Histoire coloniale et postcoloniale

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on atteint le fond de l’inhumanité

jeudi 13 octobre 2011

Le Réseau éducation sans frontières du Puy-de-Dôme a dénoncé « une politique inhumaine et dégradante qui engendre la mort » après le décès, dans la nuit du 20 au 21 septembre, d’un bébé né prématuré au terme de six mois de grossesse. Sa mère, une jeune femme kosovare, avait été placée le 17 août dans le centre de rétention de Lille-Lesquin après un trajet d’une dizaine d’heures dans une estafette de police. Un juge des libertés et de la détention l’avait remise en liberté ainsi que son mari et ses trois enfants, jugeant « le traitement subi par cette famille inhumain et dégradant ».

Dans le Pas-de-Calais, une maman algérienne enceinte de huit mois et demi tente de se suicider à Lens, après avoir reçu une OQTF ...

Communiqué de presse du Resf 63

Mort de la petite El Medina Bezjacu

Clermont-Ferrand, le 22 septembre 2011

Dans la nuit du 20 au 21 septembre 2011, Basrijé Bezjacu donnait naissance – à 26 semaines de grossesse – à une petite El Médina décédée dans les heures qui ont suivi.

Le 17 août dernier, Francis Lamy, préfet du Puy-de-Dôme, ordonnait l’arrestation à Clermont-Ferrand de la famille Bezjacu, et son transfert au Centre de Rétention de Lille. Cette famille Rom Kosovar, avec trois enfants de 10, 7 et 3 ans dont la maman était enceinte de 5 mois, était libérée quatre jours plus tard par un juge des libertés et de la détention. Dans sa décision, il soulignait au sujet de la mère que « le risque d’atteinte à sa santé et à la santé du bébé, consécutif au stress induit par la situation de rétention qui lui a été notifiée au petit matin, immédiatement suivie d’un déplacement géographique d’une durée de 10 heures, est totalement disproportionné au regard de l’objectif d’éloignement poursuivi par les autorités [...] Il ressort de l’ensemble de ces éléments que le traitement subi par cette famille est inhumain et dégradant. »

Ce qui n’empêchait pas le Secrétaire Général de la Préfecture, Jean-Bernard Bobin, de déclarer aux journalistes de La Montagne, dans l’édition du 22 août 2011 : « Le tribunal nous a donné raison sur tous les points. » Et Martine Couderc, directrice départementale de la police, de rajouter trois jours plus tard : « La prise en compte des besoins de la famille se fait dans des conditions humaines auxquelles tout fonctionnaire de police est très attaché. [...] Nous laissons le temps aux familles de préparer leurs bagages, nos véhicules sont équipés de lait maternisé, de couches-culottes, de sièges bébés. De plus, l’interpellation ne peut pas mal se passer, nous n’avons pas de pouvoir de coercition dans ce cadre-là de mission, les familles nous suivent de leur plein gré. [Le trajet vers Lille s’est passé] sans souci particulier. »

Pourtant, dès le retour de la famille à Clermont-Ferrand, madame Bezjacu était hospitalisée en urgence au service des grossesses à haut risque pour un décollement du placenta. L’un des médecins déclarait aux journalistes que « sur un plan de logique médicale, c’est une évidence que ce décollement du placenta est la conséquence directe de ce trimballement à Lille et du choc de l’arrestation. »

Aujourd’hui, une famille est en deuil ; la population clermontoise éplorée et choquée.

Le préfet du Puy-de-Dôme Francis Lamy, le Secrétaire Général de la Préfecture Jean-Bernard Bobin, la directrice départementale de la Sécurité Publique Martine Couderc vont-ils s’exprimer demain dans les médias pour dire qu’ils ont eu raison sur tout ? Que madame Bezjacu, son mari et leurs trois enfants sont partis au Centre de Rétention de Lille de leur plein gré dans des voitures munies de couches-culottes ? Ou bien vont-ils expliquer par voie de presse que madame Bezjacu n’a pas accouché prématurément et que la petite El Médina n’est pas morte ?

