Histoire coloniale et postcoloniale

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“une autre voix juive”

lundi 16 février 2015

“Une autre voix juive” désigne un manifeste signé par plus de mille citoyens français, artistes et intellectuels juifs, publié en 2003. Et il désigne également un collectif qui poursuit sa réflexion dans la ligne du manifeste.

Le texte du manifeste est accessible sur le site http://uavj.free.fr/. En voici le début :

Parce que nous ne pouvons pas supporter l’horreur devenue quotidienne au Proche-Orient.
Parce que quelques institutions et quelques hommes publics monopolisent abusivement l’expression des Français juifs.
Parce que nous rassemble une certaine idée de l’humanité.
Parce que, devant les répercussions en France du conflit du Proche-Orient, la résurgence de l’extrême droite, et la recrudescence d’actes antisémites, nous sommes amenés à revendiquer publiquement la part juive de notre identité personnelle.
Nous avons décidé de nous exprimer collectivement. [...]

Le texte suivant, publié le 12 février 2015 sur le site de l’UAVJ, illustre les positions du collectif.

Après les attentats antisémites

Une autre voix juive, le 12 février 2015


Ingérence et récupération

La succession croissante d’attentats criminels à caractère antisémite, leur
caractère orchestré dans la dernière période avec le cas de Toulouse, du
Musée Juif de Bruxelles et, associée à l’horreur du massacre de Charlie
Hebdo, la tuerie de Vincennes, sont l’objet d’une récupération politique
révoltante de la part de Netanyahou qui se permet d’agir en France pour
souder nos compatriotes juifs autour de sa politique.

Cette instrumentalisation des attentats par la politique israélienne actuelle,
a déjà des conséquences négatives par l’émigration d’un nombre croissant
d’entre eux vers Israël, où, en fait de « sécurité », ils trouveront un climat de
haine anti-arabe, une politique coloniale et de discrimination exacerbée
sans même parler d’attentats meurtriers visant des civils israéliens. Cela
nécessite une réflexion nouvelle de la part des forces qui en France agissent
pour une paix juste et durable au Proche–Orient.

La peur a saisi une large partie de nos compatriotes juifs. Les déclarations
gouvernementales réaffirmant le caractère délictueux du racisme et de
l’antisémitisme vont dans le bon sens ; elles rappellent que celui-ci est un
délit grave passible de la Loi, et que les actes racistes ou antisémites seront
poursuivis avec la plus grande sévérité.

A propos des réactions

Les déclarations de responsables religieux et au premier rang de
responsables de la religion musulmane en France sont à la fois courageuses et
dignes ; elles doivent être soulignées ; rien ne serait pire qu’un amalgame
faisant de tout musulman un antisémite potentiel, et a fortiori « un
terroriste ». Une Autre Voix Juive s’élève avec indignation contre toute
tentative visant à induire que par essence la foi de nos compatriotes
musulmans serait de nature à provoquer des actes criminels ; il est impossible
de ne pas voir comment des mouvements d’extrême droite et le Front
National en tout premier lieu agitent, répandent, excitent les populations
pour faire de nos compatriotes musulmans, et plus généralement des
immigrés, des boucs émissaires ; de façon symétrique les campagnes
ouvertement antisémites des Dieudonné et Soral, entretiennent un climat
profondément malsain . Une Autre Voix Juive repousse catégoriquement
l’idée d’un « complot » des services israéliens.

Positives, les réponses gouvernementales, compte tenu de leur ambiguïté
tragique dans le conflit du Proche Orient, sont très largement insuffisantes. La
logique de la guerre – fût-ce contre un adversaire invisible désigné comme
« le terrorisme » – ne constitue en rien la bonne réponse.
Une Autre Voix Juive repousse catégoriquement l’idée selon laquelle le
monde serait en proie à « Une guerre des civilisations ».
Les crimes qui se sont déroulés récemment sur notre territoire et dans
l’Union Européenne, leur caractère organisé, supposent que les
commanditaires soient identifiés et mis hors d’état de nuire. Les campagnes
djihadistes sur internet doivent cesser ; avant toute chose, la réponse est de
nature politique, pas d’abord d’ordre militaire. Elle ne doit pas être
recherchée dans des mesures d’exception qui s’en prennent aux libertés
fondamentales et qui contribuent à instiller un climat de défiance et de peur.

