les « intégristes de la République » et les émeutes de novembre, par François Gèze


article de la rubrique discriminations > les “banlieues”
date de publication : dimanche 9 avril 2006


ou Les effets de la mutation médiatique de la figure de l’intellectuel [*].

Article paru dans Mouvements, dossier « Les émeutes, et après ? », n° 44, mars 2006.


Il y aurait évidemment beaucoup à dire sur la couverture médiatique, en France comme à l’étranger, des émeutes urbaines d’octobre-novembre 2005. Mais au-delà de l’embarras ou des insuffisances éventuelles des journalistes chargés de couvrir à chaud l’événement - dont certains, au demeurant, ont fait un excellent travail  [1] -, ce qu’il est intéressant de noter, c’est le relatif silence, dans un premier temps, des éditorialistes et intellectuels français ordinairement préposés dans les médias à l’analyse de l’actualité, puis, après une semaine ou deux, le déchaînement confus de leur part de commentaires les plus étonnants, voire parfois franchement délirants. C’est un décryptage de cet étrange phénomène que je voudrais tenter ici, en le replaçant dans une perspective temporelle plus large, celle de la « mutation médiatique » de la figure de l’intellectuel depuis la fin des années 1970, et de l’affirmation progressive, depuis la fin des années 1980, du discours des « intégristes de la République » dans le sens commun des représentations dominantes, à gauche comme à droite  [2] .

Les émeutes comme révélateur

Événement social sans précédent, les émeutes déclenchées par la mort absurde dans un transformateur électrique, le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois, de deux jeunes adolescents, Ziad Benna (dix-sept ans) et Bouna Traoré (quinze ans), ont ouvert une « fenêtre médiatique » inattendue : l’espace de quelques jours, l’opinion française a pu découvrir - trop furtivement - l’ampleur du décalage entre les représentations média-tiques et intellectuelles dominantes du « malaise des banlieues » et les réalités qu’elles occultent depuis près de deux décennies.

L’irruption dans l’actualité de cette violence urbaine d’une échelle inédite a eu deux types d’effets, fort surprenants. Le premier est la sidération des médias : brutalement, les « grands prêtres de l’information » (je veux parler des journalistes qui « font l’opinion », dans les journaux et grandes émissions télévisées, ainsi que dans les « news magazines ») ont pris conscience que le schéma d’explication devenu dominant qui leur tenait lieu de vérité depuis si longtemps ne leur était d’aucun secours pour comprendre les ressorts de cette révolte. En effet, comme l’a bien montré Thomas Deltombe dans son étude fouillée sur la « construction médiatique de l’islamophobie en France »  [3], c’est d’abord la « poussée islamiste » (puis son excroissance logique, la « menace terroriste ») qui a servi, depuis la fin des années 1980, de grille d’analyse matricielle pour traiter tout phénomène relatif à ces terres étrangères, les « banlieues ». Or, très vite, il est apparu évident qu’aucun « réseau islamiste », aucun « chef d’orchestre clandestin » du terrorisme ne se cachait derrière la colère destructrice des « nuits rouges » de novembre.

Et là, miracle, on a eu (un temps) l’impression que la France avait « changé d’intellectuels » : ce n’était plus les pseudos experts ès terrorisme (comme Xavier Raufer, Roland Jaccard ou autres Antoine Sfeir) ou les habituels essayistes et militants islamophobes de droite ou de gauche que l’on voyait et entendait à la télévision et à la radio. Non, c’était les « sociologues des banlieues » (comme Laurent Mucchielli, Patrick Simon, Stéphane Beaud, Fabien Jobard...), qui travaillaient depuis des années sur le terrain et dont les analyses « dissidentes » étaient jusque-là confinées, au mieux, aux audiences de France-Culture.

Le second effet doit sans doute beaucoup à la conjonction circonstancielle et imprévue de deux événements en apparence sans aucun rapport : l’incendie des banlieues et celui du débat public autour du fameux article 4 de la loi du 23 février 2005 sur le « rôle positif de la présence française outre-mer ». Or, le rapport entre l’un et l’autre était en réalité on ne peut plus direct : pour le dire (trop) schématiquement, c’est la dénégation persistante du poids de l’héritage colonial dans la société française (que manifeste à sa manière l’article 4) qui explique dans une large mesure l’ampleur des discriminations raciales à l’origine des émeutes  [4]. Et c’est précisément, à mon sens, l’irruption publique de cette vérité insupportable qui explique le second effet dont je veux parler : la sidération de ceux que Le Nouvel Observateur a appelés les « nouveaux réacs » [5]. Une sidération qui est allée, on le sait, jusqu’au « pétage de plombs » du plus emblématique d’entre eux, Alain Finkielkraut, dans sa stupéfiante interview au quotidien israélien Haaretz, publiée le 17 novembre 2005  [6].

Mais au-delà de ce cas presque pathologique - comme semble l’avoir reconnu l’intéressé lui-même [7] -, les événements de novembre 2005 ont surtout eu l’intérêt de mettre à nu à la fois la vacuité analytique et la puissance médiatique de l’étonnant amalgame d’idées simples et fausses produit depuis des années par ceux que je préfère appeler les « intégristes de la République ».

