mercredi 23 avril 2008 : rassemblement artistique et festif à Cuers


article de la rubrique libertés > Cuers
date de publication : dimanche 20 avril 2008


« En ces jours, où la peur est brandie pour nous faire penser bas et dresser nos oeillères, où les bornes, les panneaux, les barrières se multiplient, où l’on est prié de circuler, nous revendiquons haut et fort qu’il y a quelque chose à voir, à partager, à rencontrer, des centaines de fêtes et de rendez-vous, des milliers d’artistes, des millions de spectateurs, ce quelque chose que nous, artistes, citoyens, inscrits dans la cité, nous nous employons à construire jour après jour !

Nous cultivons la rue, c’est notre scène, notre ring, notre choix.
Nous croyons que l’art peut sauver le monde et qu’il doit s’épanouir en rue libre… »

[Extrait du Manifeste de La Fédération des Arts de la Rue]

La première partie de l’après-midi est organisée par La Fédération Nationale des Arts de la Rue :

Communiqué

23 avril 2008 : Journée mondiale du livre et du droit d’auteur [1]
liberté d’expression artistique en danger à Cuers

Nous appelons à un rassemblement artistique et festif le 23 avril 2008 à 15 h place de la convention à Cuers.

Une pétition sera remise à l’hôtel de ville de Cuers, place du général Magnan par une délégation de citoyens, de professionnels du spectacle vivant et du livre convaincus que la liberté d’expression reste un des principes fondateurs de la démocratie en France.

La Fédération Nationale des Arts de la Rue et Orphéon Théâtre intérieur

Modalités : RDV à 14 h, place de la Convention, pour les consignes.
Parcours à partir de 15 h jusque 17 h.

Code vestimentaire : blanc et rouge.
Venir avec une rose blanche et un livre.

Propositions d’actions et/ou d’images (prévoir des interventions de 10 minutes maximum) à transmettre par courriel à
orpheon-bag@wanadoo.fr ET lafederation-artsdelarue@wanadoo.fr.
Tél : 04 91 50 03 21 et 06 33 18 32 19

La journée mondiale du livre et du droit d’auteur reprend à 19 h, dans la salle de l’Abattoir, suivant le programme littéraire d’Orphéon [2] :

Remise du Prix Tartuffe 2007 au journaliste Bernard Joubert.
Il lui est attribué pour son livre Dictionnaire des livres et journaux interdits par arrêtés ministériels de 1949 à nos jours (Éditions du Cercle de la librairie, 2007). Ce dictionnaire répertorie les 6900 titres auxquels ont été appliqués la loi de 1949 sur les publications destinées à la jeunesse et l’article 14 de la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Bernard Joubert est également l’auteur de Images interdites, avec Yves Frémion (Éditions Alternatives, 1989), Anthologie érotique de la censure (La Musardine, 2001) et Histoires de censure (La Musardine, 2006).

Présentation du livre Les 120 voyages du Fou, sorti aux éditions Théâtrales.
Un recueil de vingt monologues écrits par Michel Azama, Nathalie Papin, Jean-Yves Picq, Françoise Pillet et Sylvain Levey, suite à une commande d’écriture passée par la compagnie Orphéon Théâtre intérieur (création 2007).

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Devant le théâtre, le 18 avril 2008, avec la bannière qui avait été transmise par les anciens d’Orphéon-Union chorale.

L’histoire d’Orphéon à Cuers est attestée dans les archives municipales dès 1880. Elle est liée à la chambrée Orphée qui résista en 1851 au coup d’Etat de Napoléon III.

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Monsieur le maire, bravo d’avoir sauvé Cuers d’une irruption artistique

par Jacques Lauresture [3]

Monsieur le Maire, nous tenions à vous féliciter de votre courage pour avoir osé braver l’irruption artistique qui risquait d’endommager cruellement la ville de Cuers.

