Histoire coloniale et postcoloniale

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communiqué de la section LDH de Toulon

non à l’ordre moral et au retour de la censure !

mercredi 19 février 2014

Ils sont contre... contre les gays, contre l’avortement, contre l’euthanasie, contre les étrangers, contre les juifs... surtout contre les socialistes au pouvoir.

Le Salon beige poursuit sa campagne en faveur de l’ordre moral.
Il annonce sur son site : «  Toulon : le candidat FN demande le retrait des livres homosexualistes ». A quand le rétablissement de la censure ? Rappelez-vous le bon vieux temps de la Fête de la liberté du livre !

La section de Toulon de la Ligue des droits de l’Homme réagit par le communiqué qui suit, cosigné par la FCPE 83 et différentes organisations syndicales. Il reste ouvert à la signature des organisations qui souhaitent s’y associer.

[Mis en ligne le 14 février 2014, mis à jour le 19]


Communiqué de la LDH de Toulon

Non au retour de la censure et de l’ordre moral

Depuis le début du mois de février, des bibliothèques publiques, comme la
bibliothèque municipale de Toulon, sont montrées du doigt car certains
livres n’auraient pas leur place dans les collections : ils abordent des
thèmes comme l’égalité femme-homme et l’homosexualité.

A l’origine de ce phénomène marginal inquiétant, diverses associations
gravitant autour de l’extrême droite. Et voilà qu’au conseil municipal de
Toulon du 14 février, un élu FN fustige les “invertis” et demande le
retrait de trois livres des collections municipales.

Ces épisodes rappellent le temps où l’extrême droite était au pouvoir à
Marignane, Orange, Vitrolles ou Toulon. Malmenant les libertés, elle
demandait aux bibliothécaires de faire le ménage dans leurs collections
pour faire de la place aux idées extrémistes, elle dénaturait le salon du
livre de Toulon en en faisant une vitrine des idées xénophobes.

Nous rappelons que les bibliothèques publiques doivent constituer des
collections variées, abordant tous les sujets, selon des critères que les
professionnels maîtrisent et qu’en aucun cas un jugement moraliste et
rétrograde ne saurait prendre le pas sur ces objectifs.

Nous disons non à la censure et au retour de l’ordre moral.
Nous rappelons que nos libertés dépendent aussi de la nécessité d’un service
public de la lecture pour assurer la circulation des idées.

Toulon, le 15 février 2014

Premiers signataires

- Ligue des droits de l’Homme
- Fédération syndicale unitaire (FSU) 83
- Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) 83 [1]
- Solidaires Var
- CGT Mairie de Toulon
- CGT UD 83
- SGEN-CFDT Provence-Alpes et Côte d’Azur

(Copie d’écran)

« Théorie du genre » : des militants d’extrême droite intimident des bibliothèques

par Clarisse Fabre, Le Monde, le 12 février 2014


Le blog des catholiques radicaux, proches de l’extrême droite et du Printemps français, ne cache pas sa satisfaction : celle d’avoir déclenché un communiqué musclé de la ministre de la culture et de la communication. Lundi 10 février, Aurélie Filippetti dénonçait l’action de « groupuscules » contre les ouvrages de littérature jeunesse abordant l’égalité filles-garçons, l’homoparentalité et le changement de sexe. Depuis une semaine, une trentaine de bibliothèques, selon le ministère de la culture, ont été ciblées par des activistes traditionnalistes, demandant le retrait de certains ouvrages dans les rayons jeunesse : dans la ligne de mire, Jean a deux Mamans, Mademoiselle Zazie a-t-elle un zizi, La nouvelle robe de Bill, etc.

Mercredi 12 février, sur RMC, Aurélie Filippetti a dénoncé des « attaques scandaleuses » contre les bibliothèques, qui sont des « espaces de liberté ». La ministre ajoute que Jean-François Copé s’est « totalement ridiculisé » en pointant du doigt l’ouvrage Tous à poil !, utilisé à l’école pour démonter les stéréotypes, dans le dispositif expérimental de « l’ABCD de l’égalité », mis en place par le ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon.

Tout a commencé, le 4 février, par une « alerte » publiée sur le Salon beige. Un membre de ce réseau signale qu’un certain nombre d’ouvrages « recommandés dans l’ABCD de l’égalité » se trouvent dans les rayons des bibliothèques de Versailles. Sur sa page d’accueil, le Salon beige cible à nouveau Versailles : un auteur « jeune public » serait intervenu dans une classe de CM1 pour discuter de la construction du genre, et du changement de sexe.

Le lendemain, le 5 février, le Salon beige épingle un certain nombre de villes où sont repérés les « ouvrages idéologiques » : Nantes, Toulon, Saint-Etienne, Le Chesnay, Neuilly-sur-Seine, Castelnaudary, Tours et, au terme d’une malencontreuse faute de frappe, Saint-Germaine-en-Laye (sic). Une ville transgenre était née. Le blog invitait ses membres à vérifier « le contenu » des bibliothèques.

