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non à la réhabilitation de l’OAS !

mercredi 22 octobre 2008, par François Nadiras

De 1961 à 1962, l’Organisation Armée Secrète (OAS) a tenté, les armes à la main, de s’opposer à la politique algérienne du général de Gaulle. Au nom de l’“Algérie française”, elle assassina plus de 2 200 personnes — Français et Algériens, civils et militaires.

Nous sommes aujourd’hui soumis à une pression politique en vue de réhabiliter cette organisation criminelle : plaques, stèles et monuments
commémorant les tueurs de l’OAS en martyrs de l’Algérie française,
fleurissent un peu partout en France.

Cette tentative de légitimation ne doit pas parvenir à ses fins. Il faut rappeler que les crimes de l’OAS ont contribué à ensanglanter un peu plus la fin de la guerre d’Algérie et à rendre inéluctable le départ de nombreux Européens d’Algérie.

Réhabilitation ou révisionnisme ?

par Francis Zamponi

Trois des personnages que j’ai mis en scène dans mes romans ont commis durant la guerre d’Algérie des actes que la loi condamne. Un officier supérieur dans « Mon colonel », un lycéen activiste dans « In nomine patris », un sous-préfet répressif dans « Le boucher de Guelma ».

Il m’a été parfois reproché de les avoir présentés sous un jour trop humain, voire sympathique. Telle n’était pas mon intention, pas plus d’ailleurs que, comme cela m’a aussi été reproché, celle de les condamner du fond de mon bureau. J’ai tenté tout simplement de décrire leurs comportements et leurs choix en fonction du contexte historique dans lequel ils ont agi.

L’érection de stèles rendant hommage à des membres de l’Organisation armée secrète, exécutés au nom du peuple français, relève d’une toute autre démarche : celle de réécrire un épisode peu glorieux de l’histoire de France.

Le ton de la polémique que ces stèles ont suscitée suffit à montrer en effet que la question n’est pas de savoir s’il est aujourd’hui permis de perpétuer le souvenir d’hommes exécutés pour une cause qu’ils estimaient juste, mais de demander à ce que la France reconnaisse que leurs actes étaient légitimes et leur condamnation injuste.

Les procès menés contre les membres de l’OAS par les diverses Cours de sûreté créées pour la circonstance n’ont sans doute pas été des modèles de justice impartiale. Cela ne justifie pas pour autant les actes que les accusés avaient commis.

Pas plus que les conditions lamentables du jugement et de l’exécution de Pierre Laval n’en font un héros et ne justifieraient sa réhabilitation.
Pas plus que les remords que l’on demande à Jean-Marc Rouillan d’exprimer sous peine d’incarcération, ne justifieraient la mort des victimes d’Action directe.

Que soient racontés en détail, par ceux qui y ont participé certains épisodes de notre histoire me semble normal.

Que dans leurs souvenirs ces acteurs ne manifestent aucun regret de leurs actes me paraît compréhensible. Mais que, sous couvert d’hommage posthume on cherche à faire l’apologie de leurs actes est une toute autre affaire.

Le dimanche 19 octobre dernier, une messe a été célébrée à Nice pour « le repos de l’âme » de la reine de France Marie-Antoinette guillotinée le 16 octobre 1793. Elle été « assassinée » affirment les organisateurs de cette manifestation. Un glissement linguistique qui transforme ainsi l’hommage religieux à une disparue en une révision de l’histoire de la Révolution française mais ne provoque pas autant d’émoi que les sifflets adressés sur un stade à La Marseillaise.

Francis Zamponi

Captation de mémoire ou d’héritage ? [1]

par Bruno Modica

C’est bien de la mémoire qu’il s’agit et dans ce domaine, le combat est engagé. Il est engagé dans une concurrence mémorielle, sur un terrain que les nostalgiques de l’Algérie française ont investi dans le sud de la France et cela depuis de nombreuses années. C’est dans le midi de la France, entre Nice, Marseille, Montpellier et Perpignan que se sont installés ceux que l’on appelait alors les rapatriés d’Algérie, ces pieds noirs au verbe haut, arrivés par vagues massives en 1962. C’est dans ce midi de la France qu’à lieu ce que dénonce le film, une captation mémorielle, une réhabilitation insidieuse de criminels. Certains monuments, certaines stèles érigées dans des communes du Languedoc et des Bouches du Rhône portent ainsi les noms d’assassins de sang froid exécutés aux termes de procès comme Roger Degueldre, Albert Dovecar, Claude Piegts ou Bastien Thiry. Ce mouvement a commencé à Nice, sous la municipalité de Jacques Médecin dont les liens avec les activistes de l’Algérie Françaises étaient de notoriété publique, il a lieu à Valras Plage, à Marseille ou à Toulon. Il s’agit clairement d’une captation de l’Algérie française par l’OAS qui ne se limite pas à un certain lobbying mais bien à une volonté de réhabilitation d’un discours. Certains milieux de la droite française qui se réclament pourtant du gaullisme semblent très perméables à ces logiques. Il suffit de jeter un œil sur le site de l’ADIMAD qui parle de l’OAS en disant l’Organisation, et qui propose cendriers et autres objets de ce type au sigle de l’OAS pour découvrir la liste des maires du sud de la France qui ont cautionné ces réhabilitations de meurtriers.

Bruno Modica

[1Extrait d’un article publié sur le site des Clionautes où Bruno Modica présente
OAS, un passé très présent, un film de Djamel Zaoui, distribué sous forme de DVD par Les films du Paradoxe, qui donne la parole à des descendants de victimes de l’OAS.