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un tramway pour les Roms : le gouvernement plonge dans l’indignité

article mis en ligne le vendredi 2 septembre 2011

L’histoire rappelle de bien tristes souvenirs et suscite un tollé à la RATP. Avant-hier, mercredi 31 août, une rame de tramway a été mise à disposition de la police pour l’aider à évacuer un camp de Roms à Saint-Denis, en région parisienne. Excès de zèle local, dit-on à la RATP...

A l’origine, il s’agissait d’évacuer une centaine de Roms d’un camp, à Saint-Denis. Une centaine de personnes ont été embarquées, sous escorte policière, dans une rame de tramway mise à disposition par la RATP – destination : la gare RER de Noisy-le-Sec.

Malaise à la Régie. L’histoire rappelle d’autres pages ... des rafles du Vel d’Hiv’ en 1942 à celles d’octobre 1961. Cela dit, la RATP nie toute responsabilité, alors que le syndicat Sud RATP s’indigne de cette aide apportée à la police.

La Ligue des droits de l’Homme condamne cette opération indigne et saisit le Défenseur des droits.


Un tramway de la région parisienne, en 2006. (REUTERS)

Communiqué de la LDH

Paris, le 2 septembre 2011

Un tramway pour les Roms :
le gouvernement plonge dans l’indignité

Le 31 août à Saint-Denis, après une nouvelle évacuation de leur bidonville, des familles de Roms roumains ont été entassées par la police dans une rame du tramway jusqu’à la gare de Noisy-le-Sec puis forcées à prendre le RER avec l’objectif de leur faire quitter le département.

Cette traque inhumaine menée par l’Etat contre les plus précaires est inacceptable. La Ligue des droits de l’Homme condamne cette opération indigne de bannissement territorial menée sous les ordres du préfet de Seine-Saint-Denis. La réquisition des moyens de transport public est injustifiable et la complicité des représentants locaux de la RATP est inadmissible.

Déjà en 2008 pour des faits semblables à la gare de Massy, la Commission nationale de déontologie de la sécurité, que la LDH avait fait saisir, avait fermement qualifié d’illégal le comportement de la police et du préfet de l’Essonne et fortement condamné la duplicité de la SNCF dans cette affaire.

La LDH a décidé en conséquence de saisir le Défenseur des droits désormais compétent pour instruire des tels agissements.

d’après Plantu (décembre 1997)

Agents RATP face au tramway de la honte

Reprise partielle de Mémorial98, 2 septembre 2011

Nous avons eu l’occasion de rencontrer des agents RATP ce jeudi 1 septembre, au moment où était annoncée l’affaire du tramway de Saint Denis utilisé lors de l’expulsion de Roms.

Ces salariés ont évoqué spontanément le souvenir de la rafle du Vel d’Hiv’ en juillet 1942, au cours de laquelle les autobus parisiens de la STCRP, l’entreprise qui a précédé la RATP, ont transporté les Juifs raflés.

Ces salariés étaient choqués,vexés par ce retour d’une pratique qui pèse toujours sur l’histoire de l’entreprise et sur le métier qu’ils exercent Ils rappelaient qu’à l’époque comme aujourd’hui ce sont les autorités policières qui avaient ordonné cette participation des véhicules et des employés des transports en commun.Certains évoquaient aussi la responsabilité individuelle des conducteurs de bus ou de tramway face à des ordres de ce type.

Il faut d’ailleurs y ajouter une autre occasion dramatique. Lors de la manifestation des Algériens de Paris le 17 octobre 1961 et de la répression meurtrière qui la suivit, les autobus de la RATP furent aussi utilisés pour transporter les personnes arrêtées

Le syndicat Sud s’est indigné de l’utilisation d’une rame de la RATP. "Ce n’est pas à nous de transporter des convois de personnes qui ne sont pas forcément volontaires pour monter dans les tramways", a déclaré son délégué central, Ph. Touzet.

Il a souligné que la gare de Bobigny, terminus de cette ligne de tramway, avait justement joué un rôle central durant la Seconde Guerre mondiale dans la déportation vers les camps de la mort de 22.000 Juifs du camp de Drancy ; elle abrite aujourd’hui un mémorial

Ces agents de la Régie insistaient aussi sur les effets de la « décentralisation » et ses effets pervers : les responsables locaux sont transformés en potentats, se croyant tout permis, puisque chargés du titre de « manager ».

La direction de la RATP a d’ailleurs tenté de s’abriter derrière cette décentralisation pour s’exonérer de toute responsabilité dans cette affaire.

Le trio du sommet de l’Etat, Sarkozy, Hortefeux, Guéant qui a lancé l’offensive contre les Roms l’an dernier est en tout cas directement responsable des évènements de ces derniers jours (voir Pourquoi les Roms ?). Le ministère de l’Intérieur avait émis une circulaire appelant à organiser des rafles de Roms y compris des enfants et à les mettre en scène pour les médiatiser[[Voir cette page).

Face au tollé, la circulaire avait été atténuée, mais son esprit demeure manifestement.

Demeure aussi la mauvaise foi et la manipulation de ceux qui organisent la xénophobie d’Etat et utilisent l’exemple extrême de la Shoah pour relativiser la malfaisance de leur politique qui jour après jour, entraîne un développement du racisme et du rejet.

L’an dernier Sarkozy avait violemment attaqué la commissaire européenne Viviane Reding qui avait déclaré :

« des personnes (les Roms) sont renvoyées d’un Etat membre uniquement parce qu’elles appartiennent à une certaine minorité ethnique. Je pensais que l’Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la seconde guerre mondiale. »

Sarkozy avait alors prétendu que les “juifs français” s’étaient sentis agressés par cette déclaration.

Cette fois ci c’est Guéant qui stigmatise les protestations et considère que :

« […] des propos comme ceux-là banalisent la Shoah et, finalement, encouragent au négationnisme ».

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Memorial98



[http://ldh-toulon.net/un-tramway-pour-les-Roms-le.html] sur le site de la LDH de Toulon