Histoire coloniale et postcoloniale

Accueil > la France > histoire de France > rafle du Vel d’Hiv : la responsabilité de la France est accablante

rafle du Vel d’Hiv : la responsabilité de la France est accablante

jeudi 13 avril 2017, par la rédaction

Les 16 et 17 juillet 1942, des policiers français ont arrêté plus de 13 000 hommes, femmes et enfants qui seront ensuite déportés vers les camps de la mort.

Interrogée, dimanche 9 avril 2017, sur les propos tenus une semaine plus tôt par Florian Philippot, qui avait affirmé son opposition à la reconnaissance de la responsabilité de la France dans la rafle du Vélodrome d’hiver le 16 juillet 1942, Marine Le Pen a affirmé qu’elle pensait « que la France n’est pas responsable du Vél d’Hiv » : « Je pense que de manière générale, plus généralement d’ailleurs, s’il y a des responsables, c’est ceux qui étaient au pouvoir à l’époque, ce n’est pas LA France. »

Dans son émission du 11 avril dernier sur France-inter intitulée Marine Le Pen empêtrée avec Vichy !, Thomas Legrand revient sur la polémique ouverte par Marine le Pen à propos du Vel d‘hiv. La France n’était pas responsable, dit-elle…

« Marine Le Pen n’a fait que défendre une thèse encore soutenue par beaucoup de monde à droite et à gauche jusqu’au tournant des années 2000. Une thèse qui était d’ailleurs officielle (sous Mitterrand compris) jusqu’en juillet 1995, date du magnifique discours de Jacques Chirac au Vel d‘hiv. Cette thèse prétendait que la France, entre juin 40 et août 45, était à Londres ou dans le maquis et que le gouvernement de Vichy n’était pas la France, mais une forfaiture, le simple bras armé de l’occupant. Cette théorie a été établie par le Général de Gaulle pour asseoir sa légitimité. Toutes les lois de Vichy ont été déclarées nulles et non avenues en vertu de cette idée, l’histoire officielle faisait alors du régime de Pétain une parenthèse d’illégalité. Vision sans doute politiquement nécessaire au lendemain de la guerre mais qui s’est avérée historiquement fausse. »

Le travail des historiens a mis en évidence que la réalité avait été toute autre. Mais il a fallu attendre 1995 pour que les hommes politiques en prennent acte : le 16 juillet 1995, Jacques Chirac a déclaré, lors du 53e anniversaire de la rafle, au cours de laquelle 13 000 Juifs étrangers, dont 4 000 enfants, avaient été arrêtés : « Il est, dans la vie d’une nation, des moments qui blessent la mémoire, et l’idée que l’on se fait de son pays. [...] Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français. [...] La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux. » [1]

En 2007, Nicolas Sarkozy devait déclarer qu’il n’y avait « rien à retrancher et rien à rajouter au très bon discours » de son prédécesseur, suivi par François Fillon qui, à la même époque, déclarait : « Oui, la France [a] prêté la main aux actes commis par Vichy contre les Juifs ». En 2012, François Hollande avait appuyé la position de Jacques Chirac en affirmant que « la vérité, c’est que le crime fut commis en France, par la France » et que « pas un soldat allemand, pas un seul, ne fut mobilisé pour l’ensemble de cette opération ». [2]

En affirmant que « la France n’est pas responsable » de la rafle du 16 juillet 1942, Marine Le Pen rompt avec la position définie successivement par Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Spécialiste de l’histoire de la collaboration, l’historien Raphaël Spina revient sur les propos polémiques de la présidente du Front national [3]

« C’est une manière de jouer sur les mots. Selon la définition que l’on donne de la France, sa population ou ses représentants et dirigeants politiques, alors oui on peut discuter. S’il s’agit du peuple français, il ne porte ni l’initiative ni la responsabilité du crime, et il a majoritairement été très choqué par les rafles. Mais si par “la France”, on entend, comme le plus souvent, l’Etat en charge de la France, alors il n’y a aucun doute possible, sa culpabilité est accablante. Il est prouvé depuis au moins une quarantaine d’années que les représentants français ont été au-devant des demandes allemandes et ont fait preuve de zèle, comme d’ailleurs en ce qui concerne le STO (Service de travail obligatoire).

Personne n’a forcé les autorités françaises à collaborer aux rafles antijuives. »


[1Pour lire le discours de Jacques Chirac du 16 juillet 1995 dans son intégralité, cliquer.

[2Source : Slate.

[3Source : l’édition du 11 avril 2017 des Inrocks : Marine Le Pen se trompe.