Histoire coloniale et postcoloniale

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rapport 2013 de la cncdh : musulmans et Roms, nouveaux boucs émissaires

mercredi 2 avril 2014

Le racisme quotidien se banalise, pointe la Commission nationale consultative des droits de l’Homme dans son rapport annuel pour l’année 2013. Un tiers des Français se disent aujourd’hui ouvertement racistes... et « ce sont les Arabo-musulmans qui focalisent l’essentiel des crispations, à l’exclusion de quasiment toutes les autres minorités excepté des Roms, qui font également l’objet de propos très agressifs ». [1]

Christine Lazerges, présidente de la CNCDH a présenté ce rapport à l’occasion d’une conférence de presse, en regrettant qu’il n’ait pu être remis au Premier ministre que le 1er avril, après les élections municipales, et non le 21 mars, Journée internationale de lutte contre le racisme, comme chaque année : « C’est une occasion ratée de parler de ces questions de société. »
Elle a également souligné l’importance de montrer l’exemple au plus haut niveau : « Dans un gouvernement de gauche, on attend un discours clair, net sur ces questions et pas ambigu comme on l’a eu sur les Roms. » [2]

La perception des étrangers en France se dégrade

par Fabrice Tassel, Libération, le 1er avril 2014


Selon le rapport 2013 de la CNCDH, l’immigration est de plus en plus regardée comme un péril en France, alors même que les flux migratoires restent stables.

Au lendemain de la percée du Front national aux municipales, le rapport annuel de la Commission consultative des droits de l’homme souligne que la population arabo-musulmane concentre les crispations.

Ce fut l’une des dernières « timidités » de Jean-Marc Ayrault à Matignon, selon le regret de Christine Lazerges, la présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) : reporter après les élections municipales la remise du rapport annuel de la Commission, consacré à « la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie ». C’est donc ce mardi, et non le 21 mars comme initialement prévu, que Christine Lazerges a remis son travail aux services du Premier ministre. Faute de conseiller de l’équipe Valls encore installé, et en raison du départ de ses prédécesseurs, la petite histoire retiendra que le deuxième document glissé dans une enveloppe et posé sur le bureau de Manuel Valls à Matignon aura été ce rapport de la CNCDH.

Au lendemain d’un scrutin marqué par la percée du Front national, les conclusions de ce document résonnent bien au-delà d’un « simple » rapport comme l’administration aime tant en produire. Constitué de sondages et d’études d’un groupe de chercheurs (Nonna Mayer, Guy Michelat, Vincent Tiberj et Tommaso Vitale), il dresse un tableau sombre de la perception qu’ont les Français des étrangers, ou des Français d’origine étrangère.

L’immigration est de plus en plus regardée comme un péril, alors même que les flux migratoires restent stables et plutôt en dessous de ceux des grands pays développés ; la population arabo-musulmane concentre les crispations, et est observée comme souhaitant avant tout profiter des prestations sociales tout en demeurant repliée sur sa culture d’origine. Pire, l’indice de tolérance, un outil sociologique construit pour mesurer l’évolution de l’opinion publique à la diversité, est en net recul.

TAUBIRA, SYMBOLE DE LA LUTTE CONTRE LE RACISME

Ce jeudi, à Sciences-Po, un colloque sur le même thème offrira à Christiane Taubira l’occasion de revenir sur l’un des épisodes les plus marquants de 2013 en matière de racisme ? : l’agression verbale subie par la garde des Sceaux fin octobre à Angers par des membres de la Manif pour tous (« C’est pour qui la banane ? ? C’est pour la guenon ?! »). Choquée par la lenteur des soutiens, notamment à l’Elysée, Christiane Taubira s’était exprimée dans un entretien à Libération, qui avait fait se lever l’Assemblée nationale, enfin consciente qu’une limite venait d’être franchie.

Dans un récent livre (Paroles de liberté, Flammarion), la garde des Sceaux, dans le style flamboyant qu’elle affectionne, s’alarme aussi de la libération de la parole sur certains réseaux sociaux, « là où la bêtise peut circuler même quand le mazout de la haine et de la vulgarité lui englue les ailes, des doigts bouffis par la lâcheté flasque de l’anonymat tapaient, dans la rage de leur insignifiance, des mots qui se voulaient méchants, blessants et meurtriers ». La lutte contre la prolifération du racisme et de l’antisémitisme sur Internet pourrait précisément être le thème du rapport 2014 de la CNCDH.