En effet, une artiste, Kristin, 52 ans, prétendait écrire sur les murs ou sur l’asphalte des textes dangereux, pire, poétiques. Évidemment, ils ne seraient pas restés très longtemps, la peinture disparaissant assez vite. Mais imaginez la situation sans votre valeureuse intervention : les citoyens, intrigués par des phrases incongrues, auraient fait appel à leur intelligence, à leur curiosité, à leur sensibilité. Plus grave, l’automobile, reine absolue de l’espace public, aurait perdu une part de sa suprématie. Et enfin, la publicité, qui orne si avantageusement tous les recoins de notre paysage visuel, aurait subi la concurrence d’un acte gratuit, sans but commercial, un pur objet de plaisir et d’intelligence.

On touchait là à l’essence même de notre civilisation, et votre détermination a permis d’éviter une catastrophe à côté de laquelle le 11 septembre apparaîtrait comme un fait-divers.

Une fleur de lys dans le blason

Avec courage, vous avez défendu le drapeau français qui risquait d’être souillé à jamais. Passons sur l’origine douteuse de ce symbole créé par des insurgés ne respectant pas la légalité de l’époque, mais comment en effet oser moquer l’oriflamme qui a si bien civilisé les Africains ou rempli les tranchés de Verdun ? Votre décision de remettre toute affaire cessante une fleur de lys dans le blason de votre ville nous remplit d’espoir.

Votre plainte devant les tribunaux est également promise à un bel avenir. Nul ne doute que les juges, n’ayant que cela à faire, vont convoquer la contrevenante en urgence. Peut-être faudrait-il exiger que cette affaire soit traitée par une juridiction anti-terroriste car, à part Al Quaïda, qui aurait planifié une attaque aussi basse de votre cité ?

Nous avons été un peu déçu par votre recul quelques jours plus tard. En effet, poursuivant votre valeureuse croisade, vous avez tenté de retirer la garde de la bibliothèque Armand Gatti (un anarchiste, soi-disant résistant et déporté) à ceux qui l’ont créé, Orphéon Théâtre Intérieur.

Les livres sont dangereux

Vous aviez raison, les livres sont dangereux, et demandent à être mis sous bonne garde. D’autant que ces livres ne servent pas seulement à caler la commode, ou à décorer le salon, mais qu’ils sont lus, souvent par des enfants, et qu’ils parlent de théâtre, activité qui détourne des deux piliers de notre société : l’écran plasma et le caddie à remplir.

Mais nous sommes inquiets et nous craignons bien que, malgré vous, vous n’ayez apporté finalement bien de l’eau au moulin de ces irresponsables. Vos adversaires vous attaquent, soit. Mais les journaux se moquent de votre action intrépide, vos alliés politiques se taisent en public et vous maudissent en privé de se retrouver associé aux mêmes agissements qui avaient fait la gloire du Front national à Châteauvallon ou à Vitrolles.

Ces maudits Orphéon reçoivent tous les jours de nouveaux soutiens, de nombreuses villes veulent inviter la compagnie que vous avez voulu bâillonner, de plus en plus de citoyens veulent que l’art ait une place dans nos villes, et votre acte passe avant tout comme ridicule.

Confiance, la postérité sera pour vous. À l’heure où vient de s’éteindre le maire-poète Aimé Césaire (à ne pas confondre avec la sympathique Aimée Geyser, lauréate du Grand Prix de l’Eurovision 1967), vous le dépassez déjà par votre prouesse : il a passé sottement sa vie à faire parler les mots, vous avez réussi à les goudronner.

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Remarquer l’absence de fleur de lys au coeur du blason de la bannière.

Notes

[1] Le 23 avril 1616 disparaissaient Cervantès, Shakespeare.
Ce jour, ô combien symbolique pour la littérature universelle, a été choisi par l’UNESCO afin de rendre un hommage mondial au livre et à ses auteurs, et encourager chacun, en particulier les plus jeunes, à découvrir le plaisir de la lecture et à respecter l’irremplaçable contribution des créateurs au progrès social et culturel.

[2] Programme annoncé sur son site depuis plus de deux mois : http://www.orpheon-theatre.org/bibl....

[3] Jacques Lauresture : pseudonyme d’un responsable culturel soumis à un certain devoir de réserve. Ce texte est repris du site Rue89 où il a été publié le 19 avril 2008.


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