Histoire coloniale et postcoloniale

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opération « Mos Maiorum » : la traque aux migrants sans-papiers en Europe

samedi 11 octobre 2014

Du 13 au 26 octobre 2014 aura lieu dans toute l’union européenne une opération policière intitulée Mos Maiorum. Pendant ces deux semaines environ 18 000 policiers en étroite collaboration avec Frontex vont aller à la chasse aux personnes sans papiers.

Mos Maiorum est un nouvel exemple de la guerre menée par l’Union européenne contre un ennemi imaginaire.
Le nom choisi pour dénommer cette opération en donne le sens : Mos Maiorum signifie littéralement « les mœurs des Anciens », et désigne le code tacite qui définissait la morale de la Rome antique, ses comportements et ses pratiques, publiques comme privées. Il place au-dessus de tout le respect des Anciens et de la tradition. Il s’oppose à la décadence et la barbarie des temps présents. [1]

[mis en ligne le 10 octobre 2014, mis à jour le 11]


Communiqué Frontexit

Opération « Mos Maiorum » :

la traque aux migrants sans-papiers en Europe

10 octobre 2014

« Mos Maiorum » est Un énième exemple de la guerre menée par l’UE contre un ennemi imaginaire.

Du 13 au 26 octobre 2014, les forces de police des États de l’Union Européenne (UE) procèderont à des contrôles massifs de personnes dans l’espace Schengen et aux frontières extérieures.

Une semaine après la commémoration du drame de Lampedusa d’octobre 2013, une « chasse aux migrants » nommée Mos Maiorum sera lancée, coordonnée par le ministère italien de l’Immigration avec le soutien de Frontex et d’Europol. Cette opération de grande envergure vise à intercepter et collecter des données personnelles sur les détenteurs de faux documents, les demandeurs d’asile déboutés et les passeurs.

Outre le fait grave que le Parlement européen ne semble pas avoir été averti de ce projet, le manque de clarté sur la base légale et la mise en œuvre de l’opération pose problème. Aucune information n’a été donnée sur les suites qui seront données à ces interpellations et si des opérations de retours conjoints seront prévues.

Une fois de plus, le séjour irrégulier est assimilé à un délit criminel, au mépris de la jurisprudence de la Cour de Justice de l’UE (arrêt El Dridi qui condamne la pénalisation du séjour irrégulier). Une fois de plus, les demandeurs d’asile sont perçus comme de potentiels fraudeurs. Une fois de plus, la collecte de données personnelles sert une véritable chasse aux « sans-papiers ».

À travers de telles opérations, les institutions européennes nourrissent le fantasme d’une invasion criminelle en Europe. Adjuvant d’une politique discriminatoire, l’agence Frontex entrave les droits des migrants et des réfugiés comme l’a démontré le bilan de la campagne inter-associative Frontexit.

Alors que la société civile, l’ONU et le Conseil de l’Europe appellent à cesser l’hécatombe en facilitant l’accès au territoire européen, les annonces par la Commission de mesures énergiques pour mettre fin aux "drames de la migration" sont restées lettre morte. L’absence de mécanismes communs de sauvetage en mer et d’accueil des migrants et des réfugiés contraste avec cette frénésie sécuritaire.

Les réseaux mafieux et criminels n’existeraient pas si des voies d’entrées dites légales étaient accessibles pour les personnes migrantes et réfugiées.

Depuis le début de l’année 2014, plus de 3000 personnes ont trouvé la mort en Méditerranée. Le dialogue de sourds atteint son paroxysme.

La migration n’est pas un crime. Les migrants ne constituent pas une menace. Les réfugiés ont droit à une protection internationale. L’Europe doit cesser cette guerre meurtrière, dont Frontex est le symbole.

CONTACTS PRESSE

  • Caroline Intrand – CIRÉ (Français - Anglais) : 0032 494 549 407
  • Marie Martin – REMDH (Français - Anglais) : 0045 49 71 35 15
  • Oumou Zé – CNCD 11.11.11 (Français – Anglais) : 00 32 485 276 893

Communiqué de la Cimade

08 octobre 2014

Mos Maiorum : une vaste opération de police à l’échelle européenne

Les États membres de l’Union européenne (UE) vont mener une opération de police conjointe de grande envergure du 13 au 26 octobre 2014. Frontex et Europol, une agence de l’UE chargée de lutter contre la criminalité transfrontalière, sont associés aux États membres.

