Histoire coloniale et postcoloniale

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un discours nauséabond

jeudi 21 mai 2015, par la rédaction

Le 16 mai dernier, le sénateur-maire de Fréjus, David Rachline, a inauguré une nouvelle stèle “en hommage à tous ceux qui sont tombés pour que vive la France en Algérie”, réalisation d’un projet du RNFAA (Rassemblement national des Français d’Algérie et leurs amis).

Cette manifestation a été l’occasion pour le maire de Fréjus de prononcer un discours d’“anthologie” nostalgérique, accessible sur son blog, devant une assistance constituée pour partie d’élus du Front national et d’anciens activistes de l’OAS.

Ci-dessous, quelques articles de diverses origines qui évoquent un événement dont on a quelque peine à mesurer qu’il s’est déroulé en 2015.

La nouvelle stèle à Fréjus

Fréjus : une stèle en hommage « à tous ceux tombés pour que vive la France en Algérie »

par P. M., Var-Matin édition de Fréjus, le 18 mai 2015


Samedi en fin de matinée, le rond-point de la Frégate à Fréjus était noir de monde, à l’occasion de l’inauguration d’une stèle en hommage « à tous ceux tombés pour que vive la France en Algérie ».
Autour du sénateur-maire de Fréjus, David Rachline, l’ensemble des élus de la majorité municipale avait fait le déplacement, ainsi que le conseiller régional, Frédéric Boccaletti ou encore [Jean-]François Collin, président de l’association pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française [1], Fred Art et Jean-Paul Selles, respectivement secrétaire national et délégué PACA du Rassemblement des Français d’Algérie et leurs amis. Dévoilement et bénédiction de la stèle par le curé Claude Aguilla, dépôts de gerbe, chant des Africains et Marseillaise ont rythmé cette cérémonie placée sous le signe du souvenir. (La liste des personnalités est ici.)

« La France a alors fait ses choix. On ne refait pas l’histoire, même si beaucoup semblent aujourd’hui avoir envie de la façonner et de la déformer à leur goût », confiait David Rachline lors de son discours. « La réalité est gravée dans les mémoires de tous ceux qui étaient alors présents en Algérie. Ils s’en souviennent comme ils se souviennent aussi de tous ceux qui y sont tombés pendant ces tristes années. Sachant que l’hommage que nous rendons aujourd’hui va bien au-delà, et s’adresse à tous ceux qui, de 1830 à 1962, se sont battus pour cette terre qui fut si longtemps la France... »

Et de conclure ; «  vive Fréjus, vive la France et vive le souvenir de la France en Algérie ! »

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Nostalgie du colonialisme, xénophobie...
l’extrême-droite à la manœuvre

par Laurence Artaud, La Marseillaise, édition du Var, le 20 mai 2015


Ça ne fleure pas bon du tout, mais c’est décidément dans l’air du temps, cette tendance à charcuter l’Histoire façon « saucisson-pinard » pour nous la resservir à la sauce FN... En même temps que l’extrême-droite progresse, les nostalgiques du colonialisme, et plus précisément ceux que l’on appelle les « nostalgériques » en référence à l’Algérie française, trouvent, eux aussi, des appuis pour s’afficher au grand jour.

Il n’est donc guère surprenant que le maire frontiste de Fréjus vienne ajouter sa pierre à un édifice hexagonal qui comprendrait près de 90 plaques, rues et autres lieux de commémorations glorifiant cette Algérie Française.

David Rachline a en effet inauguré le 16 mai dernier sa stèle « en hommage à tous ceux qui sont tombés pour que vive la France en Algérie » : « Un intitulé relativement vague et un peu passe-partout », sous couvert duquel l’occasion est fournie d’exprimer « une revendication revancharde », commente le président de la Ligue des Droits de l’Homme de Toulon.

Philippe Comani voit en ce phénomène « un double mouvement ». Au "mieux", ce type d’initiatives est ainsi, selon lui, menée à « des fins électoralistes ». L’idée étant de capter le vote des familles de pieds-noirs et de rapatriés dont beaucoup sont installées dans le Sud de la France. Régions où l’on trouve par conséquent le plus grand nombre de ces sites de « revendication mémorielle » en même temps que l’on y « entretient des moments de célébration de l’Algérie Française ».

Mais c’est aussi un vecteur pour l’extrême-droite qui permet « de servir une idéologie xénophobe et d’alimenter la haine raciale », poursuit le responsable de la LDH.

