Histoire coloniale et postcoloniale

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le massacre du 17 octobre 1961 : vers une reconnaissance politique ?

vendredi 21 octobre 2011, par nf

Plus personne ne conteste la réalité du massacre des Algériens d’octobre 1961, et, en février 1999, un substitut a reconnu ce "massacre", mais, jusqu’à présent, il ne s’est pas trouvé un seul représentant des plus hautes autorités de l’État pour évoquer publiquement la responsabilité de l’État dans ce sinistre épisode de la guerre d’Algérie.

Aujourd’hui, alors que la pétition lancée par Mediapart a reçu près de 9 000 signatures en une semaine, la droite continue à s’en tenir à un refus hautain, tandis que la gauche semble prête à voter une loi reconnaissant le massacre des Algériens.

Pierre Tartakowsky, président de la Ligue des droits de l’Homme, déclare n’avoir "qu’un seul regret, c’est de constater que le gouvernement ne dit mot, et n’éclaire pas ce qui doit être éclairé". Il poursuit : "On ne construit pas la démocratie [...] sur l’oubli ou sur le mensonge". [1]

[Mise en ligne le 19 octobre 2011, mis à jour le 21]


Des preuves :

Midi 2 du 22 octobre 1997 (1min 43s)


A l’heure du procès de Maurice Papon pour crimes contre l’humanité, des archives relatant les décès de manifestants pro-FLN en 1961 ont été rendues publiques. Des pages d’un registre du parquet, publiées par le journal Libération, attestent de la réalité des violences subies par les FMA ("Français musulmans d’Algérie").

Les pages qui sont montrées ci-dessus sont datées du 31 octobre et du 2 novembre 1961. On y lit, à gauche, dans la colonne « noms des plaignants » (sic), les noms des morts FMA et parfois leur numéro de dossier à l’Institut médico-légal (IML). Parfois aussi figure la mention « repêché » ou « repêchage ». A la colonne des « motifs », la mention « Hom. Vol », pour homicide volontaire.
A la colonne « date », la date d’enregistrement de l’ouverture de l’information judiciaire, et enfin à la colonne « ordonnances », la date des non-lieux (NL) prononcés systématiquement.

Les noms de certaines des victimes avaient déjà été répertoriés par l’historien Jean-Luc Einaudi, sur la foi de témoignages et de documents qu’il avait recueillis dans les rapports internes de 1961 du FLN, les registres du cimetière parisien de Thiais, et dans la presse. Ainsi, Derouès Abdelkader (n°51403 du document ci-dessus) est évoqué en page 314 du livre d’Einaudi La bataille de Paris, 17 octobre 1961 (Le Seuil, 1991), avec la mention : « Tué le 17 octobre 1961 ; inhumé le 31 octobre 1961 ». Gargouri Abdelkader (n° 51432), à la page 315, « tué par balles, date indéterminée, inhumé le 10 novembre 1961 ». [2].

Le parquet de Paris reconnaît le "massacre" du 17 octobre 1961

[Le Monde du 15 février 1999 (extraits)]


[...] Après quatre jours de débats, vendredi 12 février, le ministère public, par la bouche du substitut Vincent Lesclous, a reconnu solennellement la réalité du "massacre" commis ce jour-là par des membres des forces de l’ordre « reniant leurs valeurs, se refusant à la discipline, jouets de la haine qui les a aveuglés ». Pour la première fois depuis les faits, un représentant de l’Etat emploie publiquement le terme de "massacre" pour qualifier un événement resté longtemps enfoui dans un coin de la mémoire collective. [...]

« Il y a eu un nombre important de morts, affirme le représentant du parquet. Des pauvres morts qui, pour certains d’entre eux, pèsent lourd sur la conscience. C’était, pour la plupart, des gens simples et laborieux. Pour la plupart, ils resteront anonymes. Dans la rue et dans les centres d’identification certains des tueurs portaient des uniformes. » Pour Vincent Lesclous, les premiers responsables de ce massacre sont en effet « les meurtriers eux-mêmes, qui ont vu jaillir le sang sous leurs coups », mais aussi « la hiérarchie intermédiaire [de la police] qui était sur les lieux, n’a pas arrêté les tueurs et n’a pas dénoncé les faits ».[...]

Acacio Pereira


Mais aujourd’hui...

L’Etat n’est pas prêt à s’excuser pour le 17 octobre 1961

par Michel Martins, LExpress.fr, le 17 octobre 2011


Après un demi-siècle de silence officiel sur cette manifestation réprimée dans le sang, l’Etat français n’est toujours pas prêt à faire acte de repentance. Et ce n’est pas prêt de changer.

