pour Sarkozy, les banlieues “c’est un enjeu de civilisation”.


article de la rubrique discriminations > les “banlieues”
date de publication : samedi 9 février 2008


On attendait un « plan Marshall » pour les banlieues. On aura 4 000 policiers de plus, des lignes d’autobus pour désenclaver des quartiers particulièrement isolés... et de bonnes intentions.


Banlieues : le « plan Marshall » attendra…

[Le Monde diplomatique, 8 février 2008]

Annoncé depuis des mois et objet de plusieurs semaines de cacophonie, le « plan banlieues » de Mme Fadela Amara, revu par le président de la République, a fait long feu. Dans sa conférence de presse de vendredi matin [1], M. Nicolas Sarkozy a affiché l’ambition de « réinventer la ville », mais s’est contenté de rares promesses chiffrées : 45 000 jeunes des quartiers devraient accéder à l’emploi dans les trois ans grâce à un nouveau « contrat d’autonomie » ; trente sites d’« excellence scolaire » verraient le jour ; les transports devraient bénéficier [d’investissements] supplémentaires (prélevés sur le budget du Grenelle de l’environnement) ; et 4 000 policiers seraient envoyés en renfort dans deux cents unités territoriales.

Pour le reste, l’hôte de l’Elysée a fait assaut de bonnes intentions, aussi diverses que vagues : un développement des « écoles de la deuxième chance » et des « internats de réussite éducative », une réforme de la dotation des collectivités pour plus de solidarité entre communes, un effort pour l’accession à la propriété, une aide au développement des entreprises, un représentant de l’Etat sous forme de « guichet unique » dans chacun des trois cent cinquante quartiers en difficulté…

Cet inventaire à la Prévert est donc très loin, non seulement des réformes fondamentales qu’appelle la crise des quartiers et des moyens considérables nécessaires pour les mettre en œuvre, mais du « plan Marshall » annoncé par le pouvoir lui-même. Il faut croire que ce dernier n’est pas compatible avec la logique politique et financière qui guide le président et son gouvernement.

Que les habitants des banlieues se consolent. Certes, M. Sarkozy « assume tout ce [qu’il a] dit et fait par le passé sur le sujet » — « racailles » et « Kärcher » compris —, mais il leur a fait cadeau de… « Rachida », « Fadela » et « Rama ». Leur entrée au gouvernement, a-t-il estimé, «  constitue un fait historique (…) nécessaire pour que le sentiment d’appartenance à une même nation soit fort ». Et de conclure : « C’est un fait absolument nécessaire pour que les quartiers comprennent que chacun a sa chance. »

La « nouvelle politique pour les banlieues » fraîchement accueillie

[AFP - 8 févier 2008]

La "nouvelle politique pour les banlieues" annoncée vendredi par le président Sarkozy a été fraîchement accueillie, hormis dans la majorité, par de nombreux acteurs sociaux et élus de terrain, "restés sur leur faim" devant l’absence de budget global pour les actions engagées.

Dès l’annonce, AC Le Feu, collectif qui s’était créé après les émeutes de 2005, Droit au logement (Dal) ainsi qu’une dizaine d’autres associations ont protesté à Paris contre ce plan, dénonçant un "énième effet d’annonce" et l’absence de moyens financiers.

Il y avait "beaucoup d’attentes autour de ce plan (...), au final, à part des on va, il faut, y a qu’à il n’y a pas grand chose", a déploré Stéphane Ouraoui, président de "Pas de quartier, tous citoyens".

"Ce n’est pas une question d’argent", s’est défendue Fadela Amara ajoutant que "ce n’est pas un plan" mais "une nouvelle dynamique". Mi-janvier elle avait revendiqué "un milliard d’euros pour le désenclavement de 50 quartiers prioritaires" mais le chiffre n’a en bout de course pas été évoqué.

Très attendu depuis que le candidat Sarkozy avait promis un "plan Marshall des banlieues" qui devait enrayer la ghettoïsation des quartiers sensibles, ce plan devait initialement être annoncé à Vaulx-en-Velin, une des banlieues de Lyon secouée en octobre 1990 par de violentes émeutes après la mort d’un jeune à moto à un barrage de police.

Le maire de Vaulx-en-Velin (Rhône), Maurice Charrier, a justement exprimé "sa profonde déception (...) car rien de véritablement concret n’a été annoncé à propos des politiques dites de droit commun comme le droit au logement, l’insertion, l’éducation".

Plusieurs acteurs sociaux ont regretté que des mesures annoncées existent déjà telle "l’école de la deuxième chance" qui a déjà une dizaine d’années. Pour le secrétaire général de la FSU, Gérard Aschieri, l’ensemble du dispositif annoncé en matière d’enseignement est "un renoncement, sans doute faute de moyens, à lutter véritablement contre les inégalités sociales, territoriales, au profit d’une égalité des chances à destination des individus qui le méritent".

"On va prendre la minorité de ceux qui s’en sortent pour les extraire, et les autres continueront de s’enfoncer", a dénoncé Claude Vazquez, maire PCF de Grigny (Essonne) sur les sites d’excellence.

Déception aussi du côté de François Pupponi, maire PS de Sarcelles (Val-d’Oise) pour qui "il n’y a pas un euro pour la banlieue dans ce plan" et Stéphane Gatignon, maire PCF de Sevran : "Sarkozy a éludé la question centrale aujourd’hui des inégalités entre territoires. Pour éviter la ghettoïsation de nos villes, il faut une meilleure redistribution des richesses (...) Il faut une réforme de la fiscalité locale, avec une taxe foncière et d’habitation unique au niveau régional".

Manuel Valls, député-maire PS d’Evry a dénoncé "un discours très sécuritaire, caricatural, moraliste sur la banlieue", alors qu’il faut "de la continuité" et des "moyens financiers". SOS Racisme a considéré comme "élément positif la fin du discours de confrontation de Nicolas Sarkozy avec la banlieue", mais a estimé qu’"il y a beaucoup de il faut et que le chef de l’Etat " n’a pas pu s’empêcher de faire le Rambo en annonçant un renforcement des groupes d’interventions régionaux (GIR)".

Le maire UMP de Chanteloup-les-Vignes, Pierre Cardo, comme l’ensemble de la majorité a en revanche souligné le caractère "volontariste" et "dynamique" de la nouvelle politique, parlant d’un "grand chantier" impliquant tous les ministères. Xavier Lemoine, maire UMP de Montfermeil (Seine-Saint-Denis) a salué "la philosophie générale de rompre avec l’assistanat" et "l’idée d’une gouvernance de la politique de la ville au plus haut niveau de l’Etat".


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