Histoire coloniale et postcoloniale

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retour sur le 20 août 1955 dans le Nord-Constantinois

mercredi 22 décembre 2010, par nf

L’insurrection du Nord-Constantinois, le 20 août 1955, est un moment important de la guerre d’Algérie. Ce jour-là, une trentaine d’agglomérations de la région de Philippeville (aujourd’hui Skikda) ont été attaquées de façon simultanée. La répression qui s’ensuivit fut terrible...

Claire Mauss-Copeaux vient de terminer une recherche sur ces événements qui n’avaient jusqu’à présent pas été analysés par des historiens.
Le résultat de son travail fait l’objet d’un livre, Le 20 août 1955 en Algérie, insurrection, répression, massacres, qui sera disponible en librairie courant janvier 2011.

Le 20 août 1955, à midi pile, des soldats de l’Armée de libération nationale, branche armée du FLN, appuyés par la population, attaquent simultanément les agglomérations situées dans le quadrilatère délimité par Collo, Philippeville, Guelma et Constantine.

L’Echo d’Alger des 21-22 août 1955.

Mais très vite la répression se met en place. Au cours des semaines suivantes, des représailles disproportionnées s’étendront à l’ensemble de la région. Les armes de guerre sont utilisées, dans les villes comme dans les campagnes.

Philippeville, le 20 août 1955 (Paris Match, 3 septembre 1955)

A Philippeville, les paras ont ratissé. Dès le 20 août, des centaines de suspects sont raflés et emmenés au stade. Dans les jours qui suivent, beaucoup y seront abattus à la mitraillette [1].

Le bilan de l’insurrection proprement dite s’établit à 123 morts, dont 71 dans la population européenne. Le nombre de victimes civiles de la répression n’est pas connu de façon précise, mais il est généralement admis qu’il y aurait eu une centaine de victimes algériennes pour chaque victime européenne [2].

Les images les plus violentes sont celles réalisées par Georges Chassagne de la Fox-Movietone. Le 23 août, il a été autorisé à suivre une des unités chargées du “ratissage” et il a filmé plusieurs assassinats de civils, perpétrés par des soldats français dans le village d’Aïn Abid ou dans sa périphérie immédiate (la gare à l’arrière plan est facilement identifiable) :


Mais l’absence de recherche historique sur ce sujet a laissé le champ libre aux mémoires partisanes pour imposer leurs représentations – qui se limitent le plus souvent aux “massacres des Européens”.

Un livre de Claire Mauss-Copeaux

Après Jean-Pierre Peyroulou qui a fait la lumière sur les événement de Guelma en mai 1945 [3], Claire Mauss-Copeaux vient de défricher ces événements d’août 1955 dans le Constantinois.

Faute d’archives aisément disponibles, l’événement n’avait pas été étudié par les historiens. Claire Mauss-Copeaux a mené sa recherche en croisant les informations apportées par des documents du Service historique de la défense et par les publications de l’époque. Elle a rassemblé et analysé des récits d’acteurs, de témoins et de survivants. Elle a longuement arpenté les lieux où se sont déroulées l’insurrection et la répression. Tout en replaçant l’événement dans son contexte, elle éclaire les zones d’ombres, sources des rumeurs les plus folles Au terme d’une enquête minutieuse, elle apporte des informations inédites à propos des deux massacres d’Européens et révèle également une partie des massacres d’Algériens perpétrés par les “forces de l’ordre”. La violence de la guerre coloniale apparaît dans toute son horreur. Mais il n’y a pas de fatalité, ce sont bien des hommes qui sont à l’origine et au cœur de la tragédie.

Référence : Claire Mauss-Copeaux, Le 20 août 1955 en Algérie, insurrection, répression, massacres, Payot-Rivages, 2010, 280 pages, 23 €, disponible en librairie courant janvier 2011.


[1Voir le témoignage de Georges Apap dans Patrick Rotman, l’Ennemi intime, éd. Points-Seuil, 2007.

[2Bernard Droz et Evelyne Lever, Histoire de la guerre d’Algérie, Points-Seuil, 1982, p. 77.

[3Jean-Pierre Peyroulou, Guelma, 1945 – Une subversion française dans l’Algérie coloniale, éd. La Découverte, 2009.