mais, dans ce bas monde, qu’est-ce qui n’est pas précaire ? demande M. Froment-Meurice


article de la rubrique droits sociaux > travail
date de publication : dimanche 30 avril 2006


Pour ce 1er mai nous vous proposons un texte trouvé sur le ouaibe, dans le blog d’el ryu bourré de "textes trop longs" - nous l’avons donc un peu raccourci [1] - "chargés de photes de français et d’orthografes".


Je sais pas pourquoi mais les éditos de Ouest-France c’est un peu l’endroit ou des tas de vieux schnock viennent baver leur trop plein de bile.

Hier, vendredi, c’était le tour de (attention prend ta respiration ! ) Henri Froment-Meurice. Déjà rien qu’au nom du gars on sent que ça va être vachement intéressant. Henri est énarque. Né en 1923 Henri n’a plus toute sa tête et écrit dans Ouest-France sur le même ton qu’il parle à son infirmière. Peut être que cette dernière l’enregistre à son insu sur un dictaphone, retranscrit et revend tout ça à Ouest-France qui croit que l’ancien ambassadeur est toujours en pleine possession de ses moyens alors que ça fait déjà des lustres qu’il se fait dessus dans un hôpital perdu en pleine campagne au fin fond d’une route bordée d’arbres sombres.

Je te laisse découvrir le début de l’article :

L’un des reproches majeurs faits au CPE est qu’il aggrave la précarité de l’emploi pour les jeunes. Mais, dans ce bas monde, qu’est-ce qui n’est pas précaire ?

À commencer par le bas monde lui-même. Les savants ne nous apprennent-ils pas que, si la galaxie Andromède venait à rencontrer la voie lactée, notre système solaire tout entier disparaîtrait et notre petite planète Terre avec lui ? Précaire aussi notre Humanité ! Entre les variations du climat, le réchauffement, les sécheresses, les tremblements de terre, les tsunamis, les épidémies, les risques possibles d’emploi d’armes nucléaires, biologiques, chimiques, l’existence durable de l’espèce humaine dans son ensemble est loin d’être assurée. Mais elle peut aussi disparaître peu à peu par simple extinction due à une démographie de plus en plus faible. Et l’homme lui-même, quoi de plus précaire ?

Quand Henri, descendant d’une grande famille d’orfèvre parisien, ambitionne de nous parler de la précarité ça devient tout de suite très profond, très philosophique, très... heuuu...

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Mais de quoi on parlait au fait ? Ah oui ! D’emploi.

Mais l’emploi, l’emploi qui donne du travail, faut-il qu’il soit, lui aussi précaire ? Pendant des siècles et des siècles, il le fut et c’est seulement depuis peu que la société s’efforce de diminuer cette précarité. Cependant, il s’établit ainsi une sorte d’injustice au profit de ceux qui disposent d’un emploi garanti, comme les fonctionnaires ou les employés des services publics, et ceux qui acceptent ou subissent les aléas de la conjoncture économique.

Oh qu’il est malin le Froment-Meurice. La démonstration est implacable. Ceux qui ont essayé de se soustraire au jugement divin de dieu, les fonctionnaires, attisent la convoitise de ceux qui n’ont pas la chance d’être facteur, éboueur, infirmière, instit etc, etc. (A la limite il pourrait y avoir des tas de raison de vouloir supprimer ou diminuer le nombre de fonctionnaire, après tout pourquoi pas, ce qui est drôle c’est que celle invoqué par notre ami riri c’est la jalousie soi disant ressentie par ceux qui bossent dans le privé. Voilà une analyse très "scientifique". Et n’abordons surtout pas le sujet des pauvres jaloux des plus riches, c’est totalement démago !) Le raisonnement est d’un acuité redoutable. Par exemple, pour bien t’expliquer, sur le Titanic, le pire c’était quand même ceux qu’étaient dans la flotte en train de se les geler et qui voyaient s’éloigner les bateaux de sauvetages, disponibles en nombre insuffisant, avec à leur bord, ceux qui allait échapper à leur triste destin. Il aurait mieux valu qui n’y ai pas de bateaux de sauvetage du tout, ça aurait été plus cool pour tout le monde. Mais imaginons dans quelle situation se serait retrouvé les passagers si il y avait eu suffisamment de bateaux pour tout le monde.

Alors, tous fonctionnaires, tous « sous l’État » ? Ce serait la logique ultime de la disparition de la précarité. Mais ce serait aussi celle de l’apparition de l’État totalitaire. Le choix est là. À chacun, à chaque jeune de le faire.

T’as compris mon garçon ? L’état c’est l’enfer. Dieu est un libéral. Mais enfin c’est évident, relis la bible. Les marchands du temple, ils se sont fait virer mais c’est parce qu’il faisait de la concurrence faussé. C’était un cartel justement. Ils empêchaient d’autres marchand de venir vendre à bas prix. Le jeune là, qu’es tu veux ? Un gâteau au chocolat ou une tarte aux crôtes de nez ? Hein ?! Qu’es tu choisis ?

