Histoire coloniale et postcoloniale

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les “événements” de Tunisie

dimanche 2 janvier 2011

De l’avis de nombreux Tunisiens, depuis l’explosion de colère du 17 décembre dernier à Sidi Bouzid, il se passe quelque de nouveau dans le pays. Un avis partagé par la fille du militant tunisien Ammar Amroussia interpellé à Gafsa le 29 décembre et dont personne n’a eu de nouvelles depuis : « Ce qui change c’est que les gens n’ont plus peur de protester, de manifester. La répression n’arrive plus à les étouffer. Il y a tout un mouvement social qui touche tout le monde, les jeunes, les avocats, les diplômés, les couches sociales touchées par le régime de Ben Ali. Tout le monde proteste contre ce régime. » [1]

Mouvement social de Sidi Bouzid (Tunisie) :
les syndicats français expriment leur solidarité [2]

Trois ans après les événements de Gafsa, la région de Sidi Bouzid, dans le centre de la Tunisie, est depuis le 17 décembre en proie à une flambée de colère dont les causes, comme à Gafsa, sont principalement le chômage et l’absence de développement.

La tentative de suicide d’un jeune diplômé vendeur ambulant qui s’est immolé par le feu a été l’élément déclencheur d’une vague de manifestations dans la région qui ont donné lieu à des arrestations en masse.

Les affrontements les plus violents se sont produits à Manzil Bouziane où un jeune manifestant a été tué par balle et ont provoqué une dizaine de blessés.

Le 27 décembre, des centaines de syndicalistes de l’UGTT, principalement de l’enseignement, des services se santé, de la poste et des télécommunications se sont rassemblés devant le siège de la centrale à Tunis. Les manifestants étaient cernés par un important dispositif de sécurité dont des unités anti émeutes.

Le déséquilibre du développement entre les régions côtières et le centre du pays est à l’origine de la détresse sociale de régions laissées pour compte, comme celle de Sidi Bouzid. L’investissement pour la création d’emplois, dans ces régions est une nécessité, particulièrement en direction des jeunes diplômés dont le taux de chômage atteindrait le double du taux global estimé à 14%.

Le collectif syndical français formé après les événements de Gafsa (CFDT, CGT, FSU, Unsa et Solidaires), soutient les efforts du mouvement syndical tunisien pour empêcher l’usage de la manière forte face à ces mouvements de protestation spontanés.

Il soutient la revendication de l’UGTT pour l’ouverture d’une négociation pour un développement durable créateur d’emplois de qualité et géographiquement équilibré.

Avec les syndicalistes de l’UGTT, la CGT, la CFDT, la FSU, l’UNSA et Solidaires exigent :

  • la non intervention des forces de police contre les mouvements sociaux,
  • la libération de toutes les personnes arrêtées,
  • sans oublier la libération des militants emprisonnés suite aux mobilisations passées de la région de Gafsa, comme Fahem Boukadous et Hassan Ben Abdallah,
  • l’amnistie et la réintégration dans leur emploi des ex-prisonniers du bassin minier de Gafsa et de tous les condamnés.

Face à cette politique caractéristique d’un Etat policier, les organisations françaises exigent enfin du gouvernement français qu’il cesse son soutien systématique à ce régime.

Paris, le 30 décembre 2010

La situation s’enlise en Tunisie

par Mokrane Ait Ouarabi, El Watan, le 2 janvier 2011


Les émeutes se sont poursuivies ce week-end dans plusieurs villages de la région de Sidi Bouzid.

Le décès d’un manifestant, Chawki Hidri, 43 ans, vendredi matin, des suites de blessures par balle reçue au cours des affrontements violents du 24 décembre à Menzel Bouzayane, une localité à 60 km de Sidi Bouzid, a provoqué une nouvelle onde de choc et attisé la colère de la population qui a réinvesti la rue pour protester contre la répression. Des manifestations de soutien à la population de cette région ont également été organisées durant le week-end à Tunis et dans d’autres villes du pays. Des manifestations violemment réprimées, notamment à Grombalia, Sousse, Monastir, Mahdia, Gafsa et Jendouba.

