Histoire coloniale et postcoloniale

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syndicats de Pôle emploi et associations de chômeurs soutiennent Isabelle de Léon

lundi 10 octobre 2011

Une salariée de Pôle emploi à Toulouse a annoncé le 5 octobre dernier le début d’une grève de la faim pour appuyer son refus d’appliquer une nouvelle mesure d’inscription des chômeurs, découlant de la fusion entre ANPE et Assedic, ce qui lui vaut une procédure disciplinaire.

Isabelle de Léon s’est exprimée lors d’un point de presse devant la direction régionale Midi-Pyrénées à Balma, près de Toulouse, en présence de "résistants et désobéisseurs des services publics" de différents secteurs venus lancer "un appel de Toulouse (...) contre la destruction et la dégradation du service rendu au public".

Isabelle de Léon a reçu le soutien des syndicats SNU-FSU, FO, Sud et CGT de Pôle emploi, ainsi que des associations de chômeurs. Elle a expliqué qu’elle se refusait à appliquer une nouvelle procédure baptisée “Entretien d’inscription et de diagnostic” (EID) entrée en vigueur en avril 2011 dans son agence toulousaine car elle entraîne selon elle une dégradation du service rendu aux chômeurs. Après avoir reçu un blâme, elle est convoquée le 13 octobre devant une commission paritaire nationale de discipline et risque le licenciement, a-t-elle affirmé.

Un certain nombre d’organisations lancent un “appel de Toulouse” dans lequel ils accusent le gouvernement d’organiser "l’inefficience des services publics" pour "préparer leur disparition". Ils appellent dans tous les secteurs à "faire différemment ou ne pas faire" pour "arrêter cette déconstruction".

L’appel de Toulouse

« Nous sommes citoyens, usagers et salariés, agents ou fonctionnaires, des services publics ou remplissant des missions de service public. Nous nous élevons ensemble contre leur destruction et la dégradation du service rendu au public. Ce gouvernement fusionne, démantèle, privatise. Il manipule ! Il organise l’inefficience des services et les rends inopérants pour remplir leur mission d’intérêt général. Il réduit les effectifs, diminue les moyens, change les métiers, réorganise, désorganise... provocant ainsi l’insatisfaction, la souffrance des usagers et des salariés. En diffusant une mauvaise image des services publics et en opposant usagers et agents, il prépare leur disparation.

Les services publics sont : la Santé, l’Éducation, la Justice, les Services Sociaux, les Universités et la Recherche, les Organismes Sociaux : CAF, Sécurité Sociale, Pôle emploi.., la Police, les pompiers, les crèches municipales, les services territoriaux, l’Équipement et l’aménagement du territoire, les transports, la Poste, la SNCF…, l’accès à l’eau, au gaz, à l’électricité…

Tout ce qui est légitimement accessible à tous et qui rend notre quotidien confortable. Nous avons déjà laissé beaucoup de ces secteurs échapper à la régulation de l’État, certains ont disparu, d’autres sont privatisés ou en voie de l’être... Jusqu’où allons-nous les laisser nous dépouiller de ce qui ne leur appartient pas ?

Les générations précédentes avaient eu la prudence de garantir un accès gratuit et régulé à ces services de façon à ce que tous puissent en bénéficier, sur l’ensemble du territoire. De quel droit ce gouvernement s’autorise t-il à modifier des structures aussi fondamentales - et constitutionnelles - de notre société, à l’encontre des intérêts de la population qu’il est censé servir ?
Il agit peut-être légalement, en votant des lois de circonstance, mais illégitimement en ne prenant en compte ni l’intérêt de tous, ni les importantes manifestations de la rue, et en instrumentalisant l’action sociale à des fins sécuritaires.

Il y a un dysfonctionnement dans notre système déclaré « démocratique » ; et devant ce constat beaucoup d’entre nous se sont démobilisés, invoquant une impuissance face aux politiques, eux-mêmes confrontés à leur propre impuissance face aux marchés... D’impuissance en impuissance : nous laissons faire et ce que nous redoutons se réalise.

Pourtant, nous pouvons cesser de nous abriter derrière ce discours de « ça ne sert à rien », arrêter d’être fatalistes, retrouver notre capacité à nous indigner, à réagir, et à agir. Car sans nous « ils ne sont rien », qu’ils soient politiques, ou grands gestionnaires, c’est nous qui sommes sur le terrain à faire ou à
subir ce qu’ils nous demandent d’accomplir contre nous mêmes tous les jours.

