Histoire coloniale et postcoloniale

Accueil > Roms et gens du voyage > Hollande, Valls et les Roms > pour Romani CRISS, « Hollande encourage le racisme »

pour Romani CRISS, « Hollande encourage le racisme »

lundi 10 février 2014

L’association roumaine de défense des droits des Roms, Romani CRISS [1], a adressé une lettre ouverte à François Hollande pour attirer son attention sur la gravité de la situation des Roms en France. L’organisation met en cause la politique raciste de démantèlement des camps suivi de leur expulsion collective, mise en oeuvre depuis le discours de Nicolas Sarkozy à Grenoble en 2010 – une politique à laquelle la Commission européenne n’est pas parvenue à s’opposer de façon efficace.

Pour l’organisation roumaine, en dépit des promesses de la campagne électorale, cette politique s’est poursuivie et a même gagné en intensité avec le nouveau gouvernement : l’objectif est de débarrasser la France d’un groupe indésirable, les Roms, au prétexte qu’ils refuseraient de s’intégrer. Une politique contraire aux principes humanistes universels mais assumée par François Hollande.

Les déclarations officielles et les politiques mises en place encouragent le racisme et la violence envers les Roms. En février 2012, un camp de Roms a été attaqué et incendié à Vaulx-en-Velin ; un nouvel incident a été signalé à Paris ces jours derniers : des Roms ont été attaqués à l’acide. L’organisation roumaine se félicite de l’absence de mort d’homme, jusqu’à présent, mais elle craint que la poursuite d’une politique basée sur la haine, l’intolérance, le racisme, le rejet, finisse par provoquer des incidents graves.
C’est pourquoi elle en appelle au sens des responsabilités des autorités françaises.

[Mis en ligne le 9 février 2014, mis à jour le 10]


« Hollande encourage le racisme »

[20min.ch, le 7 février 2014]


L’une des principales associations roumaines de défense des droits des Roms a accusé vendredi le président français François Hollande d’« encourager le racisme », après une attaque visant des Roms à Paris.

« Votre but est de débarrasser la France des Roms [...], sans hésiter à violer la Constitution, la législation européenne et les droits de l’Homme », a écrit l’association Romani CRISS dans une lettre adressée à M. Hollande et au président de la Commission européenne José Manuel Barroso. « Votre discours et vos politiques encouragent le racisme et la violence contre les Roms », a ajouté l’ONG.

Evoquant l’incendie d’un campement de Roms en 2012 et des attaques contre les membres de cette minorité, Romani CRISS reproche aux responsables français de n’avoir « pas condamné ou sanctionné » de tels actes et, « d’avoir promu des politiques basées sur ce même type de sentiments ». Un couple de Roms a déposé plainte à Paris après qu’un homme eut aspergé leur matelas d’un produit caustique sans les blesser. Une enquête préliminaire a été ouverte sur cette affaire, a indiqué mercredi une source policière française.

Baisse des expulsions de clandestins

L’ONG reproche en outre à M. Hollande d’avoir « continué la politique d’expulsions collectives » lancée par son prédécesseur Nicolas Sarkozy. « A première vue cette politique peut être considérée comme un succès puisque vous avez réussi à évacuer des dizaines de milliers de Roms par an », ajoute Romani CRISS. Le ministre français de l’Intérieur Manuel Valls a annoncé fin janvier une baisse des expulsions de clandestins, liées à une chute des retours aidés de Roms roumains et bulgares notamment. Selon lui, le nombre des éloignements, qui avait battu un record de 36 000 en 2012, était de 27 051 pour 2013.

Selon un rapport publié par la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et l’European Roma Rights Center (ERRC), Paris a procédé en 2013 à un nombre record d’évacuations de campements roms [2]. Lors de sa conférence de presse semestrielle, M. Hollande avait affirmé que le gouvernement n’avait « pas à rougir » de sa politique à l’égard des Roms, faisant valoir que tout avait été fait dans le « respect du droit ». De nombreux Roms roumains ont émigré en Europe de l’Ouest, la plupart en Espagne et en Italie.

(afp)

Lettre ouverte adressée à François Hollande [3]

La promotion de la haine et du racisme engendre la violence
Quelles valeurs défendez-vous, Monsieur le Président ?

Monsieur le Président,

Nous vous adressons cette lettre ouverte parce que des familles roms ont porté plainte suite à l’attaque à l’acide dont elles ont été victimes à Paris, le 5 février 2014, place de la République, où elles avaient trouvé refuge. A notre avis, votre rôle a été plutôt négatif jusqu’à présent en ce qui concerne la situation des Roms en France et en Europe. Mais nous espérons que les conséquences possibles de vos actes et de vos déclarations dont nous nous permettons de vous informer par la présente lettre ouverte vous ouvriront les yeux sur la gravité de la situation et des périls à venir, et vous inciteront à réagir.

Depuis le discours de l’ex-président Sarkozy à Grenoble en juillet 2010, l’État français a introduit une politique raciste contre les Roms en adoptant des mesures comme, par exemple, l’identification et la démolition prioritaires des camps de Roms se trouvant sur le territoire français et leur expulsion collective par la suite. Malheureusement, la Commission européenne n’a pas été à la hauteur de ses attributions : elle s’est limitée à quelques commentaires purement formels sur la modification de la législation concernant la liberté de mouvement, tout en ignorant la réalité – c’est-à-dire que les expulsions se sont poursuivies sans aucun changement, et qu’elles se sont même intensifiées.

