Histoire coloniale et postcoloniale

Accueil > racisme, antisémitisme, xénophobie > les étrangers > les jeunes > on enferme bien les “enfants étrangers”

communiqué commun

on enferme bien les “enfants étrangers”

dimanche 11 septembre 2011

Le nouveau centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot – l’ancien a été fermé pour travaux – situé à proximité de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle est le premier d’Ile-de-France équipé pour accueillir des familles : 40 places leur sont réservées sur une capacité totale de 240 places. Comme les adultes, les mineurs pourront y séjourner jusqu’à 45 jours, accompagnant leurs parents, dans l’attente de voir aboutir des démar­ches de recours ou d’être reconduits dans leur pays d’origine.

En institutionnalisant l’enfermement des mineurs, la France s’affranchit de la Convention internationale des droits de l’enfant dont l’article 3 affirme que « dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».

Communiqué commun

Enfants étrangers : la rentrée derrière les barreaux

Le 1er août, le plus grand centre de rétention administrative pour étrangers a ouvert à proximité de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle sur la commune du Mesnil-Amelot. Profitant encore de la période estivale, ce véritable camp, de conception carcérale, « ouvre » désormais ses portes aux familles et donc aux enfants.

En effet, ce jour, sont enfermés une mère de famille géorgienne et ses trois enfants de 5, 2 et 1 ans, tous nés en France. Alors même qu’un recours est en cours, ils ont été arrêtés à leur domicile, à Guéret dans la Creuse, le 30 août au matin. Le père lui n’était pas présent à ce moment-là au domicile.

Illégal car contraire à la Convention internationale des droits de l’Enfant, l’enfermement est au surplus, pour ces derniers, un véritable traumatisme, comme l’ont clairement affirmé diverses institutions indépendantes, telles le Conseil de l’Europe, la Commission nationale de déontologie de la sécurité et la Défenseure des enfants. Arrêtés avec leur famille dans des conditions souvent violentes, arrachés brutalement à leur vie quotidienne, privés de scolarisation et d’activités, ces enfants sont aussi confrontés à l’angoisse et à la dévalorisation de leurs parents qu’ils voient menottés, entourés de policiers, présentés devant des juges, tels des délinquants.

Les associations intervenant dans les CRA auprès des familles retenues, peuvent témoigner des symptômes révélateurs d’un délabrement psychique au quotidien, causé par la rétention sur les enfants. D’autant que la durée maximale de l’enfermement a récemment été portée à 45 jours, ce qui accroît encore les risques de psycho-traumatisme.

Rappelons que les centres de rétention et zones d’attente sont les seuls lieux où des enfants de moins de 13 ans peuvent être enfermés, comme si le seul fait d’être étranger rendait cette maltraitance institutionnalisée acceptable. Récemment encore, la juridiction de Lille a sanctionné cette pratique au motif qu’elle constituait un traitement inhumain et dégradant au sens de l’article 3 de la CEDH. La Cour européenne elle-même a condamné cette pratique dans une affaire concernant la Belgique.

Les organisations signataires dénoncent la banalisation de l’enfermement administratif, et la pénalisation du séjour irrégulier comme mode de gestion des étrangers. Avec l’enfermement de ces enfants et de ceux qui suivront, c’est à la protection des plus vulnérables que le ministère de l’Intérieur s’en prend cette fois-ci, toujours dans son obsession de la politique du chiffre en matière d’expulsions.

Signataires :
- Observatoire de l’enfermement des étrangers (ACAT-France, Avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE), Anafé, Comede, Emmaüs France, Fasti, Gisti, La Cimade, Ligue des droits de l’homme, MRAP, Revue Pratiques, Syndicat des avocats de France (SAF), Syndicat de la magistrature (SM), Syndicat de la médecine générale (SMG))
- Observatoire citoyen de la rétention 77
- Réseau éducation sans frontières (RESF)

Paris, le 31 août 2011

Epilogue provisoire [1]

La jeune femme géorgienne qui avait eu le triste privilège d’inaugurer le 30 août la « zone famille » du nouveau Centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot avec ses trois enfants de 5 ans, 2 ans et 1 an a été libérée au cours de l’après-midi du 2 septembre par le Tribunal administratif de Melun. La cour donnait ainsi raison aux associations qui dénonçaient les graves illégalités induites par la rétention de ces enfants et de leur mère.

Au moment même où cette famille géorgienne était libérée, deux nouvelles familles, de Roms roumains cette fois étaient enfermées au CRA du Mesnil-Amelot, à l’issue du démantèlement du camp des Glairons dans l’Isère. L’une des mères a été expulsée sur le champ par l’avion de 15h30 avec ses trois enfants (13 ans, 10 ans, 3 ans). Il semblait que le père était prévu sur un vol le lendemain. La seconde mère de famille et ses deux enfants (1 an et 5 ans) devait être traduite devant le Tribunal administratif lundi… à moins que les autorités administratives ne trouvent le moyen d’une expulsion éclair.