Histoire coloniale et postcoloniale

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le parlement européen reconnaît le génocide des Roms

jeudi 16 avril 2015, par nf

Les eurodéputés ont adopté à une écrasante majorité une résolution exprimant une "profonde préoccupation face à la montée de l’antitsiganisme, qui se manifeste entre autres par des discours hostiles aux Roms et des agressions violentes commises en Europe".
L’antitsiganisme est "incompatible avec les normes et les valeurs de l’Union européenne" rappellent-ils et il "constitue un obstacle majeur à l’intégration sociale réussie des Roms".

Dans cette même résolution, le Parlement européen déclare reconnaître le fait historique que constitue le génocide des Roms durant la Seconde Guerre mondiale et demande aux États membres de faire de même. Selon les estimations, plus de 500 000 Roms ont été exterminés par les nazis et leurs alliés au cours de cette guerre – dans certains pays, plus de 80% de la population rom a été exterminée.

Reste à préciser le sens des mots : à partir de quels critères des massacres peuvent-ils être qualifiés de génocide ? Voir le Manuel de droit des conflits armés.

Le Parlement européen demande la reconnaissance du 2 août comme journée de commémoration du génocide tsigane

par Isabelle Ligner, Dépêches tsiganes, le 16 avril 2015


Dans une résolution votée mercredi 15 avril 2015 à 544 voix pour, 13 contre et 44 abstentions, les députés européens ont demandé la reconnaissance du 2 août comme Journée européenne de commémoration du génocide des tsiganes tout en exprimant leur « profonde préoccupation face à la montée de l’antitsiganisme ». [1]

Dans ce texte, les députés européens expriment leur « profonde préoccupation face à la montée de l’antitsiganisme, qui se manifeste entre autres par des discours hostiles aux Roms et des agressions violentes commises en Europe ».

L’antitsiganisme est « incompatible avec les normes et les valeurs de l’Union européenne » et « constitue un obstacle majeur à l’intégration sociale réussie des Roms », jugent-ils utiles de rappeler, en demandant aux Etats membres de mettre en oeuvre de manière effective la directive sur l’égalité raciale (2000/43/CE). Et ce notamment afin de « prévenir et éliminer toute discrimination à l’encontre des Roms, notamment en matière d’emploi, d’éducation et d’accès au logement ».

Par cette résolution, « le Parlement reconnaît le fait historique que constitue le génocide des Roms durant la Seconde Guerre mondiale ainsi que d’autres formes de persécution, telles que les déportations et les détentions et demande aux États membres de faire de même », souligne un communiqué de cette institution.

Les tsiganes ont été victimes pendant la Seconde Guerre mondiale d’un génocide connu des historiens et des familles des victimes mais largement boycotté par la mémoire collective et les instances nationales et internationales. Selon les estimations, quelque 500.000 tsiganes ont été exterminés par les Nazis et leurs alliés. Dans certaines régions d’Europe de l’Est, plus de 80% de la population rom a été exterminée.

Des organisations militaient depuis des années pour que le 2 août soit reconnu comme journée internationale de commémoration du génocide tsigane. C’est notamment le cas du réseau ternYpe, regroupant des organisations de jeunes Roms et non-Roms venant de plusieurs pays européens dont la France.
Le 2 août a été choisi comme la date symbolisant ce génocide et « devrait être proclamé « Journée européenne de commémoration du génocide des Roms » et dédié à la commémoration de toutes les victimes de ce génocide, recommandent les députés européens.

Dans la nuit du 2 au 3 août 1944, quelque 3.000 tsiganes restant dans le « camp des familles » de Birkenau, pour la plupart des femmes, des enfants et des vieillards, avaient été « liquidés » dans les chambres à gaz. Les associations ayant milité pour la reconnaissance de cette date estiment que le génocide et les persécutions qu’ont subis les tsiganes par le passé doivent être mieux connus et enseignés afin de lutter contre les violences et la stigmatisation qui frappent toujours les Roms de nos jours.
Souhaitons maintenant que cette résolution du parlement européen débouche sur des actions concrètes et ne reste pas un voeu pieux.

