Histoire coloniale et postcoloniale

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une laïcité à géométrie variable

mercredi 11 décembre 2013

En France, pays “laïque”, on fête Noël dans les écoles, avec sapins, crèches et santons. Pour l’occasion, les écoles préparent le goûter de Noël qui sera accompagné de spectacles et chants de Noël… Les mamans volontaires pour donner un coup de main sont les bienvenues... Sauf dans une l’école maternelle d’un petit village de l’Oise : au nom de la charte de la laïcité, une maman n’a pas été autorisée à participer à la préparation de ce goûter de Noël, car elle était ... voilée.

Nous vous proposons ci-dessous le commentaire de Nicolas Bourgoin. Et si vous trouvez qu’on vous bassine avec le voile, suivez le conseil de Laurent Mucchielli et allez jeter un coup d’œil sur le statut concordataire en Alsace-Moselle.


Maman voilée, goûter ajourné

[par Olivier Hanquier, Le Courrier picard, le 10 décembre 2013]


Le 21 novembre, le goûter de Noël de l’école maternelle de Méru n’a pas eu lieu. Au nom de la laïcité, la directrice a refusé l’accès à une mère d’élève voilée. La directrice de l’école Voltaire A a appliqué strictement le règlement intérieur.

« Bien sûr que je suis au courant de cette histoire », lâche Yves Leblanc, le maire UMP de Méru (Oise). L’histoire est celle d’une mère de famille voilée, venue donner un coup de main comme d’autres bénévoles pour la mise en place d’un goûter de Noël à l’école maternelle Voltaire A, le jeudi 21 novembre.

Mais voilà que la directrice applique à la lettre la charte de la laïcité récemment inaugurée dans l’établissement : pas de signes ostentatoires de religion pendant le temps scolaire. Résultat, la mère n’est pas acceptée dans l’enceinte de l’école. Et face à la grogne de certains parents d’élèves qui s’offusquent de cette décision, la responsable de l’école annule tout simplement le goûter. « La directrice reste maître dans son établissement. La mesure a été prise pour préserver une certaine sérénité », explique Emmanuel Roy, directeur académique des services de l’Éducation nationale de l’Oise qui reconnaît aussi que « pour quelque chose de festif, hors temps scolaire, les gens peuvent venir évidemment comme ils le souhaitent ».

Deux pétitions circulent

La mère de famille incriminée fait alors appel au « Comité 15 mars et Liberté » et lance une pétition face à cette « laïcité qui ne s’attaque qu’aux musulmans et porte atteinte non seulement aux mamans concernées, mais aussi à leurs enfants, qui voient ainsi leurs mamans discriminées et exclues ».

La pétition a peu de succès et enclenche même une seconde pour soutenir la position de la directrice de l’école. « On se retrouve désormais entre un affrontement de deux groupes de parents d’élèves, concède le maire de Méru qui anticipe l’avenir avec cette querelle : « Ce que l’on voit aujourd’hui à Méru, c’est la France de demain. Et qui ne fera que grossir ceux qui stigmatisent l’islamisation en France ».

Pour la petite histoire de cette histoire, le goûter de Noël se fera, « mais sans bénévoles, avec uniquement les enfants et les enseignants ».

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Le commentaire de Nicolas Bourgoin [1]

La charte de la laïcité de Vincent Peillon fait ses premières victimes. Le 21 novembre dernier, un goûter de Noël a été purement et simplement annulé par une directrice d’école pour cause de maman voilée venue aider bénévolement. Pas de signes ostentatoires de religion pendant le temps scolaire, précise la circulaire, à ceci près que l’injonction de laïcité semble exclusivement s’adresser aux musulmans (voir ici). Elle conduit dans le cas présent à refuser à une mère de famille de pénétrer dans l’enceinte scolaire. Cette histoire démontre par l’absurde le non-dit des intégristes de la laïcité : désigner un bouc émissaire pour faire diversion face aux vrais problèmes et in fine diviser pour mieux régner. Quels enseignements peut-on en tirer ?

L’économie française va mal et le gouvernement actuel paraît incapable de redresser la barre. Coincé entre le fardeau de la dette hérité de ses prédécesseurs, les injonctions austéritaires de Bruxelles et le carcan de la monnaie unique, il est effectivement condamné à contempler le cortège des plans sociaux et l’envolée inexorable du chômage. François Hollande ne semble même plus croire à ses propres prévisions sur l’inversion de la courbe « avant la fin de l’année ».

Impuissant à améliorer le sort des classes populaires et à contrôler les excès de la finance (ce qui était pourtant l’une des promesses du candidat Hollande), le gouvernement est en revanche très actif sur le front intérieur : expulsions (pour les Roms), exigence de laïcité (pour les musulmans) et mariage pour tous. Le sociétal en lieu et place du social : envoyer des signes extérieurs de « socialisme » à son électorat tout en prévenant toute accusation de laxisme migratoire et tenter de compenser la perte de souveraineté économique par une défense de la souveraineté nationale en promouvant une islamophobie « de gauche ». Le temps et l’énergie monopolisés par les débats publics autour de la question de la laïcité, les effets d’annonce des nouvelles lois réduisant toujours plus la place des signes religieux dans l’espace public agissent comme autant d’écrans de fumée. L’hypertrophie médiatique de la question du “voile” a pour fonction de masquer l’ampleur des vrais problèmes économiques qui, eux, ne reçoivent pas le début d’une solution.

Le prix à payer de cette politique est lourd : les actes d’agressions physiques et verbales contre les musulmans sont chaque année plus nombreux (voir ici) et l’islamophobie gagne la société française. D’après un récent sondage, une majorité écrasante de personnes soutiennent le licenciement d’une salariée de la crèche « Baby loup » au seul motif qu’elle portait le voile. Le parti le plus islamophobe de l’échiquier politique français arrive en tête des intentions de vote pour les élections européennes de 2014. [...]

Nicolas Bourgoin [1]