Une nébuleuse étrange

Ce camp des « intégristes de la République » réunit des intellectuels qui se revendiquent de bords fort différents - et qui n’ont pas tous la même audience publique. Ils forment une nébuleuse qui voit communier dans la même approche quasi religieuse de la République des représentants de la droite classique (comme l’éditorialiste du Point Claude Imbert ou le politologue de Sciences Po Alain-Gérard Slama), des ex-intellectuels de gauche (comme Alain Finkielkraut ou Pierre-André Taguieff) et des militants de mouvements se revendiquant d’une gauche radicale (pour n’en citer que quelques-uns : l’Union des familles laïques, le mouvement féministe Prochoix, certains membres du petit courant souverainiste d’Attac...). Au-delà de leurs (indiscuta-bles) différences, ainsi que le souligne fort justement Bernard Dréano (président du Cedetim), « les déclarations des uns et des autres ont toujours deux points communs : la défense des “principes républicains” et la résistance, au nom de ces principes, à l’offensive des “barbares” (sauvageons des quartiers plus ou moins islamisés) [8] ».

Mais lors des événements de novembre, leurs déclarations respectives ont manifesté un troisième point commun, celui de frôler souvent le pur délire. Ainsi d’Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie française, qui a choisi la chaîne de télévision russe NTV pour déclarer que « beaucoup de ces Africains, je vous le dis, sont polygames. Dans un appartement, il y a trois ou quatre femmes et vingt-cinq enfants. Ils sont tellement bondés que ce ne sont plus des appartements, mais Dieu sait quoi ! On comprend pourquoi ces enfants courent dans les rues [9] ». Ainsi encore d’Alain-Gérard Slama, qui s’est épanché un peu plus subtilement dans sa chronique du Figaro, sa tribune quotidienne de France-Culture et sur les plateaux de la télévision pour expliquer que tout vient du « communautarisme », pour « mettre en garde » contre... la « pétainisation des esprits » et dénoncer cette « drôle de République, où ce sont les groupes ethniques, religieux, corporatistes, sexuels qui décident des lois régissant les libertés publiques, des candidats que l’on doit présenter aux élections, des recrutements qu’il faut privilégier, des mots que l’on a le droit de dire et de ce qu’il est licite de penser [10] ».

Et, ainsi que l’a souligné Bernard Dréano [11], « ces intellectuels, plus ou moins néo-libéraux et néoconservateurs, sont rejoints dans leurs analyses comme dans leurs imprécations par d’autres conservateurs, ceux-là antilibéraux ou farouches adversaires des politiques néolibérales, comme l’Union des familles laïques (UFAL), qui voit dans les événements “l’alliance de fait du ministre de l’Intérieur avec les délinquants maffieux et les caïds de l’islam politique dans les banlieues” et appelle le gouvernement à sévir contre “ces caïds des quartiers et de l’islam politique qui ont semé dans toutes les banlieues les graines d’une guerre organisée contre les couches populaires et le modèle social républicain [12] ”. Position partagée par l’éditorialiste de Charlie-Hebdo, Philippe Val, qui voit dans toutes ces émeutes un mouvement inspiré par les redoutables “Indigènes de la République” - qui sont, à ses yeux, forcément de méchants antisémites puisqu’ils n’avaient d’autre but que de “relativiser la Shoah” - et organisé par les féroces “émeutiers de nos banlieues”, qui sont, à ses yeux, forcément des épouvantables islamistes puisqu’ils n’avaient d’autre but que de rendre “les filles voilées inaccessibles à qui n’est pas coreligionnaire ” [13] ».

Les procédés rhétoriques du discours télévisuel

On n’en finirait pas de dresser le florilège de ces égarements et il est sans doute plus utile de creuser un peu la généalogie de cette mouvance disparate. Certes, en son sein, l’audience publique des « militants » (majoritairement à gauche) est sensiblement moins forte que celle des « intellectuels médiatiques » (nettement plus à droite). Mais il est intéressant de relever que leurs postures respectives empruntent largement aux mêmes ressorts rhétoriques, qui sont dans une large mesure ceux qui assurent l’efficacité du discours médiatique, à l’heure de ta télévision de masse.

Le premier de ces ressorts, c’est l’aplomb, grâce auquel la force de conviction (sincère ou non) permet de transformer une vraie contrevérité en fausse évidence. Le publiciste Alexandre Adler est à cet égard hors concours, tant il est capable - dans ses livres comme dans sa chronique matinale de France-Culture (depuis septembre 2002) - d’asséner avec la même assurance communicative les points de vue les plus contradictoires, « preuves » (souvent approximatives ou imaginaires) à l’appui. Le politologue Pierre-André Taguieff, fin connaisseur de l’histoire des idées, a quant à lui produit des analyses autrement rigoureuses et décapantes sur le racisme et l’antiracisme, jusqu’au début des années 2000. Mais depuis lors, sa formidable érudition semble surtout lui servir d’outil, de moins en moins rigoureux, au service d’une bagarre furieuse contre tous ceux qui ne partagent sa vision d’un universalisme républicain aussi abstrait que restreint : dès lors, c’est avec un aplomb intellectuel assez sidérant - et dans de nombreux cas avec une étonnante mauvaise foi - qu’il s’efforce de disqualifier ses (présumés) adversaires idéologiques en les assimilant tous, peu ou prou, aux pires anti-sémites. Le même qui, en 1997, expliquait fort justement que « la dénonciation légitime de l’islamisme est actuellement en train d’être saisie par un mode de pensée magique, comme si l’antifascisme et l’anticommunisme avaient trouvé un héritier commun, l’anti-islamisme [14] », se consacre quelques années plus tard, à coup d’invraisemblables amalgames, à dénoncer une « judéophobie à base antiraciste et antinationaliste [15] » et à voir partout des « islamo-gauchistes » [16] ...