Il est difficile de mesurer l’ampleur du mouvement. Le communiqué d’Aurélie Filippetti déplorait l’attitude des militants, « qui exercent des pressions sur les personnels, les somment de se justifier sur leur politique d’acquisition, fouillent dans les rayonnages »… Mais nous n’avons pu obtenir la confirmation de ces faits.

Sollicitées par Le Monde, les bibliothèques visées par les activistes n’ont pas donné suite. Les fonctionnaires ont un devoir de réserve, et l’approche des élections municipales rend les maires nerveux. La ministre s’est-elle avancée un peu vite, ou alors une consigne de silence a-t-elle été donnée, dans l’espoir que l’incendie ne se propage plus encore ? La directrice de la bibliothèque de Nancy, et présidente de l’Association des directeurs des bibliothèques des grandes villes (ADBGV), Juliette Lenoir, tient à rappeler les grands principes régissant les bibliothèques : « Ils sont inscrits dans une Charte de 1991, ainsi que dans un Manifeste de l’Unesco. Les collections doivent refléter la diversité des opinions, l’évolution de la société, et être exemptes de toute forme de censure », précise-t-elle.

Le maire de Versailles n’a pas souhaité s’exprimer. Dans son entourage, on estime qu’une trentaine de mails au total ont été reçus, « une quinzaine demandant le retrait des livres, et une quinzaine en soutien, appelant à résister à cette offensive ». A Rennes, on assure n’avoir reçu qu’un seul message, reproduisant les éléments de langage du Salon beige. A Castelnaudary, aucune demande de retrait d’ouvrages n’aurait été formulée.

« ON A AUSSI DES PRINCESSES QUI ÉPOUSENT DES PRINCES »

A Metz, où Aurélie Filippetti se trouve en deuxième position sur la liste du maire sortant Dominique Gros (PS), les responsables de la bibliothèque ont mis en place un argumentaire préventif sur Facebook. « On a aussi, dans nos rayons, des princesses qui épousent des princes », grince un bibliothécaire. Philippe Brillaut, maire (CNIP) du Chesnay, dans les Yvelines, est l’un des rares, sinon le seul, à avoir pris la parole sur le sujet, dans un exercice de contorsion délicat à quelques semaines du scrutin municipal. Mobilisé contre le « mariage pour tous », il s’oppose toutefois au retrait des livres, mais a finalement décidé de les déplacer sur des étagères accessibles aux adultes…

Mettre à l’écart des enfants ces ouvrages, c’est ce que demande, justement, Béatrice Bourges, porte-parole du Printemps français. « Ces livres-là n’ont absolument rien à faire dans les bibliothèques. Au minimum, il faudrait les mettre dans des rayons à part. Les enfants doivent être éduqués par leurs parents. On est en train de fabriquer des enfants d’Etat », déclare-t-elle au Monde.

Raphaëlle Bats, de l’Association des Bibliothèques de France, réplique : « Certes, les parents sont les premiers éducateurs des enfants. Mais les bibliothèques sont là pour former des citoyens ». En 2012, l’ABF a créé une « légothèque », groupe de travail sur les stéréotypes de genre et la lutte contre les discriminations, lequel « épaule et conseille » les bibliothécaires dans les acquisitions d’ouvrages.

Des leader de l’UMP prennent leurs distances avec le Salon beige, tout en critiquant « le militantisme » du gouvernement. « Chaque lecteur a le droit de donner son point de vue sur un ouvrage, mais ce n’est pas à un groupe de définir une politique d’acquisition », résume le député de la Drôme Hervé Mariton.

De même, Philippe Gosselin, député de la Manche, prend ses distances. « Il appartient à chacun d’emprunter les livres de leur choix. Je suis absolument opposé à l’idée de dresser une liste ». Il ajoute : « Il est évident qu’il faut démonter les stéréotypes. Moi-même, à l’école maternelle, je jouais avec l’élastique avec des copines, et non au football. Mais je sens dans le gouvernement une volonté de déconstruire les repères, ou de rééduquer les enfants. Et je comprends que ça heurte les parents. »

Clarisse Fabre
Journaliste au Monde



Voir en ligne : article 5756



Arte va diffuser le film Tomboy de Céline Sciamma (79 minutes) [2] :

  • mercredi 19 février à 20h50
  • samedi 22 février à 3h10
  • mercredi 26 février 13h35 (horaire idéal pour les enfants en vacances !)

Compléments :

  • L’impossible mission de l’abbé Bethléem au XXe siècle, extrait de La Fabrique de l’Histoire, France Culture, vendredi 14 février 2014 :


    (à partir de 08m 42s.)



[1La FCPE 83 ajoute :

« Il y a 80 ans, un homme a fait arbitrairement procéder à la destruction massive de livres qu’il jugeait "subversifs", "décadents"... Ces livres avaient effectivement l’immense tort de traiter de la liberté de penser, et d’exister... voire de vivre !!! A nous de réagir aujourd’hui. »