Vendredi, des avocats ont été malmenés par la police à Tunis et dans d’autres villes, alors qu’ils tentaient d’exprimer leur appui à la population de Sidi Bouzid. Les avocats répondaient à l’appel du conseil de l’Ordre d’appuyer le mouvement de protestation sociale de Sidi Bouzid en portant des brassards rouges devant tous les tribunaux de Tunisie. Selon un communiqué signé par le bâtonnier Abderrazak Kilani, de « nombreux avocats ont été frappés, pourchassés et insultés » par des policiers. « Certains d’entre eux ont vu leurs robes déchirées et leurs brassards arrachés par des policiers déployés en très grand nombre autour des tribunaux et jusque dans les salles d’audience », ajoute-on dans le même communiqué. Le conseil de l’Ordre dénonce ainsi « un usage sans précédent » de la force et une sauvage agression visant à faire taire les avocats.

Contacté hier par nos soins, Jalal Zoghlami, militant des droits de l’homme, prédit le pire pour les jours à venir : « La situation risque de s’aggraver. La protestation sociale prend de plus en plus de l’ampleur. Les gens en ont marre et ne semblent plus avoir peur de la machine répressive déployée par le régime de Ben Ali. Le mouvement de contestation va continuer tant qu’il n’y a pas d’actions concrètes et palpables au profit des populations déshéritées. » Pour M. Zoghlami, le réaménagement du gouvernement qui s’est produit dans la foulée des troubles sociaux ne change rien à la donne sociale des plus explosives, avec un chômage endémique et un sentiment d’abandon généralisé.

Pas de réponse concrète

« Le discours du président Ben Ali, très attendu, n’a rien apporté de concret. La population n’a plus peur et ne compte plus se laisser faire », ajoute-t-il. Ce militant des droits de l’homme estime que « le point fort de ce mouvement de contestation, c’est qu’il est porté essentiellement par les jeunes issus des régions défavorisées ». Ces jeunes, rongés par le chômage et la misère sociale, n’ont rien à perdre. Au contraire, ils sont en train d’ébranler le régime de Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans. M. Zoghlami estime que le régime tunisien a toujours vécu dans la peur. Selon lui, « c’est un pouvoir policier qui gouverne par la répression et la corruption ». Ce vent de contestation a commencé de la région de Sidi Bouzid le 17 décembre 2010, avant de s’étendre à d’autres régions. A l’origine de ce soulèvement populaire d’ordre social, une tentative de suicide d’un jeune diplômé de 26 ans, vendeur ambulant de fruits et légumes, qui s’était fait confisquer sa marchandise et humilier par la police municipale. Le climat reste ainsi tendu, comme le confirme M. Zoghlami, à Sidi Bouzid comme à Tunis, qui risque d’être le théâtre d’affrontements dans les prochains jours.

Arrestation d’un militant politique en rapport avec les évènements de Sidi Bouzid [1]

En Tunisie, Ammar Amroussia, porte-parole du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (parti illégal ) et correspondant du journal Al-Badil (L’Alternative), a été arrêté dans la ville de Gafsa le 29 décembre par les autorités tunisiennes. On est sans nouvelle de lui. Sa famille et à ses avocats craignent le pire. La veille, le militant tunisien avait pris la parole au cours d’une manifestation au centre de Gafsa, suite aux troubles sociaux qui ont secoué la région de Sidi Bouzid, dans le centre-ouest du pays au mois de décembre, faisant trois morts.

Ammar Amroussia a été interpellé le 29 décembre dans sa ville de Gafsa. Ce militant politique membre du Parti communiste ouvrier tunisien, parti illégal en Tunisie, avait la veille animé un meeting interdit en soutien au mouvement social de Sidi Bouzid. Depuis sa famille et ses avocats n’ont pas eu de nouvelles, ni sur son lieu de détention ni sur les raisons de son arrestation.