Malheureusement, et contrairement aux promesses de votre campagne électorale, vous avez continué cette politique d’expulsion collective en violation des droits de l’homme. Le ministre de l’intérieur Manuel Valls a même justifié ces mesures d’expulsion en déclarant que, les Roms ayant un autre mode de vie, il ne serait pas possible de les intégrer à la société française. De plus, il y a quelque semaines, vous avez vous-même apporté publiquement votre soutien à cette politique, déclarant qu’il ne fallait pas en avoir honte.

Vous avez ainsi encouragé ouvertement une politique de haine et de rejet. A première vue, cette politique semble avoir été couronnée de succès, puisque chaque année des dizaines de milliers de Roms sont évacués, en nombre croissant, dépassant même les records établis par le gouvernement Sarkozy.

Monsieur le Président,

Il faut considérer votre politique, au-delà des expulsions collectives. Par la façon dont vous la présentez et la justifiez, par les objectifs que vous poursuivez et par les moyens que vous mettez en œuvre, cette politique est une expression parfaite du rejet, de la séparation et de la haine. Vous menez cette politique contre un groupe ethnique trop faible pour s’y opposer politiquement. Nous sommes au début du XXIe siècle, et vous traitez ce groupe humain, suivant une logique qui ressemble, à bien des égards, à la politique de l’Ancien régime vis-à-vis du « Tiers état ».

Votre objectif public est de débarrasser la France d’un groupe que vous ne souhaitez pas avoir chez vous, les Roms. Jusqu’à présent le gouvernement français a suivi ce désir d’une manière très efficace. Il n’a pas hésité à agir en violation de la Constitution française, de la législation européenne et des droits de l’Homme tout en jetant de l’argent par la fenêtre avec des aides dites « humanitaires » (en réalité il s’agit de « pots-de-vin » accordés par l’Etat français aux victimes afin de leur faire accepter un rapatriement « volontaire » – ce qui permet aux politiciens français de s’en servir de publicité électorale). Le gouvernement n’a pas non plus hésité à faire quelques « compromis » politiques, comme par exemple l’admission d’un nombre extrêmement restreint de familles dans des programmes d’insertion scolaire pour faire semblant de se préoccuper de leur l’insertion sociale. Toutefois, ces actions n’ont pas affecté votre objectif final d’expulser les Roms.

La propagation de ce type de message intolérant et raciste par lequel vous déclarez un groupe ethnique inapte à à s’adapter aux principes de la société française est erronée, parce que les Roms font partie intégrante de la société française et européenne. Mais le problème est plus grave et dangereux encore. Votre discours et votre politique encouragent le racisme et la violence à l’encontre des Roms.

Comme vous le savez, en février 2012 un camp de Roms a été agressé et incendié à Vaulx-en-Velin, les agresseurs visant à « expulser » des Roms. Hier, un autre attaque a l’acide a été signalé à Paris, place de la République, dans une communauté de Roms qui avait déjà été attaquée de la même manière dans le passé – une femme rom a été blessée au bras. Ces cas ne sont que des exemples grâce auxquels nous voulons vous démontrer que ce genre d’incidents a pour base la haine, l’intolérance, le racisme et le rejet : ils s’appuient sur les mêmes « valeurs morales » avec lesquelles vous justifiez la politique de l’État français envers les Roms.

Heureusement, jusqu’à présent il n’y a pas eu de pertes de vie humaine, mais il ne faut pas attendre qu’il y en ait [pour réagir]. Nous sommes inquiets du fait que les agressions violentes à tendance raciste commencent à devenir une réalité pour les Roms vivant en France. En plus, nous sommes inquiets non seulement du fait de l’absence de condamnation publique de ces actions de la part des officiels français qui s’abstiennent de demander qu’elles soient sanctionnées, mais également du soutien qu’ils apportent à une politique envers les Roms qui s’appuie sur le même type de préjugés.

Nous vous invitons, Monsieur le Président, à réfléchir à la façon dont vous abordez le problème des Roms, à reconsidérer des fondements qui sont à la base de votre politique. Et de vous demander : vous-même pour quelles valeurs luttez-vous ?

Nous sommes persuadés que vous parviendrez à vous débarrasser des erreurs du passé et à revenir à une politique moderne, européenne et conforme aux principes sur lesquelles s’appuie la société française.

Je vous adresse, Monsieur le Président, mes salutations distinguées,

Bucarest, le 6 février 2014

Marian Mandache
Directeur exécutif
Romani CRISS



[AFP – le 10 février 2014 15h12] [4] – Le président roumain Traian Basescu a été condamné à une amende de 135 euros pour avoir tenu des propos discriminatoires contre les Roms lors d’un voyage en Slovénie, a annoncé lundi 10 février le Conseil de lutte contre les discriminations (CNCD), qui avait été saisi par l’ONG Romani Criss.

Lors d’un voyage en Slovénie en novembre 2010, M. Basescu avait déclaré publiquement que "très peu de Roms nomades veulent travailler et nombre d’entre eux vivent de ce qu’ils volent". Une trentaine d’associations roumaines de défense des droits de l’Homme avait alors dénoncé "des propos à caractère raciste" constituant "un nouvel épisode dans la stigmatisation des Roms par de hauts responsables roumains".

Commentaire de LDH-Toulon : François Hollande ne risque-t-il pas d’être poursuivi par Romani Criss devant la justice roumaine pour sa politique envers les Roms ?


[1Romani CRISS : Centre Rom d’Interventions et d’Etudes sociales (Source : la présentation de Romani CRISS sur le site du CCFD.)

[3Deux versions téléchargeables (PDF) de cette lettre ouverte :