Qu’est-ce qu’un « génocide » ?

par Cécile Hennion, journaliste au Monde, 15 avrill 2015


« Ici, il n’y a pas de pourquoi », s’entendit répondre Primo Levi à son arrivée à Auschwitz. En 2015, année de commémoration des 70 ans de la libération des camps nazis, du centenaire du génocide arménien et des 40 ans de la prise de Phnom Penh – ouvrant la voie au massacre de 1,7 million de Cambodgiens par les Khmers rouges –, ceux qui ont tenté de décortiquer l’Histoire ne sont pas parvenus à apporter de réponse satisfaisante à la lancinante question du « Pourquoi ? ».

Le caractère « impensable » des horreurs exhibées, en 1945, explique peut-être qu’il fallut un mot nouveau pour les qualifier. En 1948, les Nations unies adoptèrent le terme de « génocide », inventé quatre ans plus tôt par le juriste Raphael Lemkin. Malgré une définition complexe – commettre des massacres ou causer un préjudice mental ou physique grave avec l’intention de détruire tout ou partie d’un groupe national ethnique, racial ou religieux –, le mot est passé dans le langage courant pour qualifier les crimes de masse, non sans provoquer des débats enflammés. Le 12 avril, le pape François suscitait l’émoi en évoquant le massacre des Arméniens, « généralement considéré comme le premier génocide du XXe siècle ».

Alors que le Cambodge va commémorer une date décisive de son histoire, la qualification de « génocide » cambodgien suscite aussi la polémique. Le 17 avril 1975, Phnom Penh tombait aux mains des Khmers rouges. Jusqu’à leur chute le 6 janvier 1979, les maîtres du « Kampuchéa démocratique » entraînèrent la mort d’environ 20 % de la population. Mais sont-elles nécessaires, ces querelles de vocabulaire, pour qualifier ces atrocités ?

Identifier le crime

Richard Rechtman, directeur d’études à l’EHESS, psychiatre et anthropologue, en est convaincu. « Moins pour les victimes que pour l’histoire collective, précise-t-il. On ne juge pas l’Histoire au regard de l’intérêt immédiat des victimes. Sinon, comme le pensent certains, il faudrait se taire afin de ne pas rouvrir les blessures. Au Cambodge, la qualification de “génocide” souligne bien l’intentionnalité criminelle, qui va au-delà de l’élimination physique des opposants pour viser tout un peuple, le peuple dit “nouveau” dans le langage khmer rouge. Les Khmers rouges ont voulu tuer les hommes, les femmes, les enfants, mais aussi les morts en interdisant les rites funéraires ou en laissant les dépouilles à l’abandon – ce que l’on ne retrouve que dans les pratiques génocidaires. »

« Pour délester les survivants du fardeau de leurs défunts, dont ils sont souvent les seuls à se souvenir, il est nécessaire que l’ensemble de la collectivité les porte, poursuit M. Rechtman. Cela passe par l’aveu des bourreaux. Or, seule la scène judiciaire contient ce dispositif qui les fait – parfois – parler. » A la différence d’un procès pénal ordinaire où l’on cherche des mobiles, note-t-il, il s’agit ici d’identifier le crime, même si, au final, la responsabilité des accusés ne sera parfois pas engagée. C’est le sens de la mémoire collective, selon Richard Rechtman. Il faut permettre aux défunts de réintégrer l’espace collectif, y compris par la polémique. Il ne s’agit pas d’une démarche compassionnelle à l’égard des survivants, ajoute-t-il, mais d’un acte politique de refus de l’effacement.

Cécile Hennion



[1Le communiqué du Parlement européen : http://www.europarl.europa.eu/news/....