On retrouve le même aplomb, dans une version plus sommaire, chez la militante de Prochoix Caroline Fourest. Certainement sincère, son aplomb à elle consiste surtout à coller des étiquettes définitives (et bien sûr infamantes) à ses adversaires. C’est même le fil principal de son dernier livre, La Tentation obscurantiste [17], dont on pourrait à cet égard citer presque toutes les pages. Il faut dire que son aplomb découle très logiquement d’une vision fort simpliste de la gauche, qu’une « fracture profonde » diviserait entre une « sensibilité A (prioritairement antitotalitaire) », celle de l’auteur (« viscéralement attachée à la notion de liberté et qui traque en permanence la menace d’un nouveau danger totalitaire et/ou génocidaire »), et une « sensibilité B (prioritairement tiers-mondiste) », celle de ses adversaires prétendument « tentés par l’obscurantisme » : « Se référant au colonialisme, cette sensibilité-là est viscéralement attachée au droit à l’autodétermination et traque en permanence la manifestation du colonialisme et de l’impérialisme [18]. » Cette dichotomie peut éventuellement qualifier une situation qui a prévalu quelque temps il y a une trentaine d’années, mais elle ne correspond à rien de concret aujourd’hui. Et surtout, puisque tout est affaire de « viscères », il ne semble même pas imaginable pour Caroline Fourest que puissent exister désormais des sensibilités « C », « D » ou « E », ni que nombre de ceux qu’elle dénonce soient surtout attachés à défendre, avec les armes de la raison et du discernement, les valeurs universelles de la République, à savoir, très platement, les droits de l’homme et du citoyen...

Le deuxième ressort rhétorique commun aux « intégristes de la République », c’est la posture d’« être contre ». L’opposition, le « contre » a certes été de longue date la caractéristique première des intellectuels investis dans la cité, qu’il s’agisse des « dreyfusards » (contre l’injustice), des révolutionnaires (contre le capitalisme oppresseur) ou des réactionnaires (contre les évolutions de la société). Mais avec le rétrécissement historique de la sphère du politique, et l’inflation concomitante de la scène médiatique, la figure de l’opposition s’est progressivement réduite à sa caricature : ce qui hier était d’abord l’expression d’une conviction se résume à sa forme, la posture du conflit, de la bagarre.

Pour les militants sincères de l’« intégrisme républicain », plus qu’une concession opportuniste aux règles du jeu médiatique, il s’agit sans doute d’une façon de réagir à l’érosion des certitudes anciennes. Il est plus rassurant en effet d’éviter de se coltiner sérieusement avec la nouvelle complexité du réel, qui se manifeste notamment par l’émergence en France d’une société plurielle, aux racines culturelles multiples - ce qui n’implique, soulignons-le, aucune fatalité d’une remise en cause de l’universalisme républicain. Et de se dire que les nouveaux problèmes de l’heure s’expliquent d’abord par l’action perverse et destructrice de certains individus et mouvements, auxquels il convient donc de s’opposer résolument : à l’exercice de la pensée critique, toujours difficile et incertain, on substitue ainsi opportunément la logique de l’affrontement, laquelle présente l’immense avantage de donner une cohérence imaginaire à ses actes (en entretenant un sentiment de certitude, voire de toute-puissance). En témoigne par exemple, depuis plusieurs années, l’obsession furieuse de la gauche républicaine intégriste de traquer le « double discours » de l’intellectuel et militant musulman Tariq Ramadan, perçu peu ou prou comme le principal fossoyeur des valeurs républicaines [19].

Cette posture « contre » (dont l’obsession anti-Ramadan), on le sait, est largement partagée par les « intellectuels médiatiques » de la mouvance intégriste. Mais en l’espèce, elle s’explique à l’évidence moins par le désarroi face à la remise en cause des vieux schémas de la gauche, que par la parfaite intégration des nouveaux canons de l’efficacité médiatique : pour se « faire entendre » à la télévision, quoi qu’on ait à dire, il est de loin préférable de se poser en rebelle de l’air du temps. Ce sont sans nul doute Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann qui ont inauguré la posture, lors de la fameuse émission d’« Apostrophes » du 27 mai 1977, dont le thème était : « Les nouveaux philosophes sont-ils de gauche ou de droite ? » Depuis lors, le moins qu’on puisse dire est qu’ils ont fait école et on ne compte plus les interventions d’« intellectuels », dans les grands médias audiovisuels et écrits, qui s’affirment résolument à contre-courant des « modes » (ou du « politiquement correct », ou de la « bien-pensance ») avant d’asséner, avec gravité ou avec passion, les poncifs et les idées dominantes du moment.

