Histoire coloniale et postcoloniale

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une soirée-débat pour Maurice Audin

jeudi 3 avril 2014, par nf

Lundi 24 mars 2014, Mediapart, la Ligue des droits de l’Homme et l’Humanité organisaient au théâtre Le Tarmac un débat public autour de l’assassinat de Maurice Audin à Alger en juin 1957. Ce débat a été suivi d’un appel pour la reconnaissance de ce crime d’Etat et des violations des droits de l’homme par l’armée française durant la guerre d’Algérie.

Le débat, précédé de la projection du film Maurice Audin, la disparition (réalisé par François Demerliac), réunissait, en présence de Josette Audin, veuve de Maurice Audin, une table ronde avec : Gilles Manceron, historien ; Sadek Hadjerès, membre en 1957 du secrétariat du PC algérien, rédacteur du site Socialgérie ; Raphaëlle Branche, historienne, maîtresse de conférence à l’Université Paris I ; René Gallissot, historien, professeur émérite de l’Université Paris 8 ; Malika Rahal, historienne chargée de recherches à l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) ; Nathalie Funès, journaliste au Nouvel Observateur et Alain Ruscio, historien. Sont intervenus également au cours de cette soirée : Michel Broué, mathématicien, président des Amis de Mediapart ; Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction de l’Humanité ; Edwy Plenel, directeur de Mediapart ; Charles Silvestre, journaliste, vice-président des Amis de l’Humanité.

[Mis en ligne le 30 mars 2014, mis à jour le 3 avril]


A la tribune, de gauche à droite : Alain Ruscio, Sadek Hadjerès, Gilles Manceron, Nathalie Funès, René Gallissot et Malika Rahal (photo Pierre Pytkowicz/L’Humanité)

Affaire Maurice Audin : nouvel appel pour connaître la vérité

PARIS, 26 mars 2014 (AFP) – Un appel lancé mercredi par la Ligue des droits de l’Homme, Mediapart et les Amis de l’Humanité réclame la vérité sur la mort du jeune mathématicien communiste Maurice Audin, disparu à Alger en juin 1957.

Quatorze ans après l’"Appel des douze", condamnant la torture commise durant la guerre d’Algérie, cet "Appel des 171" exige "que les plus hautes autorités reconnaissent le crime d’Etat qu’a été l’assassinat de Maurice Audin, ainsi que la pratique de la torture et les violations massives des droits de l’Homme par l’armée française durant la guerre d’Algérie".

Il est signé notamment par sa veuve Josette Audin, des anciens appelés en Algérie, des historiens et des personnalités.

Les signataires réclament que les autorités françaises "donnent les moyens à une commission d’historiens d’accéder à toutes les archives concernées" et "qu’elles sollicitent officiellement les autorités algériennes pour qu’elles fassent les recherches nécessaires pour retrouver le corps de Maurice Audin dans les lieux présumés de son enfouissement dans une fosse commune, avec ceux de centaines d’Algériens torturés et tués eux aussi par l’armée française".

Arrêté à son domicile à Alger le 11 juin 1957 en présence de sa femme par des parachutistes, Maurice Audin est soupçonné d’héberger des membres de la cellule armée du Parti communiste algérien. Il est torturé à plusieurs reprises dans une villa d’El Biar, un des quartiers d’Alger, en compagnie d’Henri Alleg, futur auteur de La Question, livre dénonçant la torture.

Dix jours plus tard, Josette Audin apprend officiellement que son mari s’est évadé lors d’un transfert. Les autorités françaises ont toujours soutenu cette version.

Dans La vérité sur la mort de Maurice Audin (Equateurs), paru en janvier, le journaliste Jean-Charles Deniau conclut que Maurice Audin, 25 ans, a été tué par un sous-officier français sur ordre du général Jacques Massu, patron de la 10e division parachutiste (DP) pendant la bataille d’Alger. Un ordre répercuté par Paul Aussaresses, alors officier de renseignements au 1er régiment de chasseurs parachutistes (RCP), l’un des quatre régiments de la 10e DP.

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a promis en janvier que le gouvernement fera "tout ce qui est en son pouvoir pour contribuer à l’établissement de la vérité" sur le sort de Maurice Audin.

Hollande et l’État doivent reconnaître la torture en Algérie

par Wiza Ouhemmouche, La Tribune le 25 mars 2014


L’assassinat de Maurice Audin en juin 1957 par les parachutistes de l’armée coloniale française à Alger a été au centre d’une soirée-débat organisée, lundi dernier.