Espérons que sa réflexion ne procédera pas du lamentable et pervers préjugé selon lequel tout entrepreneur, tout patron est, par nature, un adversaire agissant de manière arbitraire. L’entrepreneur, le patron, lui aussi, est soumis à la précarité, celle de la conjoncture économique, de l’apparition soudaine de nouvelles technologies, de la montée en puissance de nouveaux concurrents, toutes menaces contre lesquelles il ne peut tenter de se prémunir qu’en ayant recours à des constants progrès de productivité, eux-mêmes liés à l’emploi d’une main-d’oeuvre de mieux en mieux qualifiée. Soumis, autant l’un que l’autre, à la précarité, l’employeur et son salarié ne peuvent l’affronter avec quelque chance de succès qu’en se faisant mutuellement confiance. Confiance ! Le mot clef !

Le patron c’est un gentil. Ne crois pas tout ce que l’on te raconte. Il est comme toi. Un patron n’agit jamais de manière arbitraire. Quand il te vire c’est que y a une bonne raison. Même si tu l’a connais pas la raison qu’est ce que ça peux faire de toute façon si c’est une bonne raison. Hein ? Lui aussi il a ses propres soucis alors viens pas l’emmerder. D’ailleurs c’est bien connu. Plus tu es dans une situation d’insécurité plus tu agis de manière logique et juste. Le patron est aussi un lombric en équilibre sur le poil de cul du mammouth. Il est dans la situation idéale pour prendre des décisions par arbitraire du tout parce que sinon il sait qu’il tombe et finit dans la gueule des crocodiles. Il va tout faire pour sauver sa peau et la tienne avec. Alors il se peut que dans certain cas il soit obligé de te sacrifier. Mais uniquement parce qu’il ne peux pas faire autrement. Comment ne pas lui faire confiance. Il a besoin de gens qualifiés. Si t’es qualifié il n’y a pas de problèmes. A toi de te rendre indispensable grâce au savoir que tu ne manqueras pas d’acquérir. Par exemple, tu es laveur de carreau. Il y a 10 milles manières de laver une vitre. C’est super dur en fait. Si tu regardes bien. Déjà il faut choisir le bon produit. Il y en a qui laisse plus de trace que d’autres. Bien connaître les produits ça se fait pas en un jour. Il y a plein de marques différentes. Certains professionnels les connaisse toutes. Ensuite c’est le dosage qu’est important. Si tu en met trop ça laisse des traces qui se voit au soleil. Si t’en met pas assez, ta vitre est pas bien dégraissée. Une fois que tu as acquis toute cette science tu crois quand même pas que ton employeur va se débarrasser de toi. Imagine si après tu part travailler pour un concurrent et que tu transmets à ce dernier tout les secrets que tu as appris. Tu veux que je te dise ? Les lois de la concurrence et de la précarité te protègent. C’est comme ça que ça marche. Tu dois avoir confiance. D’ailleurs tu vois bien qu’au bout du compte ça paye puisque ça fait déjà un bon paquet d’années que tu fais confiance aux dirigeants de ce pays et regarde où on est arrivé. On est obligé de revenir en arrière tellement c’est bien maintenant. C’est trop bien. Trop de progrès social. On est allé trop loin ! Tu te rends compte !

Ah oui ça fait pas appel à plus de 0.5% de nos capacités intellectuelles cet éditorial. Ca va pas beaucoup nous fatiguer. Le truc marrant c’est quand tu remplaces dans le texte le mot "précarité" par celui d’"insécurité". Parce que toute la logique de son raisonnement pourrai s’adapter parfaitement à un type qui voudrait défendre l’idée que l’"insécurité", (je parle ici de celle provoqué par la racaille des banlieux bien sur, les voleurs, violeurs, sodomisateurs, tueurs et toute la clique), c’est pas vraiment un problème et que lutter contre est inutile voir même contreproductif. Mais évidemment j’imagine qu’Henry a une tout autre manière de voir les choses à ce niveaux là. Voilà comment mettre en évidence le caractère totalement idéologique d’un raisonnement. Tu vois bien quand même que c’est un peu la fin d’un truc. Quand les mecs sont obligés de passer par des arguments aussi tirés par les cheveux c’est qu’il n’y a que la plus parfaite mauvaise foi qui le justifie.

Et tu sais quoi ? Je crois que je vais finir par m’abonner à Ouest-France [2]. On se marre trop ! ...

el ryu [1]

Notes

[1] Pour accéder au texte intégral.

[2] Les Toulonnais peuvent s’abonner à Nice-Matin/Var-Matin (note de LDH-Toulon).


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