Histoire coloniale et postcoloniale

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le musée de la France en Algérie, à Montpellier (suite)

samedi 21 novembre 2009, par nf

Le point sur le projet controversé de “musée de l’histoire de la France en Algérie (1830-1962)” que Georges Frêche continue à défendre pour des raisons essentiellement électoralistes.

[Première mise en ligne le 19 janvier 2006, mise à jour le 21 novembre 2009]

Le musée explosif de Frêche
sur l’histoire de la France en Algérie

Par Michel Feltin, Jacques Molénat, L’Express, le 20 novembre 2009


Consacrer un monument à "l’histoire de la France en Algérie" : c’est l’idée du patron de l’agglomération montpelliéraine pour flatter les nombreux rapatriés.

Avec Georges Frêche, le spectacle est toujours assuré. Un jour, il traite des harkis de "sous-hommes". Un autre, il s’offusque en constatant que, dans l’équipe de France de football, "il y a 9 blacks sur 11" joueurs.
Et voici qu’il s’aventure sur un terrain sensible entre tous en créant à Montpellier un “musée de l’histoire de la France en Algérie (1830-1962)”. L’objectif officiel du président (ex-PS) de l’agglomération ? Mettre en valeur "l’oeuvre française".

L’arrêté municipal est adopté en février 2003 ; un lieu choisi, l’hôtel Montcalm ; une conservatrice recrutée. Mais, depuis six ans, l’entreprise patine.
La socialiste Hélène Mandroux, successeur depuis 2004 de Georges Frêche à l’hôtel de ville, refuse d’endosser le projet de son prédécesseur. Elle reçoit les applaudissements des Verts et des communistes, qui refusent d’édifier un "monument à la gloire du colonialisme".

Dépité, Frêche rapatrie le projet dans la communauté d’agglomération dont il est le président et n’en démord pas.
"Je ne remets pas en cause l’indépendance de l’Algérie, affirme-t-il à L’Express. Lorsque j’étais étudiant, j’ai même milité en sa faveur ! Je veux simplement construire un musée sur l’histoire de cette période. Avec ses côtés positifs – la France a fait là-bas beaucoup de choses bien – et ses côtés négatifs – avoir refusé le droit de vote aux musulmans était un scandale."

A leur tour, les historiens s’en mêlent. Des universitaires devant former le conseil scientifique se cabrent à l’idée de cautionner la mémoire coloniale.
Professeur d’histoire à l’université Paris-VIII, Daniel Lefeuvre claque la porte en novembre 2005. "Nous ne sommes pas là pour servir la soupe aux politiques ni aux rapatriés."
Réaction qui exaspère Frêche, lui-même universitaire et historien. "Je n’en ai rien à foutre des universitaires trous du cul", lâche-t-il dans son style fleuri.

Loin du souci de vérité historique

Le professeur Charles-Olivier Carbonell, qui se définit non comme un historien mais comme un "historien de l’Histoire", est aujourd’hui l’ultime référent scientifique du projet.
Sa vision ? Un musée qui fasse leur place aux lumières comme aux ombres de cette période passionnelle. Cette volonté d’équilibre désole Alain Jamet, le patron régional du Front national : "On est passé de la mémoire de l’Algérie française à une vision qui renvoie dos à dos le FLN et l’OAS."

On l’a compris : en la circonstance, ce n’est pas le souci de la vérité historique qui anime Frêche, mais, en politique madré, les réserves de voix que représentent les rapatriés et leurs descendants. Il est vrai que ceux-ci pèsent numériquement très lourd dans la capitale régionale : quelque 50 000 personnes, sur une population totale de 251 000 habitants.
"Il s’agit d’un électorat qui, lors des échéances nationales, vote traditionnellement à droite, voire à l’extrême droite, mais qui soutient Frêche aux élections locales", observe Jacques Domergue, député (UMP) de l’Hérault.

Bien sûr, le musée a pris tant de retard qu’il ne pourra finalement ouvrir ses portes qu’en 2011. Soit quelques mois après les régionales auxquelles se représente l’actuel patron du Languedoc-Roussillon.

Mais qu’à cela ne tienne ! Frêche ne doute pas que les rapatriés seront sensibles à son clin d’oeil appuyé. Si l’homme dérape souvent, il agit rarement au hasard...

Communiqué des élus communistes du CR de Languedoc-Roussillon [1]

Depuis plusieurs semaines, un débat a lieu concernant la réalisation
à Montpellier, d’un musée sur la présence de la France en Algérie.

La position des élus communistes du Conseil Régional est claire : il est
hors de question pour nous de contribuer à la réalisation d’un musée à la gloire du colonialisme ! Nous nous y opposons fermement.
Nous pensons qu’un musée de dimension nationale, élaboré à partir de garanties apportées par un comité scientifique composé d’historiens algériens et français, peut répondre à un devoir de mémoire qu’il est
indispensable d’avoir.
C’est le sens de l’intervention de Laurette Bastaroli, Conseillère
Régionale Communiste, le 28 février 2005 en séance du Conseil Régional.
S’il est grand temps de rétablir la vérité historique de l’Algérie, l’impatience dictée par le seul souci de flatter un certain électorat
est mauvaise conseillère.

D’autre part, l’engagement de l’État pour une telle réalisation est indispensable.
Les élus communistes au Conseil Régional vont donc s’inscrire dans cette démarche, en veillant particulièrement à la rigueur historique.
Rigueur historique qui ne peut exister qu’avec la présence des différentes sensibilités face à un vécu encore récent.

Janvier 2006

Jean-Louis Bousquet
Président du groupe communiste et citoyen du CR de Languedoc-Roussillon


"Septimanies" - région Languedoc-Roussillon - juin 2005

[1Référence : Journal du Conseil régional de Languedoc-Roussillon, janvier 2006.