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Les Français sont de moins en moins tolérants

par Elise Vncent, Le Monde, le 1er avril 2014


Selon un sondage CSA réalisé en décembre, 69 % des personnes interrogées qu’"il y a trop d’immigrés aujourd’hui en France"
L’intolérance monte en France, et rien ne semble pouvoir enrayer sa progression, à en croire le rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) remis le 1er avril.

Comme chaque année, cet organe consultatif sous tutelle de Matignon dresse le bilan des actes et menaces à caractère raciste, antisémite ou islamophobe en France. Cette année comme les précédentes, le bilan est relativement sombre.

L’inquiétude face à l’immigration a ainsi atteint son niveau le plus élevé depuis 2002, selon le sondage de l’institut BVA que réalise à chaque fois la CNCDH pour accompagner son rapport : 16 % des personnes interrogées (du 2 au 12 décembre 2013 auprès d’un échantillon représentatif de 1 026 personnes) se sont dites « inquiètes » de ce sujet, soit 6 points de plus qu’il y a douze ans.

LES ACTES ANTIMUSULMANS EN HAUSSE

Le chômage et la crise économique restent largement en tête des préoccupations des Français. Mais ils sont de plus en plus nombreux à penser que l’intégration des étrangers « fonctionne mal ». 63 % des sondés sont de cet avis, soit une hausse de 7 points par rapport à 2012. De même, 68 % des personnes interrogées pensent que ce sont avant tout les personnes d’origine étrangère « qui ne se donnent pas les moyens de s’intégrer », soit une augmentation de 8 points.

Globalement, la « tolérance » des Français aurait ainsi baissé de 12 points depuis 2009, selon un indice construit par une équipe de chercheurs de Sciences Po partenaire de la CNCDH. « Cette baisse touche désormais toutes les minorités et est exprimée par toutes les sensibilités politiques », prévient-on à la commission. En clair, l’intolérance gagne aujourd’hui les sondés de droite comme de gauche.

Cette hausse de l’intolérance s’accompagne cependant d’une baisse globale de près de 20 points des actes et menaces à caractère raciste, antisémite ou islamophobe, recensés à la suite de dépôts de plaintes. Seule catégorie en hausse pour la troisième année consécutive : les actes antimusulmans (226 au total). Ils grimpent cette fois de plus de 10 points. « C’est préoccupant, car cette hausse concerne plus les actions (dégradations, homicides, menaces, etc.) que les menaces (propos, tracts, etc.) », souligne-t-on à la CNCDH.

« GROUPES À PART »

Pour la Commission, la baisse des actes et menaces à caractère raciste (– 14 points pour un total de 600 faits) ou antisémites (– 30 points, 423 faits) enregistrés par le ministère de l’intérieur pourrait être trompeuse et s’expliquer par les difficultés qui peuvent exister à déposer plainte dans un commissariat pour ces motifs. Il convient donc plutôt, selon elle, de prendre en compte les éléments déclaratifs du sondage. « On sait très bien qu’il y a beaucoup moins de dépôts de plaintes que de faits réels », justifie-t-on.

Pour la CNCDH, on assiste malgré tout à la création de nouveaux « boucs émissaires » : les musulmans et les Roms. Selon le sondage BVA, ce sont eux qui sont le plus désignés comme « des groupes à part dans la société française  ». Pour les Roms, c’est l’avis de 87 % des sondés (soit plus 10 points par rapport à 2012), pour les musulmans, 56 % (+ 1 point). « Roms » et « musulmans » devancent largement les « Maghrébins » (46 %, + 4), les « Asiatiques » (41 %, + 3), les « Noirs » (23 %, + 4) ou encore les « juifs » (31 %, + 5).

La CNCDH confirme par ailleurs un phénomène nouveau : le sentiment que ce sont « les Français les principales victimes de racisme ». 13 % des interviewés le soulignent (+ 1 point), dont 16 % parmi les sympathisants de droite (dont 23 % pour ceux du FN) et 5 % parmi ceux de gauche.