Il est donc temps, pour nous et pour les générations à venir :

  • de porter un coup d’arrêt à la destruction organisée de nos droits et acquis sociaux, de nos structures de solidarité et de fraternité ;
  • d’arrêter de subir et de contribuer au fonctionnement de ce qui peut nous nuire ou nuire à nos concitoyens ;
  • de refuser de céder à la division (les vieux contre les jeunes, les travailleurs contre les chômeurs, les salariés du privé contre les fonctionnaires, les « intégrés » contre les étrangers...), à la mise en concurrence généralisée des salariés au cœur des entre- prises et des établissements publics (Les places sur le marché de l’emploi sont chères et ils s’en servent...)

Il dépend de nous, une fois encore dans l’histoire, de leur rappeler qu’ils ne sont là que sur mandat, et qu’ils sont révocables... Ils nous demandent des sacrifices, exigeons des comptes...

Il s’agit d’un appel, un appel à la résistance, à la désobéissance ouverte ou discrète, où que vous soyez, qui que vous soyez, vous pouvez agir pour vous et pour nous tous. Dans chaque secteur d’activité, chaque jour, nous pouvons faire différemment ou ne pas faire, pour arrêter cette déconstruction et la contrer le plus possible.

C’est un appel à Tous. Nous demandons à chacun d’agir à sa mesure, nous appelons aussi les personnalités à s’engager publiquement, médiatiquement : que ceux qui savent, disent, haut et fort, seuls ou en collectifs : historiens, sociologues, juristes, économistes, intellectuels, journalistes...

Retrouvons le sens de nos responsabilités : celles de citoyens actifs, celles de membres solidaires d’une collectivité, celles de parents soucieux de l’avenir de leurs enfants. »

Résistants et désobéisseurs des Services Publics


Soutenu par (premiers signataires) : AC ! Gironde, CnR 31, CNT-SSE 31, Collectif de Défense des Services Publics Castelnaudary Lauragais, Collectif Résistance à la délation-31, Comité de Résistance Social, Convergence nationale des services publics, Coordination des Intermittent-es et Précaires Midi- Pyrénées (CIP-MP), GREF 31, Groupe Communiste, républicain et citoyen de la Mairie de Toulouse, PCF Haute-Garonne, Réseau des enseignants-désobéisseurs du 31, Réseau Emploi Formation Insertion, Robin des Bois de l’énergie 31, syndicats Pôle Emploi Midi-Pyrénées : CGT, SNU FSU, Solidaires SUD Emploi, Solidaires 31, Syndicat National des Chercheurs Scientifiques SNCS-FSU section Midi-Pyrénées, SUD santé-sociaux 31, SUD Culture.


Les associations de chômeurs soutiennent Isabelle De Léon

Rassemblement le 13 octobre 2011 à 9 h 30
Direction Générale de Pôle Emploi, 1 av Docteur Gley 75020 PARIS

Depuis le 19 décembre 2008, date de création de Pôle Emploi, on a assisté à la
fusion de deux structures différentes, l’une publique, l’Anpe, l’autre privée,
l’Assedic, avec toutes les conséquences inhérentes à une telle mesure : passage à un statut privé avec une délégation de service public
 [1], fermetures d’agences pour réduire les coûts, mise en retraite des effectifs en surnombre, fusion des systèmes informatiques, « optimisation » des espaces et des hommes en agence... Il ne restait donc plus qu’à unifier les métiers au sein de Pôle Emploi pour donner l’apparence d’un ensemble cohérent. L’EID, sigle barbare pour « Entretien Individuel Diagnostic », a donc été pensé uniquement pour cette unification et doit être le symbole de son achèvement final, même si c’est aussi l’essentiel de la nouvelle offre de suivi des chômeurs. Pôle Emploi sera alors prêt à devenir une entreprise de service soumise aux logiques de marché néolibérales et potentiellement privatisable, à terme, selon les volontés gouvernementales. Lequel Gouvernement commence d’ailleurs à se désengager en douceur du financement en n’augmentant pas la subvention alloué à Pôle Emploi.