L’assassinat de Maurice Audin en juin 1957 par les parachutistes de l’armée coloniale française à Alger a été au centre d’une soirée-débat organisée, lundi dernier, au Tarmac (Paris 20e) par la Ligue française des droits de l’Homme (LDH), Mediapart, L’Humanité, avec les Amis de L’Humanité et les Amis de Mediapart, en présence de la veuve du martyr, Josette Audin, pour demander « la vérité sur l’assassinat » du jeune mathématicien communiste engagé pour l’indépendance de l’Algérie.

Devant un public nombreux, les intervenants, sont revenus sur les conditions de la mort de Maurice Audin, la disparition de son corps et les affres de la torture qu’il a subies pendant 43 jours ainsi que l’entêtement de l’État français à nier sa complicité et sa responsabilité dans cet assassinat. La soirée qui a abouti à un « appel pour la reconnaissance de ce crime d’État et des violations massives des droits de l’Homme par l’armée française durant la Guerre d’Algérie », a débuté par la projection du documentaire sur Maurice Audin. La Disparition, de François Demerliac, qui retrace le parcours militant d’Audin, sa vie à Alger, ses études, sa fausse évasion propagée par ses assassins dans un transfert alors qu’il était détenu par les paras français… Le réalisateur a indiqué qu’il avait parlé, alors qu’il préparait son film, sorti en 2010, pendant une heure avec le tortionnaire en chef Aussares, décédé en décembre 2013, qui avait « nié toute implication (la sienne, Ndlr) dans l’affaire Audin ». Un représentant de la LDH a affirmé à l’assistance que « les autorités françaises n’ont pas fait le nécessaire malgré la déclassification de certaines archives qui n’ont pas apporté des renseignements importants en rapport avec la disparition d’Audin ». Un membre des amis de Mediapart a qualifié de « mensonge d’État » la posture de l’État français face à ce crime « commandité par les responsables politiques de l’époque ». Il ajoutera qu’il attend de l’actuel président de la République française, François Hollande, qu’il « ouvre un chemin de vérité et de fraternité », mais sans aller jusqu’à lui demander la « repentance ». « Ceci nous l’exigeons : il faut que l’État français reconnaisse la torture en Algérie […], après avoir reconnu la Guerre d’Algérie en… 1979, alors que de hauts officiers de l’armée coloniale ont reconnu l’usage de la torture en Algérie », dira-t-il. La « vérité sur la responsabilité des militaires et des politiques dans l’affaire de la disparition de Maurice Audin » est une exigence, réitérera le militant.

Sadek Hadjerès, ancien militant nationaliste et communiste affirmera, lui, que « les bourreaux ne parviendront jamais à effacer les traces de leurs crimes ». « La torture était une pratique massive et non avouée », témoignera-t-il avant de conclure son intervention par une note de détermination : « Nous sommes les marcheurs d’une longue marche, il faudra continuer. » L’historien spécialiste du Maghreb colonial, René Gallissot, a dénoncé de son côté « la chaîne de commandement oral de la torture pour ne pas laisser de traces […] et la complicité politique dans le fonctionnement du gouvernement qui préside à la décision, la complicité face à l’impunité et la complicité du silence ».
À ce propos, M. Gallissot a dénoncé l’impossible accès aux documents du régiment militaire, de la région militaire, du ministère de la Défense, de l’exécutif et enfin la complicité politique qui est de mise jusqu’au sein du gouvernement sur l’assassinat de Maurice Audin. Malika Rahal, docteur en histoire, auteur de L’Union démocratique du Manifeste algérien (Udma) (1946-1956), Histoire d’un parti politique. L’autre nationalisme algérien et qui est connue pour son travail sur l’assassinat de Boumendjel qu’elle considère comme le premier gros scandale de la torture en Algérie, a, pour sa part, souligné que des déclarations d’Aussares ouvrent la possibilité de trouver des corps des disparus lors de la même période sombre du colonialisme.

Le débat de cette soirée qui a permis surtout d’actualiser les demandes de vérité sur l’assassinat d’Audin et de rappeler l’exigence de la reconnaissance de la torture par la France, a été animé par l’historien Gilles Manceron, membre du Comité central de la LDH et coresponsable du groupe de travail « Mémoire, histoire, archives ».

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