Thomas Deltombe rappelle ainsi que c’est sur ce mode que s’est opérée en 1989 l’une des premières éruptions médiatiques d’intégrisme républicain, au lendemain de l’affaire Rushdie. Lors de l’émission « Océaniques » diffusée en avril 1989 sur FR3, on entendit Régis Debray, l’ancien guévariste, et Serge July, le directeur de Libération, « tirant un trait sur leur anti-impérialisme d’antan, [faire] l’apologie de l’ “Occident” et de ses bienfaits [20] ». Et affirmer avec fougue la thèse centrale servant depuis - jusqu’aux émeutes de l’automne 2005 - de boussole à la vulgate médiatique pour « analyser » la « crise des banlieues » comme la nouvelle géopolitique mondiale, à savoir l’irréductibilité définitive de l’« Occident » et de l’« islam » (revendiquant donc étrangement un « universalisme républicain » non universel, à rebours des intentions pourtant explicites des fondateurs de la Ire République). Serge July : « Moi, j’ai envie de dire tout le temps, en permanence : vive Diderot ! Ça a été quand même un grand mo-ment de notre histoire, je ne vois pas pourquoi, au nom d’une civilisation islamique [...], il faudrait prendre avec des pincettes cette histoire-là ! [...] Il faut l’assumer comme telle, telle est notre civilisation ! » Régis Debray : « Oui à l’indignation, oui à la défense de notre capital génétique de civilisation (sic) qui s’appelle les Lumières, le rationalisme, la République, la laïcité. C’est fondamental et plus que jamais actuel, quoi qu’en dise l’esprit public aujourd’hui. Ça s’appelle la Révolution française. Nous aimons ce monde et nous le défendons. Mais sachons qu’il y en a un autre ! » Le ciel des idées, donc, des idées simples qui « passent bien à la télé » - avant même le succès de la thèse de Samuel Huntington sur le « choc des civilisations » (parue aux États-Unis en 1993 et en France en 1997) - ou qui procurent une certitude à moindre frais. Et cette posture, « quoi qu’en dise l’esprit public aujourd’hui », induit très logiquement le troisième trait commun des « intégristes de la République » : le formidable rétrécissement du regard sur le monde et sur son histoire, le souverain mépris face aux faits et à la réalité. Règle de base du discours télévisuel : puisqu’il faut faire simple et choc, à quoi bon se soucier de la vérité ?

Pour les « médiatiques », préoccupés d’abord de leur « visibilité » personnelle, c’est en quelque sorte la vérification du constat acide de Tocqueville, qui déplorait qu’« une idée fausse, mais claire et précise, aura toujours plus de puissance dans le monde qu’une idée vraie, mais complexe [21] ». Pour les « militants », préoccupés d’abord de la « visibilité » de leurs croyances, c’est le signe du renoncement aux exigences de la pensée critique : la rigueur et l’humilité face aux faits. Et pour les uns et les autres, c’est la même relégation de la réalité au second plan des analyses, au profit de ses seu-les représentations.

L’obsession de la « repentance »

Que les représentations jouent un rôle social et politique plus que jamais majeur à l’heure des médias de masse, c’est une évidence que l’on aurait bien tort de négliger. Mais les prendre en compte sérieusement n’oblige pas pour autant à s’affranchir des réalités qu’elles prétendent expliquer, surtout, comme c’est trop souvent le cas, quand elles s’en écartent de plus en plus, au point parfois de décrire une réalité plus ou moins - et plutôt plus que moins - imaginaire. Maints discours et écrits de ces derniers mois - et ces dernières années... - en France, émanant aussi bien de journalistes, de respon-sables politiques que d’universitaires, confirment malheureusement que cette attitude se banalise désormais bien au-delà du seul cercle des « intégristes de la République ». Ces derniers ont en commun (au moins) trois obsessions, dont l’une ou l’autre tracasse également souvent bien d’autres intellectuels qui ne partagent pas nécessairement l’ensemble de leur démarche : la stigmatisation de la « repentance coloniale », la dénonciation du « communautarisme » et la crainte de l’« islam ».

La première obsession, d’affirmation récente, est sans doute la plus étonnante, tant elle ne correspond à aucune réalité tangible : c’est la dénonciation de la prétendue volonté de « repentance », que l’on retrouve dans la bouche ou sous la plume d’intervenants les plus divers, révoltés par l’évocation nouvelle des « pages noires » de l’histoire coloniale de la France. Ainsi le journaliste Jean Daniel, qu’énerve « l’incitation permanente à la repentance publique faite chaque jour à chacun de nous [22] ». Ainsi le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, évoquant une « tendance irrépressible à la repentance systématique », pour qui « notre société est menacée d’une funeste inclination au reniement de soi », et qui assène : « Finira-t-on, un jour prochain, par s’excuser d’être français ? [23] » Ou L’Express, pour qui « la repentance est intellectuellement stupide, justice rétroactive qui stigmatise une action passée selon les critères d’aujourd’hui [24] ». Ou encore le député socialiste européen Bernard Poignant : « Il nous faut préserver la fierté d’être français. Il y va de la capacité d’intégration de notre pays. Gardons-nous de l’anachronisme comme de la repentance. Il devient fatigant de se repentir et de s’excuser pour chaque étape de l’histoire de la France [25]. »

On pourrait ainsi, ad nauseam, multiplier les exemples de cette obsession de l’inacceptable « exigence de repentance » qui minerait la nation française. Mais où est-elle, cette « exigence » ? Le plus souvent, les imprécateurs qui la dénoncent invoquent un prétendu air du temps « politiquement correct » - alors que c’est leur propre dis-cours que l’on pourrait ainsi qualifier - et s’abstiennent de donner la moindre preuve de son existence. Et pour cause : en dehors de quelques excités ultraminoritaires et de quelques dérapages isolés [26] , l’immense majorité de ceux qui militent pour une meil-leure connaissance de notre héritage colonial et de ses pages noires ne réclame ni « repentance » ni « réparations » : ils font simplement le constat, somme toute banal, que seul « le débat sur l’amnésie française face à son passé colonial et sa transmission » permettra « la construction d’une histoire partagée par toutes les composantes de la population française [27] » et contribuera ainsi à apaiser les maux de la République.

