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lettre ouverte de la LDH

les soldats fusillés de 14-18 : la position de la LDH

vendredi 25 avril 2014, par nf

Le centenaire de la Première Guerre mondiale a donné lieu à plusieurs émissions de France Télévisions. Le problème des soldats fusillés a été évoqué, notamment lors du débat diffusé le 1er avril 2014 à la suite de la série Apocalypse, la première guerre mondiale. Malheureusement la position de la Ligue des droits de l’Homme sur ce problème douloureux n’a pas été présentée de façon exacte. Cela a amené le président de la LDH à adresser au président-directeur général de France Télévisions un courrier que vous trouverez ci-dessous.

Vous pourrez commencer par prendre connaissance d’un entretien vidéo (10m 55s) réalisé par la Mission du Centenaire où l’historien Gilles Manceron, co-responsable du groupe de travail « Mémoire, histoire, archives » de la LDH, présente la position de la LDH sur ce problème des fusillés.

[Mis en ligne le 17 avril 2014, mis à jour le 25]



Lettre ouverte de la LDH

adressée à

Monsieur Rémy Pflimlin
président-directeur général de France Télévisions

Le centenaire de la guerre de 14 a été marqué à France Télévisions par la diffusion de la série Apocalypse, la première guerre mondiale, cinq documentaires réalisés par Isabelle Clarke et Daniel Costelle. Ils ont été diffusés sur France 2, les quatre premiers les 18 et 25 mars, le dernier, suivi d’un débat, le mardi 1er avril 2014.
Cette série d’une grande qualité - même si elle a suscité, comme c’est bien normal, des débats entre les historiens – est tout à l’honneur de France Télévisions.

Je dois en revanche vous faire part de mon grand étonnement quant aux propos tenus, sur la question des soldats fusillés après condamnation de tribunaux militaires, par le seul historien invité lors du débat du 1er avril.

En effet, M. Stéphane Audouin-Rouzeau, après avoir rappelé le travail sur ce sujet du conseil scientifique présidé par l’historien Antoine Prost installé auprès de la Mission du centenaire de la Première guerre mondiale, qui a remis un rapport au ministre des Anciens combattants, a affirmé que les associations qui s’étaient mobilisées pour la réhabilitation de ces soldats en avaient approuvé les conclusions. Cette affirmation est inexacte. M. Stéphane Audouin-Rouzeau est hostile à toute nouvelle initiative pour la réhabilitation de ces hommes, et il est normal qu’il ait exprimé son point de vue, mais son propos n’est pas exact quant à la réaction de la Ligue des droits de l’Homme sur le rapport remis.

La Ligue des droits de l’Homme est d’autant plus sensible à ce sujet qu’elle a mené le combat, durant la guerre elle-même, contre les injustices commises par ces tribunaux, et, dès son lendemain, lutté pour la réhabilitation de leurs victimes, en liaison avec les familles et les associations d’anciens combattants. Et, dans la mesure où les réhabilitations obtenues dans l’entre-deux-guerres n’ont pas été complètes, elle continue à réclamer la justice à leur sujet.

Vous trouverez ci-joint le texte du communiqué que nous avons rendu public lors de la publication de ce rapport, le 4 octobre 2013, qui est intitulé Ne pas renoncer à la réhabilitation des fusillés de 14-18, et qui est accessible sur notre site Internet :
tout en rendant hommage au travail de ce conseil scientifique, il explique que la réhabilitation ne peut pas être considérée comme achevée.

M. Stéphane Audouin-Rouzeau étant le seul historien invité à ce débat, le téléspectateur n’a pas pu entendre à ce propos d’autres chercheurs, ni connaître véritablement le point de vue de notre association qui milite depuis près d’un siècle pour cette réhabilitation. Il n’est pas exact de dire que la réhabilitation d’un certain nombre de cas emblématiques, comme nous le demandons, impliquerait de nouveaux procès, dont chacun convient qu’ils sont désormais impossibles. Selon nous, des décisions de cassation sans renvoi doivent, comme en 1906 dans le cas du capitaine Dreyfus, être prises simultanément, sur un ensemble de cas emblématiques.

Pour la Ligue des droits de l’Homme, la lutte pour la réhabilitation des victimes des tribunaux militaires et d’exécutions sommaires est un combat pour le droit et pour la justice. Cette question n’est pas seulement liée à une période passée, elle renvoie à des problèmes actuels relatifs aux obligations et droits des militaires au sein des forces de défense françaises. Ayant mené ce combat depuis l’époque où ces faits ont eu lieu, elle est décidée à le poursuivre jusqu’à ce que justice soit rendue à ces hommes.

Son point de vue a été filmé par la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale, présidée par M. Joseph Zimet, à qui nous nous permettons d’adresser la copie du présent courrier. Il a été présenté dans le cadre de l’exposition « Fusillés pour l’exemple. Les fantômes de la République », montrée à l’Hôtel de ville de Paris, du 15 janvier au 22 mars 2014, ainsi que dans le film Adieu la vie, adieu l’amour, coproduit par France Télévisions, diffusé par France 3 en de trop rares occasions, et dont on ne peut que souhaiter une plus large diffusion sur les chaînes de France Télévisions.

Restant à votre disposition pour tout échange ou mise au point sur ce sujet, veuillez croire, monsieur le président-directeur général, à l’expression de ma considération.

Paris, le 15 avril 2014

Pierre Tartakowsky
Président de la Ligue des droits de l’Homme