A moins qu’ils ne se taisent en un silence assourdissant...

Nous, militants du Réseau Éducation Sans Frontières 63, nous ne nous tairons pas.

Communiqué RESF 59/62

Dramatique suite d’une OQTF : une maman enceinte tente de se suicider à Lens

le 4 octobre 2011

Il y a quelques heures Mme Hamadou, enceinte de 8 mois et demi, vient [de tenter] de se suicider. L’intervention de la police et des pompiers va peut-être permettre d’éviter l’irrémédiable.

M et Mme Hamadou ont du fuir l’Algérie parce qu’ils y étaient en danger. Ils sont venus en France avec Alicia, leur première fille, pour reconstruire une vie paisible. Séréna, leur deuxième fille, est née à Lens en décembre 2009. Ils n’ont pas eu le droit d’asile.

Leur demande de titre de séjour a été rejetée par la préfecture qui a décerné une OQTF le 23 septembre 2011 à l’encontre des parents. La préfecture montre son humanité en ne brisant pas cette famille, elle écrit "d’autant plus que M a aussi une OQTF" sur l’OQTF de Mme, "d’autant plus que Mme a aussi une OQTF" sur l’OQTF de Monsieur...

La cellule familiale n’est donc pas brisée ! Mais les enfants ? Séréna né en France ? On n’éloigne pas les enfants mineurs .... Par humanité, ils devront accompagner leurs parents ? Epoque sinistre de triste mémoire où des enfants devaient partir pour ne pas être séparés de leurs parents... Bien sûr, la destination n’est pas la même. Le principe ? pas éloigné en tout cas

Malgré l’abrogation des arrêtés de la préfecture l’obligeant à quitter le territoire, la famille Hamadou reste inquiète

par M. L., La Voix du Nord, le 6 octobre 2011


Sursis supplémentaire ou chance de régularisation ? Bien que soulagé, Ahmed Hamadou n’est toujours pas serein, après la décision prise mardi soir par la préfecture d’abroger les arrêtés qui obligeaient sa famille à quitter le territoire français. « Est-ce une abrogation définitive ou temporaire ? Est-ce que la préfecture ne changera pas d’avis après l’accouchement de ma femme ? », s’inquiète le père de famille, dont l’épouse Samia, 27 ans, enceinte de plus de huit mois, est toujours hospitalisée à Lens après une tentative de suicide lundi.

Hier après-midi, accompagné de membres de la Ligue des droits de l’Homme de Liévin, l’ancien militaire algérien, aujourd’hui bénévole auprès de la municipalité, faute de pouvoir travailler, a été reçu par la préfecture. Son dossier de régularisation pourrait faire l’objet d’un réexamen, au vu des éléments apportés lors de l’entretien.

« Erreur de forme »

Mardi dans la soirée, le préfet du Pas-de-Calais avait décidé d’abroger les arrêtés pour une « erreur de forme », qui tiendrait à une lacune de ponctuation. Faute de virgule, une des phrases s’avérait ambiguë, impliquant que les deux fillettes du couple étaient nées dans le pays d’origine, en Algérie, contrairement aux faits. Comme l’a toujours soutenu Ahmed Hamadou, sa cadette Séréna, âgée de 2 ans, est bien née à Lens. Un élément qui ne pourrait cependant intervenir en faveur de la régularisation : « Le fait que l’un des deux enfants soit né à Lens ne rend pas caduc le rejet du dossier », a précisé Catherine Seguin, directrice du cabinet. Pour éviter « tout flou juridique » en cas de recours contentieux devant le tribunal administratif de Lille par les Hamadou, le préfet a donc annulé l’obligation de quitter le territoire. Du côté de la préfecture qui affirme vouloir réexaminer avec attention la demande de régularisation, on préfère mettre désormais en avant l’état de santé de la mère de famille : « La priorité est avant tout que cette dame se rétablisse et donne naissance à son troisième enfant dans les meilleures conditions possibles. » Ignorant ce que les prochains jours leur réservent, Ahmed Hamadou et sa famille peuvent compter sur les associations qui restent mobilisées.