Les groupes puissamment armés qui font régner la terreur dans divers pays
d’Afrique et d’Asie, quel que soit le nom dont ils s’affublent se réclament
d’une idéologie dont le recours au Coran n’est qu’un voile et qui porte un
nom connu : un fanatisme de type fasciste. Ces groupes sont financés et
armés par des puissances étatiques parmi les plus riches de la planète ou
avec leur complicité. C’est ce lien organique qui doit être brisé. L’existence de
filières djihadistes en France en dérive, quelle que soit leur nocivité. Elles
prennent appui sur des questions lourdes d’ordre international. Des
décennies de myopie et d’hypocrisie de la part des principales puissances
occidentales les ont laissé croître démesurément ; comme notamment le
conflit du Proche Orient dont les grandes lignes de solution pacifique, juste et
négociée sont connues de longue date.
L’ensemble de ces éléments confère des responsabilités nouvelles aux
organisations qui se réclament, dans notre pays, de la lutte pour les droits
fondamentaux du peuple palestinien, pour une paix juste et négociée au
Proche-Orient.

Elles ne sauraient sous-estimer, selon Une Autre Voix Juive, les effets de la
propagande israélienne sur nos compatriotes juifs, propagande qu’alimentent
et relaient puissamment les attentats criminels les prenant comme cible.

Au moment ou l’on commémore le 70ème anniversaire de la libération
d’Auschwitz, ces attentats et cette propagande influencent une population
qui garde la mémoire transmise ou directe du génocide nazi ; cela ne fait pas
de la majorité de nos compatriotes juifs des soutiens indéfectibles et a priori
de la politique israélienne mais les rend réceptifs à l’idée qu’ils et elles sont
menacé-es dans leur existence en tant que juifs.

POUR UNE PAIX JUSTE , NEGOCIEE , ET DURABLE AU PROCHE
ORIENT ; POUR LES DROITS FONDAMENTAUX DU PEUPLE
PALESTINIEN ET LA SECURITE DES PEUPLES PALESTINIEN ET
ISRAELIEN

Donner à voir, en toute circonstances, la visée humaniste et progressiste du
mouvement de soutien aux droits nationaux palestinien est un impératif. A la
fois pour contribuer à dissuader des jeunes égarés par la colère à verser dans
le terrorisme, pour dissiper les peurs de nos compatriotes juifs et pour
permettre au plus grand nombre de citoyens de toutes origines et de toutes
options philosophiques de rejoindre notre combat.

Les formulations qui se limitent à exciter la colère contre Israël, a fortiori
contre la légitimité de son État, sont à bannir. Elles ont des effets négatifs sur
la perception de nos objectifs, à la fois chez les uns et chez les autres.
Sanctionner la politique israélienne actuelle est indispensable. Voir
Netanyahou et Libermann parader le 11 janvier aux côtés de nos
compatriotes et s’immiscer grossièrement ensuite dans la politique française
soulève l’indignation. Mais aujourd’hui toute l’activité des forces qui agissent
en France pour une issue juste, pacifique et négociée au Proche-Orient doit
plus que jamais, indépendamment de la critique la plus nécessaire et légitime
de la politique israélienne actuelle, intégrer fortement la dimension de la
sécurité d’Israël et de sa légitimité ; nombre de nos compatriotes juifs y sont
profondément attachés et c’est compréhensible. Il est notoire que lors des
meurtres visant des civils israéliens à Jérusalem, l’Autorité Palestinienne les a
condamnés sans équivoque alors que le Hamas et d’autres groupes s’en sont
félicités. La critique des forces qui propagent la haine doit être sans éclipse.
Nos discours, nos mots d’ordre, nos actions doivent constamment exprimer
notre solidarité aux forces progressistes, qu’elles soient israéliennes ou
palestiniennes.

Dire cela n’est pas prendre parti dans les débats politiques internes du
peuple palestinien. C’est à lui de déterminer ses méthodes de lutte, et ceux
qui le représentent. Mais notre responsabilité, en France, est de renforcer le
front de la lutte pour une Paix Juste, Négociée et Durable.
Tout ce qui concourt à présenter les « juifs » comme des alliés
inconditionnels de la politique Israélienne, tout ce qui excite la haine de l’État
israélien comme tel doit être chassé de la mobilisation visant au
rassemblement en France. C’est sur sa force et son déploiement que repose
le véritable soutien des droits fondamentaux du peuple palestinien.