Car celle-ci ne pourra aujourd’hui pleinement restaurer ses valeurs universelles fon-datrices que si elle reconnaît qu’elle y fut gravement infidèle au temps de la colonisation, ce que d’authentiques républicains, certes minoritaires, dénoncèrent d’ailleurs à toutes les époques, comme en témoigne par exemple la magnifique réponse à Jules Ferry - ardent partisan de la conquête - de Georges Clemenceau en juillet 1885 : « Regardez l’histoire de la conquête de ces peuples que vous dites barbares et vous verrez la violence, tous les crimes déchaînés, l’oppression, le sang coulant à flots, le faible opprimé, tyrannisé par le vainqueur ! Voilà l’histoire de votre civilisation ! [...] Et c’est un pareil système que vous essayez de justifier en France, dans la patrie des droits de l’homme ! [...] Non, il n’y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures. [...] N’essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation. Ne parlons pas de droit, de devoir. La conquête que vous préconisez, c’est l’abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires, pour s’approprier l’homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n’est pas le droit, c’en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c’est joindre à la violence, l’hypocrisie [28]. »

C’est cela que préfèrent oublier nos « républicains intégristes » d’aujourd’hui, en feignant de croire que la République française, à chaque étape de son histoire, fut toujours unanime et que rappeler la critique de ses dérives par les authentiques républicains d’hier, ce serait remettre en cause la République elle-même ! Et les mêmes de récuser la nécessité de reconnaître enfin le poids de l’héritage colonial, ce qui revien-drait prétendument à assimiler la France actuelle à la métropole coloniale d’hier. Alors qu’il ne s’agit que de comprendre les avatars contemporains de l’« impensé de la race » - pour reprendre l’expression d’Achille Mbembe - qui a si longtemps prévalu au cœur de la République.

Le diable « communautariste »

La deuxième obsession des « républicains intégristes », c’est le « communautarisme ». Qu’une dangereuse tendance à l’ethnicisation des banlieues ghettos se fasse jour, c’est une réalité indiscutable, et il faudrait notamment une politique de la ville plus cohérente que celles des dernières décennies pour la combattre. Mais de là à voir la République minée par le « communautarisme à l’anglo-saxonne », il y a un pas de géant, dont toutes les enquêtes sérieuses montrent qu’il est parfaitement infondé [29]. C’est pourtant un leitmotiv martelé par beaucoup, dont le chroniqueur du Figaro déjà cité, Alain-Gérard Slama, prompt par exemple à généraliser et à dénoncer le « totalitarisme » à partir du médiocre pamphlet de Claude Ribbe sur la réhabilitation de l’esclavage par Bonaparte [30] : « ’C’est l’héritage des Lumières, et rien de moins, qui est remis en cause : l’universalisme est accusé d’impérialisme, l’individualisme de maté-rialisme, l’exigence d’égalité devant la loi de mépris des différences, et la laïcité d’intolérance, quand ce n’est pas de servir d’alibi au racisme. [...] Le nominalisme et l’amalgame, ces outils privilégiés des régimes totalitaires, sont de retour. [...] Sous couleur de revendiquer les moyens de leur intégration, ces nouvelles élites posent les jalons d’une autre République, qui serait multiculturelle, et où tous les identitarismes (sic), le national comme les communautaires, s’opposeraient dans une guerre sans merci [31]. »

Variante plus vulgaire, celle du professeur de philosophie Robert Redeker, qui semble assimiler la culture musulmane au couscous et qui a trouvé, tout seul, les responsables des émeutes de novembre, en l’occurrence les sociologues et les travailleurs sociaux, ferments odieux du communautarisme : « Pour la sociologie, servant de base à tous les travailleurs sociaux, médiateurs, intervenants en banlieue, “la” culture n’existe pas ; seules existent “les” cultures, toutes également légitimes. À force de marteler que “la” culture est oppression, élitisme, qu’une pièce de Shakespeare n’a pas plus de va-leur qu’une chanson, et qu’un vers de Racine ne vaut pas mieux qu’un couscous, comment s’étonner qu’on brûle des bibliothèques ? On ne cesse de dévaluer “la” culture (sens philosophique du mot) et de surévaluer, au nom du différentialisme, “les” cultures (sens sociologique), dans leur pluralité. Les travailleurs sociaux ne cessent, dans les banlieues, d’incriminer la France, au nom de l’anticolonialisme, de l’antiesclavagisme, et son histoire. [...] Par la faute d’un type d’intervention culturelle trop complaisant avec toutes les différences, les jeunes de banlieue ne disposent plus d’aucun concept du citoyen ou de l’homme pouvant faire office d’idéal régulateur. [...] La surévaluation des cultures, de toutes les cultures, et le fétichisme de la diffé-rence l’accompagnant, entraîne un effet inattendu : l’impossibilité, pour des populations issues de cultures étrangères, de s’amalgamer à la culture nationale et républicaine de la France. Caractérisées par l’absence de sens, les émeutes des banlieues s’expliquent avant tout par le nihilisme auquel a conduit une politique culturelle inspi-rée de la sociologie plutôt que de la philosophie [32]. »

Le ciel des idées, encore, ou, cette fois, la sociologie en peau de lapin déguisée en « philosophie »... Les variantes de ce discours sont innombrables et on s’épuiserait inutilement à les recenser. Comme le résume brutalement la journaliste Aude Lancelin, derrière la traque du « communautarisme », « c’est une droitisation dure et somme toute bien banale que l’on découvre. Racialisation décomplexée, disqualification de la question sociale réduite à une “culture de l’excuse”, diabolisation des “classes dangereuses”, trop subventionnées pour être encore “laborieuses” cela s’entend, le tout sur fond de libido sécuritaire à peine dissimulée [33] ». Et surtout, au-delà des circonvolutions et nuances des uns et des autres, le noyau dur des obsessions aveuglantes des « républicains intégristes », c’est bel et bien la peur de l’islam.

