Histoire coloniale et postcoloniale

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stèle des nostalgiques de l’OAS : le retour

dimanche 13 mars 2011

Un geste politique de portée symbolique : la réinstallation sous une forme légèrement modifiée de la stèle de Marignane à son emplacement initial au cimetière Saint Laurent Imbert, le 11 mars 2011, date anniversaire de la mort de Jean-Marie Bastien-Thiry – ce qui a permis à l’Adimad [1] d’y organiser une cérémonie dès le dimanche 13 mars à 16 heures.

La stèle, initialement installée le 5 décembre 2005, est depuis lors l’objet de plusieurs actions en justice. Le 18 novembre 2008, la mairie de Marignane l’avait fait retirer du cimetière en application d’une décision du 7 juillet 2008 du tribunal administratif de Marseille. Mais le conseil municipal de Marignane a voté le 27 octobre 2010 une délibération en faveur de son retour à l’emplacement initial. Bien que cette délibération fasse l’objet de recours devant le TA de Marseille, le maire a donc décidé dans l’urgence [2] la réinstallation de cette stèle.

La nouvelle stèle acceptée en octobre dernier par le conseil municipal diffère de la stèle initiale : les dates du panneau de droite, qui correspondaient aux exécutions des 4 fusillés de l’OAS, ont disparu et sont remplacées par un texte [3].

En revanche la plaque centrale, représentant un condamné à mort face au peloton d’exécution, ne semble pas avoir été modifiée et le panneau de gauche comporte toujours les quatre mêmes dates :

Dates figurant sur la partie gauche de la stèle de Marignane.

Ci-dessous deux articles publiés récemment dans l’édition de Marignane du quotidien La Provence.

La stèle de la discorde a été remise en place hier soir

par Emmanuelle Elbaz, La Provence, le 12 mars 2011


Si les employés du cimetière St-Laurent Imbert ont été autorisés à quitter leur travail plus tôt, hier après-midi, et que le site a également fermé avant l’heure
habituelle, ce n’était pas par hasard.

Il était aux environs de 18h. La nuit était tombée, quand deux camions plateaux sont arrivés, discrètement, transportant divers matériaux et surtout, un chargement très "précieux" : la stèle de l’Adimad (Association de défense
des intérêts moraux des anciens détenus). Equipés de projecteurs, des ouvriers l’ont réinstallée puis ont quitté les lieux à 19h25 précises, laissant sur place deux agents de sécurité.

Cette fameuse stèle a déjà déclenché plusieurs actions en justice et avait été retirée, fin 2008, par les services municipaux, le maire souhaitant respecter la décision du tribunal. Le conseil municipal, en octobre 2010, a voté le retour d’une version modifiée.
Et ce avec presque toutes les voix de la majorité (Jean Brunel s’est abstenu et une élue n’est pas venue), mais aussi les voix du groupe UMP divers droite de Daniel Simonpiéri. Vincent Gomez et les deux autres élus socialistes s’étaient abstenus, Christiane Azam et Marie-Claude Gargani avaient voté contre.

Cette stèle comporte trois dates en moins par rapport à la version qui avait été condamnée par le tribunal administratif : celles de la mort de Jean-Marie Bastien
Thiry, le 11mars 1963, organisateur des attentats contre De Gaulle, le 6juillet 1962, pour Roger Degueldre, responsable des commandos deltas de l’OAS, le
7juin 1962, pour Albert Dovecar et Claude Piegts, qui ont participé à l’assassinat du commissaire Gavoury.

Mais cette nouvelle version, où figurent plusieurs autres dates, notamment celle du 24janvier 1960, début de la semaine des barricades, ne fait pas l’unanimité. Le préfet a émis des observations (voir ci-dessous notre édition du 16 février) et un nouveau recours a été déposé devant le tribunal administratif par des particuliers. Le maire, Eric Le Dissès, à huit jours des cantonales où il est candidat, a visiblement décidé de l’ignorer. L’Adimad, association hyèroise, devrait en tout cas être satisfaite. Un rassemblement était d’ores-et-déjà prévu (voir notre édition d’hier) et est annoncé, pour demain, 16 h, deux jours après la date anniversaire de la mort de Jean-Marie Bastien Thiry.

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Pour le retour de la stèle ce n’est pas encore gagné

par Emmanuelle Elbaz, La Provence, le 16 février 2011


Selon nos informations, la délibération votée au conseil municipal d’octobre 2010, visant à autoriser l’implantation de la stèle de l’Adimad (Association
de défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française) au cimetière de Marignane n’est pas passée
comme une lettre à la Poste au contrôle de légalité en préfecture.

Une stèle qui a déjà fait couler beaucoup d’encre.
Des "observations" ont été faites, comme l’a confirmé la municipalité, après avoir été sollicitée par nos soins : "M. le Préfet est, conformément à la législation, destinataire des documents soumis au contrôle de légalité.
La délibération ainsi que la convention concernant l’Adimad ont appelé de sa part, compte tenu des éléments dont il disposait, certaines observations.
La municipalité a donc fourni, les éléments complémentaires nécessaires à une meilleure compréhension et appréciation de ce dossier. Elle reste actuellement
dans l’attente de son analyse"
.

En clair, la préfecture analyse actuellement la conformité de la délibération, par rapport au jugement rendu par le tribunal administratif, en première instance puis en appel. Celui-ci avait estimé que "la stèle érigée par l’association est, par les choix de commémorations effectués, susceptible de manquer de respect aux familles des victimes d’activistes de l’OAS, (...) et de
heurter les usagers du cimetière" et "qu’elle a ainsi une connotation qui n’est pas conforme à la neutralité du lieu".

Une date qui "coincerait", le 24janvier 1960

Si la convention préparée par la mairie, autorisant l’occupation du domaine public par l’Adimad, dit : "L’association Adimad s’engage à ne porter exclusivement que les dates des massacres des population françaises
en Algérie, dates reconnues par l’histoire et ne pouvant porter atteinte
directement ou indirectement à des personnes encore en vie aujourd’hui"
, il y a pourtant une date qui, historiquement, "coincerait" sur ce projet de stèle
nouvelle version. C’est celle du 24 janvier 1960, qui correspond au début de la semaine des Barricades, au cours de laquelle, notamment, 14 gendarmes
furent tués.

Le conseil municipal de Paris, lui, vient d’adopter, à l’unanimité, une délibération visant à ériger un monument, au Père Lachaise, rendant hommage aux victimes de l’OAS. Ville de Paris dont le premier magistrat est le
socialiste Bertrand Delanoë. Alors qu’à Marignane, les conseillers du PS se sont abstenus sur la délibération concernant la stèle, ce qui leur a valu une cinglante condamnation de la part de la section vitrollaise du PS.


D’après La Provence du 14 mars 2011, environ 130 personnes, dont une trentaine de Marignanais, ont assisté le 13 mars à la cérémonie organisée par l’Adimad devant la stèle.


[1Adimad : Association amicale pour la Défense des Intérêts Moraux et matériels des Anciens Détenus politiques et exilés de l’Algérie française.

[2Sa candidature dans le canton de Marignane-Saint Victoret, pour la prochaine élection cantonale des 20 et 27 mars prochains, explique-t-elle cet empressement ?

[3“A la mémoire de nos compatriotes et des combattants civils et militaires, qui ont perdu la vie pour que l’Algérie reste française”.