L’OAS dans l’œil de la LDH

Une analyse que partagent la conseillère municipale d’opposition socialiste de Fréjus et conseillère régionale Elsa Di Méo, ainsi que la secrétaire de la section locale du PS Insaf Rezagui, qui se sont émues dans un communiqué de cette nouvelle sortie du maire FN. Effectivement, à lire les commentaires postés sur les réseaux sociaux en réponse à un David Rachline qui y clame toute sa « fierté » d’avoir procédé à cette inauguration, illustration est faite que le double objectif est atteint.

Avec en prime, et c’était attendu, « une réécriture de l’Histoire qui réhabilite une colonisation considérée comme heureuse et de nier le sort des Algériens pendant cette période », poursuit le responsable de la LDH.

Ce dernier pointe en outre l’opportunité ainsi donnée de louer ouvertement l’activisme de l’OAS. Opportunité que certains de ceux qui continuent de vanter les exactions de l’armée secrète ne comptent manifestement pas laisser passer.

La LDH entend donc être particulièrement vigilante : « Nous demandons que soit prise une interdiction de toute célébration liée à l’OAS. »

A Fréjus « où le message est clairement d’extrême-droite », le débat se pose différemment qu’à Toulon, précise Philippe Comani. La capitale varoise possède en effet un monument à la mémoire des « Martyrs de l’Algérie française » qui avait été érigé au début des années 1980 Porte d’Italie, et à propos duquel la LDH demande au maire UMP Hubert Falco qu’« une clarification qui corresponde à la vérité historique soit apportée ». Ceci en l’occurrence afin d’éviter toute « récupération politique ». Et au nom d’une « société plurielle, multiculturelle ».

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Réaction au PS

L’argent public pour promouvoir des idées « nauséabondes »
Les socialistes fréjusiennes Elsa Di Méo (conseillère municipale d’opposition et conseillère régionale) et Insaf Rezagui (secrétaire de la section PS) ont co-signé un communiqué en réaction à l’inauguration, par le maire FN David Rachline, de cette stèle honorant l’Algérie française. Elles commencent d’ailleurs par confirmer que ce dernier a prononcé à cette occasion « un discours nauséabond ».

Pour M. Rachline l’Algérie devrait donc être de nouveau française. Ce pays, l’Algérie, qui a obtenu son indépendance suite à une guerre d’indépendance, devrait donc de nouveau être colonisé et vivre la ségrégation et la séparation des communautés ! » interpellent-elles. Et d’interroger : « Que fait M. Rachline lorsqu’il défend la colonisation de l’Algérie, si ce n’est soutenir les discriminations que vivaient les "musulmans" avant l’indépendance de leur pays en 1962, la ségrégation, l’apartheid social qu’ils vivaient, les inégalités, les massacres [...]  ?

Pour les militantes socialistes, le maire FN promeut son idéologie frontiste à Fréjus en « surfant sur la haine d’une pseudo communauté en particulier », et l’impose « en utilisant de l’argent public [pour l’installation de la stèle] ».
Elsa Di Méo et Insaf Rezagui prêtent en outre, elles aussi au maire lepéniste l’intention de vouloir « créer un fan club de l’OAS à Fréjus ».

Laurence Artaud


Outre les membres de la municipalité, ont également pris part aux dépôts de gerbes [2] :

  • Le secrétaire départemental du Front National du Var et Conseiller régional 
Frédéric BOCALETTI
  • Le Père Guy PASSERON, Prêtre de La Cathédrale Ste Leonce
  • Jean Paul SELLES et Fred ARTZ, Délégués PACA du Rassemblement National des Français d’Algérie et leurs Amis
  • Jean François COLLIN, Président de l’Association Amicale pour la Défense des Intérêts Moraux et Matériels des Anciens Détenus et Exilés Politiques de l’Algérie Française
  • Jules ESTEVE et Marcel NANTES représentant la Maison du Pied Noir de Cagnes Sur Mer
  • Max LACOURTABLAISE, Antoine GIMENEZ et Jean Yves ROBERT, représentant les Rapatriés d’Algérie
  • Roland RICO représentant l’ADIMAD
  • Christian BORRO et Pierre MONJAL, représentant l’Union des Parachutistes
  • Kader BENHABREUCHE et Hacène FADLI, représentant les Harkis d’Algérie
  • Jean Paul SELLES, Délégué Régional PACA RNFAA

[1L’ADIMAD.