La peur de l’islam

L’affaire est évidemment ancienne, mais, dans l’imaginaire dominant de la France contemporaine, c’est assurément l’année 1989 qui marque un tournant majeur, comme l’a bien montré l’étude de Thomas Deltombe [34]. Trois événements se télescopent en effet cette année-là : l’affaire Rushdie (février), la légalisation du Front islamique du salut (FIS) en Algérie (septembre) et l’affaire des « tchadors de Creil », comme on disait à l’époque (octobre). Même si cela n’est pas alors clairement exprimé, cette conjonction va faire resurgir dans le débat public les affres de la mémoire occultée de la plus longue occupation occidentale d’une terre musulmane, celle de l’Algérie par la France de 1830 à 1962. Le triple événement intervient en effet à un moment où s’affirme dans les médias l’inquiétude, voire l’angoisse, face à l’ébranlement du pre-mier pilier de l’édifice républicain, l’école, qui n’est plus perçue comme le lieu de per-pétuation et de transmission des hiérarchies culturelles et sociales structurantes [35]. Survenant après une décennie de confusion sur les ruines des certitudes anciennes - à droite, celle du progrès technologique comme solution technocratique aux maux de l’humanité ; à gauche, celle de la révolution anti-impérialiste comme promesse de lendemains qui chantent -, l’affaire des « tchadors de Creil » semble bien avoir cristallisé les angoisses de ceux qui s’affirmeront ensuite comme les intégristes de la République.

L’incroyable effervescence médiatique durera dix semaines, avant de retomber, provisoirement. Mais dès lors, dans une étonnante confusion, la scène des années suivantes est plantée. L’image télévisée de jeunes Françaises voilées, « issues de l’immigration », semble avoir réveillé le souvenir pénible de ces décennies où la République coloniale s’accommodait en Algérie de la relégation des « indigènes » à leur condition religieuse de « musulmans », privés de tous les attributs de la citoyenneté. D’autant que la France de 1989 découvrait soudainement que cette Algérie, d’où venaient ces jeunes filles et où s’affirmait l’« islamisme », était une terre... musulmane (alors que le discours politique dominant, à gauche comme à droite, présentait ce pays comme « socialiste »).

Conjuguée à l’« effet le Pen », électoralement ancré depuis 1983, cette « révéla-tion » a eu des effets dévastateurs, nourrissant tous les fantasmes des « intégristes républicains » de divers bords au cours des années suivantes. On pourrait multiplier les exemples, mais n’en prenons qu’un : l’affirmation récurrente de la présence en France de « cinq (ou six) millions de musulmans », qui est loin d’être réservée aux discours propagandistes du Front national, puisqu’on la trouve couramment sous la plume d’intellectuels, de politiques ou de journalistes insoupçonnables de la moindre incli-naison personnelle pour les thèses ouvertement racistes du FN.

Cette assertion n’est qu’une représentation, sans rapport aucun avec la réalité. Outre qu’elle reprend sans distance l’appellation « musulmans » qui a servi si longtemps dans l’Algérie coloniale pour qualifier les « indigènes », elle confond en effet les étrangers résidents en France venus de pays à culture musulmane et les Français de deuxième ou troisième génération qui sont leurs descendants, sans tenir compte du fait que l’écrasante majorité de ces derniers ne sont pas croyants et ne peuvent être définis par cette prétendue adhésion à une foi religieuse (comme si tous les « Français de sou-che » étaient des « catholiques »). Quant au chiffre lui-même, il n’est jamais sourcé précisément et sort d’un mystérieux chapeau : les sociologues et démographes qui se sont penchés sérieusement sur la question soulignent tous l’extraordinaire difficulté de quantifier précisément les populations très diverses désignées par le vocable de « musulman », et s’accordent à en estimer le nombre, au tournant des années 2000, à quelque 4 millions de personnes [36].

Et pourtant, paradoxalement, la préoccupation obsessionnelle de nombre des républicains intégristes de mettre en avant ces « cinq millions de musulmans » qui encom-breraient la nation française reflète une autre réalité, indiscutable : celle de la puissance performative de ce type de discours. Dès lors, en effet, que cette représentation factuellement fausse a envahi le sens commun véhiculé par les médias dominants, référence principale des décideurs politiques, elle induit chez ces derniers des décisions et des pratiques bien réelles (administratives, sociales et politiques), qui se traduisent notamment par la permanence des discriminations à l’encontre des personnes dites « musulmanes » (même si elles ignorent l’essentiel de cette religion censée les définir). D’où, de la part de ces dernières, des révoltes légitimes face au rejet dont elles sont l’objet, qui s’expriment parfois sous la forme d’un discours musulman « identitaire », symétrique de celui qui les stigmatise. Et sur cette « base » ainsi artificiellement créée, nos républicains intégristes ont beau jeu de stigmatiser à leur tour l’« impossible intégration » à la nation française de ces « musulmans ».

La puissance sociale de cette logique performative est proportionnelle à l’audience de la télévision - regardée en moyenne 3 h 26 par jour par les Français en 2005 -, dont les journaux télévisés et les « émissions de plateau » sont les relais privilégiés de la vulgate « anti-musulmane », où les idées simples des « républicains intégristes » en font souvent de « bons clients » (pour autant, ce qui n’est pas toujours le cas, que leur expression orale et leur « look » « passent bien »).

