Histoire coloniale et postcoloniale

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racisme : Souleymane dans le métro parisien, après Birame en gare de Toulon

vendredi 20 février 2015

Souleymane, 33 ans, s’est fait refouler d’une rame du métro parisien mardi soir 17 février 2015 par des supporteurs de Chelsea, à cause de la couleur de sa peau. Vous trouverez ci-dessous son témoignage publié dans le Parisien.

Il y a trois mois une affaire analogue s’était déroulée en gare de Toulon. Le 4 novembre 2014, Birame avait été violemment expulsé du train où il avait pris place, par des voyageurs persuadés, à tort, qu’il ne détenait pas de titre de voyage en règle. Son seul tort était en fait que sa peau est foncée. Voir cet article : lynchage en gare de Toulon.
L’affaire de Birame n’a pas fait autant de bruit que celle de Souleymane, notamment parce qu’elle n’était pas liée à une manifestation sportive. Birame n’a donc pas bénéficié du concours de la police britannique et on peut douter que la police toulonnaise ait identifié des passagers qui l’ont agressé, mais il dispose des témoignages de deux personnes qui ont assisté à la scène.

[Mis en ligne le 19 février 2015, mis à jour le 20]


L’homme qui a subi les insultes racistes
des supporteurs de Chelsea témoigne  [1]


Au lendemain de l’ouverture d’une enquête pour « violences volontaires en raison de la race », suite à un incident filmé dans le métro parisien, Le Parisien a retrouvé l’homme qui a subi les injures racistes des fans du club anglais de Chelsea. Souleymane S., un Franco-Mauritanien de 33 ans, rentrait chez lui dans le Val d’Oise en métro lorsqu’il est tombé sur une rame de métro remplie :

« J’ai voulu entrer dans le wagon mais un groupe de supporteurs anglais me bloquait et me repoussait. J’ai essayé de forcer le passage, j’ai une nouvelle fois tenté de rentrer. Dans la bousculade, j’ai perdu mon téléphone. Ils me disaient des trucs en anglais mais je ne comprenais pas vraiment le sens de leurs propos. Je ne parle pas un mot d’anglais.

« J’ai compris qu’il s’agissait de supporteurs de Chelsea et j’ai fait le lien avec le match du PSG qui avait lieu le même soir. J’ai bien compris aussi qu’ils s’en prenaient à moi à cause de la couleur de ma peau. Vous savez, je vis avec le racisme, je n’étais pas vraiment surpris de ce qui m’arrivait même si c’était une première dans le métro.

« Je suis resté longtemps face à eux. Une personne est venue ensuite me dire que j’avais été courageux de résister à des gens comme ça. A mon avis, la scène a duré environ six ou sept minutes. Au bout d’un moment, des agents de la RATP sont intervenus. Mais seulement pour s’assurer qu’il n’y avait pas de bagarre. Leur objectif, c’était que le trafic reprenne sur la ligne. Aucun usager n’a pris ma défense mais, de toute façon, que pouvait-on faire ? (...) Je suis rentré chez moi sans parler de cette histoire à personne, ni à ma femme ni à mes enfants. Et puis, que dire à mes enfants ? Que papa s’est fait bousculer dans le métro parce qu’il est noir ? Cela ne sert à rien. »

Souleymane S. a appris en fin de journée que l’agression avait abouti à l’ouverture d’une enquête, avec la collaboration de la police de Londres qui est à la recherche des citoyens britanniques impliqués. Le Sun de jeudi assure avoir retrouvé un des Britanniques présents, un jeune homme de 21 ans travaillant dans le secteur bancaire à Londres. Souleymane S. assure vouloir aussi porter plainte auprès de la police et se tourner vers des associations anti-racistes afin que « ce qui s’est passé ne reste pas impuni ».

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Question à Lilian Thuram [2]

  • Quelle a été votre première réaction ?

C’est la surprise, même si on sait que ça existe. Mais c’est quand même violent, c’est une violence faite à des êtres humains. Cet acte-là résume tous les actes de racisme ; il y a des gens qui tout à coup disent : "Je ne te connais pas mais je te refuse le droit de". Pourquoi ? "Parce que tu es de couleur noire". Et qui discrimine ? Des personnes de couleur blanche. Qu’est-ce qui se joue là-dedans ?

Certaines personnes ont cette façon de penser le monde parce que c’est le complexe de supériorité hérité de l’histoire. C’est filmé, on ne peut pas dire que ce n’est pas vrai. Mais cette façon de faire se passe tous les jours : combien de personnes refusent telle chose à d’autres et les jugent à travers leur couleur de peau ?