L’ONG britannique Statewatch a réussi à obtenir un document officiel du Conseil de l’Union européenne datant du 10 juillet 2014 qui explique les objectifs et modalités de cette opération appelée « Mos Maiorum ».

  • Objectifs de l’opération

La finalité de l’opération est premièrement, d’« affaiblir la capacité des groupes criminels organisés qui facilitent l’immigration illégale dans l’UE et se concentrera sur les passages illégaux de frontières » ; et deuxièmement, de collecter de l’information sur les principales routes utilisées par les migrants qui entrent de façon dite « irrégulière » et sur les façons d’opérer des réseaux criminels pour faire passer les personnes dans l’UE.

Cette opération va se traduire par :

- Des interpellations des migrants en situation irrégulière pour recueillir des informations en vue d’enquêter sur les réseaux criminels ;
- L’identification, la poursuite en justice et le démantèlement des réseaux criminels ;
- La recherche et l’analyse des routes utilisées par les migrants et les réseaux (à la fois aux frontières extérieures et au sein de l’espace Schengen) ;
- À terme, le renforcement des actions afin de lutte contre l’immigration « illégale » (contrôles aux frontières et activités de surveillance).

Les États membres de l’UE et les États de l’espace Schengen sont incités à participer activement à l’opération. Celle-ci sera coordonnée par l’Italie, qui occupe actuellement la présidence du Conseil de l’UE, en lien étroit avec Frontex.

  • Préoccupations

Derrière l’objectif de démantèlement de réseaux des passeurs, l’interpellation massive de personnes en situation irrégulière est visée. Les contrôles aux frontières extérieures, mais aussi au sein de l’espace Schengen (notamment ports, gares, aéroports) devraient être renforcés pendant cette période.

Le document se garde de préciser le sort réservé aux personnes interpellées, ni la base légale des contrôlées : profil racial, contrôle au faciès ? Des méthodes illégales au regard du droit européen, notamment du code frontières Schengen.

Cela pose aussi des questions en matière de protection des données : quelle utilisation sera faite des données - dont des données personnelles - récoltées ? Les États membres sont censés recueillir le plus de détails possibles sur les migrants interceptés : âge, sexe, nationalité, lieu et date d’entrée, routes utilisées, etc.
Opacité de l’opération est inquiétante. Très peu d’informations sont disponibles et le contrôle démocratique semble avoir été écarté, nous ne disposons pas d’éléments sur l’information du Parlement européen. Quelle sera l’implication concrète des États membres ? L’Espagne a annoncé sa participation. Qu’en est-il de la France ?

Mos maiorum, selon le site belge d’information sur les centres fermés, Getting the voice out, signifierait « mœurs des anciens » ou « coutumes des ancêtres ». Il désigne dans la Rome antique le mode de vie et le système des valeurs ancestrales. Il est souvent pris comme une référence, et est à opposer au spectacle de la décadence du temps présent ! Les cinq fondements de ce concept sont d’un cynisme total au vu des objectifs d’une opération de police :

  • Fides : fidélité, respect de la parole donnée, loyauté, foi, confiance ;
  • Pietas : piété, dévotion, patriotisme, devoir ;
  • Majestas : sentiment de supériorité naturelle d’appartenance à un peuple élu, majesté ;
  • Virtus : qualité propre au citoyen romain, courage, activité politique ;
  • Gravitas : ensemble des règles de conduite du Romain traditionnel, respect de la tradition, sérieux, dignité, autorité.

Au lendemain du triste anniversaire du naufrage de Lampedusa d’octobre 2013, le lancement de cette opération illustre le double discours de l’UE. Les déclarations humanistes sur le sauvetage en mer pèsent bien peu au regard de l’ampleur de cette opération de police menée à l’échelle européenne.

Télécharger le tract édité par Travel warning UE en 8 langues destiné à alerter les personnes étrangères sur la recrudescence de contrôles de police en Europe entre le 13 et le 26 octobre 2014.


Voir en ligne : FRONTEXIT dénonce FRONTEX