Les pénibles « pétages de plombs » de l’automne 2005

C’est par cette notation un peu triste que l’on pourrait (provisoirement ?) conclure cette (trop rapide) analyse : en France, le « débat d’idées » occupant vraiment la scène publique a certes conservé les formes qui le caractérisaient jadis - l’affrontement et la bagarre contre les idées de l’adversaire -, mais il s’est largement vidé de toute référence raisonnée aux rugosités et aux complexités de l’histoire et du social. On a trop souvent l’impression que, la forme comptant désormais plus que le fonds, les convictions simples sur la « République » ou la « Nation » suffisent à s’exonérer de toute confrontation un peu fatigante avec le réel et à prendre pour argent comptant la puis-sance performative des représentations du monde produites par les médias de masse. (Peut-être - mais ce n’est qu’une hypothèse qu’il conviendrait de vérifier - les outils modernes de communication contribuent-ils à cette altération de la pensée critique. Il est en tout cas frappant de constater à quel point les échanges sur les « listes de discussion » et les « forums en ligne », censés pourtant, le plus souvent, réunir des personnes partageant des idées communes, dérapent avec une grande facilité vers les invectives et les attaques ad hominem qui les font « partir en vrille » - et cela s’observe aussi bien sur les forums publics, dont les « modérateurs » sont souvent débordés, que sur les listes « fermées » d’intellectuels éminents). Pour certains des intégristes de la République, militants comme intellectuels médiatiques, cette soumission aux règles de la rhétorique communicationnelle apparaît comme le contrepoint logique de leur posture intellectuelle, selon laquelle les idées n’existent que si elles sont répercutées par les médias. Depuis les années 1980, les exemples ne manquent pas d’intellectuels brillants qui, afin de « passer à la télé », ont accepté de simplifier leurs analyses au point de caricaturer leurs conclusions et, surtout, de renoncer à les approfondir par de nouvelles recherches : pour devenir « bons clients » des plateaux télévisés, ils ont progressivement adopté la posture qui convenait, sans plus guère se soucier de la confrontation avec le réel. Quant à ceux, militants ou non, qui s’arc-boutent sur une vision réductrice d’une « République universelle » idéalisée et que leurs convictions tiennent à distance de l’obsession médiatique, force est de reconnaître que leurs analyses en reprennent souvent les travers - à commencer par la croyance naïve que seules « les idées gouvernent le monde » et par l’ignorance tranquille de ce que vivent les personnes de chair et d’os enfermées dans le quotidien des cités ghettos, ou les « étrangers » rejetés avec toujours plus de vigueur et de violences au-delà des frontières d’une nation prétendument « en péril ». Nous vivons ainsi un moment difficile, où la puissance des médias de masse affecte profondément l’expression des convictions et des sentiments les plus personnels, jus-qu’à altérer le jugement de certains de ceux, universitaires ou journalistes, dont la fonction est en principe d’aider leurs contemporains à comprendre le monde où ils vi-vent et à lutter contre les permanentes remises en cause des valeurs républicaines. C’est sans doute cela qui explique le très pénible sentiment, éprouvé par beaucoup, de « pétage de plombs » généralisé - dans un sens ou dans l’autre - qui est apparu au cours de l’automne 2005 avec nombre de prises de position à propos de la « crise des banlieues » ou de la sinistre loi du 23 février 2005. Le « délire » d’Alain Finkielkraut dans son interview à Haaretz dépasse à cet égard largement sa personne et apparaît comme une manifestation emblématique de l’insupportable contradiction où se sont enfermés, comme lui, nombre des intégristes de la République : dénonçant avec cons-tance la massification télévisuelle de la fausse « culture médiatique » qui a détruit la « vraie culture » des élites, c’est pourtant les normes de cette même scène télévisuelle et médiatique qu’ils ont de fait privilégiées pour faire entendre leur indignation. Au point de sombrer dans de triviales considérations de « café du commerce » quand la réalité a fait brutalement irruption dans ce paysage médiatique qui la tenait à distance depuis si longtemps.

On peut plaider, plus modestement, pour la poursuite de travaux qui s’inspirent du cœur même de l’action des républicains dreyfusards, combinaison de l’enquête rigoureuse [37] et d’un attachement authentique aux valeurs de la République. Et tant pis si leurs résultats ne « passent pas à la télé »... D’autres voies existent pour les faire entendre.

Notes

[*] François Gèze est directeur des Éditions La Découverte.

[1] Voir par exemple les deux enquêtes réalisées par les équipes de « 90 minutes » et diffusées sur Canal Plus le 15 novembre 2005 : Dans les coulisses d’une émeute de cité (Jean-Baptiste Rivoire et Saddek Chettab) et Banlieues : pourquoi le feu ?

[2] Bien sûr, et heureusement, bien d’autres militants et intellectuels se sont exprimés plus sereinement au sujet des émeutes de novembre (voir la très utile revue de presse établie par Julien Lusson pour le Cedetim, Le Soulèvement populaire dans les banlieues françaises d’octobre-novembre 2005, , décembre 2005). Mais leurs voix sont restées minoritaires et c’est au discours dominant des grands médias que je m’intéresse ici.

[3] Thomas DELTOMBE, L’Islam imaginaire. La construction médiatique de l’islamophobie en France, 1975-2005, La Découverte, Paris, 2005.

[4] Voir notamment à ce propos, pour une analyse moins schématique, le texte lumineux d’Achille MBEMBE, « La République et sa bête : à propos des émeutes dans les banlieues de France », , 8 novembre 2005 ; et aussi : Achille MBEMBE, « La République et l’impensé de la “race” », in Pascal BLANCHARD, Nicolas BANCEL et Sandrine LEMAIRE (dir.), La Fracture coloniale. La société française au prisme de l’héritage colonial, La Découverte, Paris, 2005.

[5] Voir Laurent JOFFRIN, « Au-delà de l’ “affaire Finkielkraut”. Les néoréacs », Le Nouvel Observateur, 1er décembre 2005 ; et dans le même numéro, l’excellent article d’Aude LANCELIN, « Finkielkraut, Taguieff, Adler et les autres... Intellos : la vague droitière ».