Isabelle De Leon est une professionnelle du placement, conseillère à l’emploi, qui refuse de se prêter au nouveau projet sur le suivi des chômeurs (EID) que
propose Pôle Emploi. Elle défend courageusement, en tant que citoyenne, le
service public. En effet, c’est au non de la liberté qu’elle a choisi de ne pas
appliquer les consignes de sa direction sur l’EID, et c’est au nom de l’égalité des droits des demandeurs d’emploi qu’elle défend l’accès de tous à un service public de qualité. Au nom de la solidarité, elle refuse de vérifier les papiers d’identités, considérant qu’elle est au service du public et que son rôle n’est pas de contrôler, suspecter et dénoncer. Le service public, dit-elle, est le seul véritable outil de redistribution, le seul garant possible d’égalité de traitement et le seul principe capable de maintenir les droits fondamentaux d’aujourd’hui et de demain.

Derrière l’EID, se cache bien sûr un projet de privatisation de Pôle Emploi, qu’elle décode parfaitement en levant le voile sur les objectifs réels des mesures prises par sa direction.

Dans un premier temps, Isabelle de Léon a été sanctionnée le 25 mai dernier par un blâme à l’issue d’un entretien disciplinaire à la direction régionale Midi-Pyrénées. Dans un deuxième temps, la Direction générale de Pôle Emploi la convoque le 13 octobre 2011 pour un conseil de discipline au niveau national.
Devant tant de volonté répressive elle a débuté une gréve de la faim ce 5 octobre 2011.

Nous, organisation de défense des chômeurs, avons décidé de soutenir
Isabelle De Leon dans son combat contre la mise en place de l’EID et ses
conséquences néfastes pour tous, chômeurs et salariés.

En effet, Les nombreux chômeurs qui participent à nos permanences sociales
témoignent de toutes les difficultés qu’ils rencontrent pour être informés sur leurs droits les plus élémentaires et pour obtenir le respect de ceux-ci. L’application généralisée de l’EID, nouveau type d’entretien, ne fera qu’aggraver ces difficultés, avec des conséquences négatives sur l’instruction des dossiers d’indemnisation, sur le suivi des demandeurs d’emploi et sur les ruptures d’inscription : cessations d’inscription, contrôle, radiations dues à des informations non transmises ou transmises avec retard etc...

La Direction de Pôle Emploi veut faire croire que cette nouvelle offre de service se ferait au bénéfice des demandeurs d’emploi, mais la réalité est tout autre. L’EID est un entretien qui se déroule sur 50 minutes. Lors de cette entrevue, tout le dossier du Demandeur d’emploi est passé au crible : contrôle et validation de la carte d’identité, contrôle des attestations, collecte des éléments personnels pour enrichir leur fichier AUDE. On instruit aussi à ce moment là les droits à indemnisation, et on valide un projet professionnel qui est contractualisé par la signature du PPAE. L’EID est a lui seul une machine a cadence infernale... Il est évident que le conseiller de Pôle Emploi n’a pas le temps de tout faire et que la vérification des pièces et l’instruction de l’indemnisation font passer au second plan la validation du projet professionnel. La profession de conseiller à l’emploi est alors réduite à la
portion congrue. Au final, l’ EID est une machine qui lamine la profession de
conseiller à l’emploi et qui, par son caractère globalisant, augmente les risques
d’erreurs dans le traitement des dossiers.

La polyvalence des tâches ainsi mixées, indemnisation et placement, dans
un « metier unique », remet totalement en cause des années de
professionnalisme dans chacun des deux métiers. C’EST CE QUI NEST
PAS ACCEPTABLE ET C’EST CE QUE REFUSE ISABELLE DE
LEON.

La Direction de pôle emploi doit comprendre son erreur de vouloir imposer
à marche forcée l’EID et faire machine arrière définitivement. D’autant plus
que l’État et les partenaires sociaux préparent une nouvelle convention
tripartite pour Pôle Emploi et qu’un point clé fait déjà consensus : la future
feuille de route fera son deuil du « métier unique ». Chez Pôle Emploi demain, les agents ne seront plus censés savoir tout faire. Exit donc la polyvalence et, il faut l’espérer, exit une éventuelle sanction le 13 octobre à l’encontre d’Isabelle De Leon !

le 7 octobre 2011

Contact : "Recours radiation" : info@recours-radiation.fr


[1En violation de l’article 9 de la Convention 88 de l’Office international du
Travail (OIT) sur le service public et les conflits d’intérêt dans le domaine
de l’offre d’emploi (environ 80 % des agents de Pôle Emploi sont passés à
un statut privé avec la disparition de l’Anpe).