.

Il convient d’abord d’observer que cette initiative contredit l’engagement pris par l’État en accord avec les Associations d’ACVG qui entendait consacrer ce monument aux seuls militaires et supplétifs ayant trouvé la mort au service de la France. Un monument d’hommage à ces civils disparus a été d’ailleurs installé en 2007.

L’ARAC considère que cette initiative est un détournement de la fonction initiale de ce monument.

Elle constitue de plus un nouvel obstacle à la reconnaissance assumée de la Mémoire de la guerre d’Algérie après le refus de reconnaître le 19 mars 1962, comme date officielle historique de la cessation des combats d’Algérie, Tunisie et Maroc.

L’ARAC poursuivra son action pour éclairer la guerre d’Algérie par une mémoire assumée appuyée sur la vérité historique, condition essentielle d’un rapprochement entre les deux pays ouvrant la voie à des rapports de coopération et d’amitié entre la France et l’Algérie et son peuple.

Villejuif le 27 février 2012


[1Le discours de Marc Laffineur est téléchargeable : http://www.philippevitel.com/images....

[2ARAC : Association Républicaine des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, des Combattants pour l’Amitié, la Solidarité, la Mémoire, l’Antifascisme et la Paix

http://dandelotmije.over-blog.com/article-communique-de-l-association-republicaine-des-anciens-combattants-et-victimes-de-guerre-des-combatta-100266870.html