[6] Et qui a été assez citée pour qu’il soit utile de tirer sur cette ambulance. Rappelons seulement, sans commentaire, sa réponse à la première question de l’interview : « En France on voudrait bien réduire les émeutes à leur niveau social. Voir en elles une révolte de jeunes de banlieues contre leur situation, la discrimination dont ils souffrent et contre le chômage. Le problème est que la plupart de ces jeunes sont noirs ou arabes et s’identifient à l’Islam. Il y a en effet en France d’autres émigrants en situation difficile, chinois, vietnamiens, portugais, et ils ne participent pas aux émeutes. Il est donc clair qu’il s’agit d’une révolte à caractère ethnico-religieux. »
Pour une critique percutante de cette interview, voir : Mona CHOLLET, « Quand l’ignorance part en guerre au nom du savoir », , 4 décembre 2005.

[7] Entretien avec Jean-Pierre ELKABBACH, Europe 1, 25 novembre 2005 ; entretien avec Sylvain CYPEL et Sylvie KAUFFMANN, Le Monde, 27 novembre 2005.

[8] Alain-Gérard SLAMA, Le Siècle de Monsieur Pétain. Essai sur la passion identitaire, Perrin, Paris, octobre 2005.

[9] Libération, 16 novembre 2005.

[10] Alain-Gérard SLAMA, Le Siècle de Monsieur Pétain. Essai sur la passion identitaire, Perrin, Paris, octobre 2005.

[11] Bernard DREANO, « La part des anges », loc. cit.

[12] Communiqué de l’Union des familles laïques, 7 novembre 2005 (cf. Respublica, n° 395).

[13] Charlie-Hebdo, 9 novembre 2005.

[14] Pierre-André TAGUIEFF, « Universalisme et racisme évolutionniste : le dilemme républicain héri-té de la France coloniale », Hommes et Migrations, n° 1207, mai-juin 1997, pp. 90-97.

[15] Pierre-André TAGUIEFF, La Nouvelle Judéophobie, Mille et une nuits, Paris, 2002, p. 233.

[16] Pierre-André TAGUIEFF, Prêcheurs de haine : traversée de la judéophobie planétaire, Mille et une nuits, Paris, 2004. Sur l’antisémitisme dans la France contemporaine, on lira avec plus de profit le travail collectif restitué par le sociologue Michel WIEVIORKA, La Tentation antisémite. Haine des Juifs dans la France d’aujourd’hui, Robert Laffont, Paris, 2005.

[17] Caroline FOUREST, La Tentation obscurantiste, Grasset, Paris, 2005.

[18] Ibid., p. 48.

[19] Voir par exemple Caroline FOUREST et Fiammetta VENNER, Tirs croisés, la laïcité à l’épreuve des intégrismes, Calmann-Lévy, Paris, 2003 : et Caroline FOUREST, Frère Tariq. Discours, stratégie et méthodes de Tariq Ramadan, Grasset, Paris, 2004.

[20] Thomas DELTOMBE, L’Islam imaginaire, op. cit., p. xxx.

[21] Alexis DE TOCQUEVILLE, De la Démocratie en Amérique I (1835), Robert Laffont, coll. « Bouquins », Paris, 1986, p. 171.

[22] Jean DANIEL, « Juger ou comprendre ? », Le Nouvel Observateur, 15 décembre 2005.

[23] Le Journal du dimanche, 11 décembre 2005.

[24] Christophe BARBIER et Éric MANDONNET, « Colonisation. Le mal de la repentance », L’Express, 15 décembre 2005.

[25] Bernard POIGNANT, « France, j’aime ton histoire », Le Monde, 14 décembre 2005.

[26] Comme la phrase évidemment malheureuse et inexacte de l’« Appel pour les Assises de l’anticolonialisme postcolonial » - texte qui vise juste sur l’essentiel -, où les « Indigènes de la République » affirmaient que « La France reste un État colonial ».

[27] Philippe BERNARD, « Des “enfants de colonisés” revendiquent leur histoire », Le Monde, 21 février 2005.

[28] Séance de la Chambre des députés du 30 juillet 1885 (cité par Gilles MANCERON, Marianne et les colonies. Une introduction àl’histoirecolonialede laFrance,La Découverte, Paris, 2003, p. 106-107).

[29] Voir notamment Sylvain BROUARD et Vincent TIBERJ, Français comme les autres ? Enquête sur les citoyens d’origine maghrébine africaine et turque, Presses de sciences Po, Paris, 2005.

[30] Claude RIBBE, Le Crime de Napoléon, Privé, Paris, 2005.

[31] Alain-Gérard SLAMA, « La petite peur des bien-pensants », Le Figaro, 19 décembre 2005.

[32] Robert REDEKER, « Le nihilisme culturel imprègne les émeutes banlieusardes », Le Figaro, 28 novembre 2005.

[33] Aude LANCELIN, « Finkielkraut, Taguieff, Adler et les autres... Intellos : la vague droitière », loc. cit.

[34] Thomas DELTOMBE, L’Islam imaginaire, op. cit.

[35] En témoigne notamment le livre d’Alain FINKIELKRAUT, La Défaite de la pensée, Gallimard, Paris, 1987.

[36] Voir notamment Jocelyne CESARI, L’Islam à l’épreuve de l’Occident, La Découverte, Paris, 2004.

[37] Dont témoigne par exemple le remarquable travail de Jean JAURES, Les Preuves (1898), La Découverte, Paris, 1998.


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