Il y a cinquante ans, jour pour jour, le 17 octobre 1961, une manifestation à l’appel du Front de Libération National (FLN), réunissant 30 000 français musulmans d’Algérie, se terminait dans une sanglante répression. A ce jour, le bilan officiel de cette journée est de 2 morts et 64 blessés, alors que de nombreux historiens parlent de plus de 100 manifestants tués.

A gauche, le PS, accompagné des dix sénateurs d’Europe-Écologie-Les Verts et des communistes "ont demandé dans des communiqués distincts qu’une reconnaissance officielle du massacre ait lieu". Dans le prolongement de la tribune de Eva Joly sur le Plus du Nouvel Observateur, François de Rugy, député de Loire-Atlantique, précise qu’"à l’initiative de Noël Mamère, les députés écologistes vont déposer une proposition de loi pour la reconnaissance officiel de cet évènement dramatique".

Martine Aubry et François Hollande sont eux signataires de la pétition de Médiapart en faveur d’une reconnaissance de la tragédie. Le vainqueur de la primaire socialiste s’est d’ailleurs rendu ce lundi sur le pont de Neuilly à Asnières afin de rendre hommage aux victimes de cette répression sanglante : "Il faut que la vérité soit dite. Sans repentance, ni mise en accusation particulière. Reconnaître ce qui c’est produit. Aujourd’hui je le fais en tant que socialiste. Ensuite, ce sera sans doute à la République de le faire...".

A Paris, le maire Bertrand Delanoë a déposé une gerbe de fleurs à Saint-Michel devant la plaque commémorative de l’évènement, qu’il avait inaugurée en 2001.

La droite toujours dans le refus

A Nanterre, ville dont étaient issus un grand nombre des manifestants, le maire communiste Patrick Jarry a inauguré ce dimanche un boulevard 17 octobre 1961. L’élu a d’ailleurs accusé son voisin, le maire de Neuilly de refuser de participer aux commémorations. Jean-Christophe Fromentin (divers droite) lui a répondu par lettre ouverte que sa ville s’inscrivait dans le "calendrier officiel des Commémorations patriotiques arrêté par le gouvernement" et que "l’officialisation national et républicaine d’un évènement est de la compétence de l’Etat".

L’Etat, justement, refuse toute excuse ou reconnaissance de faute.

Interrogé ce lundi matin sur iTélé, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant a exprimé la position du gouvernement sur la question : "La France ne doit certainement pas présenter des excuses à l’Algérie, ceci dit la France doit faire face à son passé".

Joint par LEXPRESS.fr, Axel Poniatowski, président (UMP) de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, répète la position officielle, signe que celle-ci n’est pas prête de changer : "La position du parti présidentiel sur la question est celle de Claude Guéant. Une reconnaissance symbolique est envisageable à l’avenir, mais pas d’excuses. Pour l’instant, rien n’est prévu."

Les proches des victimes de cette répression peuvent toujours attendre.

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- François Hollande a confirmé ses prises de position d’il y a cinq ans. Lors d’une rencontre avec la presse étrangère, mercredi 10 mai 2006, celui qui était alors premier secrétaire du Parti socialiste français avait déclaré : « Nous sommes comptables du passé et responsables de l’avenir. La SFIO a perdu son âme dans la guerre d’Algérie. Elle a ses justifications mais nous devons encore des excuses au peuple algérien. Et nous devrons faire en sorte que cela ne se reproduise plus. [3] »

- Le tout nouveau président du Sénat, le socialiste Jean-Pierre Bel, a annoncé le 17 octobre, dans un communiqué commun avec le président du groupe interparlementaire d’amitié France-Algérie, qu’il souhaite « que soient reconnus officiellement les crimes commis et qu’il s’associe aux différentes manifestations organisées en vue de commémorer cette triste page de l’Histoire de France ». [4]

- La sénatrice Nicole Borvo, du groupe communiste républicain et citoyen (CRC), a déposé au Sénat le 7 octobre 2011 une proposition de loi tendant à la reconnaissance de la répression d’une manifestation à Paris le 17 octobre 1961 [5].

- Les député-e-s EELV ont annoncé leur intention de déposer une proposition de loi pour la reconnaissance de la responsabilité de la République française dans le massacre du 17 octobre 1961 [6].

- Le 18 octobre les sénateurs EELV ont déposé une proposition de loi visant à la reconnaissance de la responsabilité de la République française dans le massacre du 17 octobre 1961[http://www.senat.fr/leg/ppl11-036.html].