vers des « rafles à visage humain » ?


article communiqué de la LDH  de la rubrique les étrangers > comment vivent-ils en France ?
date de publication : vendredi 18 août 2006


Malgré la mobilisation du Réseau éducation sans frontières, 650 personnes, dont de nombreux sans-papiers, ont été délogées hier à Cachan (94) [1].

Une cinquantaine d’interpellations. Dans le même temps un charter d’expulsés prenait la direction de la Roumanie : l’occasion pour Nicolas Sarkozy de prouver sa fermeté à son électorat.


communiqué de la LDH —>

Communiqué LDH

Vers des « rafles à visage humain » ?

Pour « éviter un drame humain » le ministère de l’Intérieur a décidé de procéder à l’évacuation du « squatt de Cachan » le 17 août 2006. Tant de cynisme ne peut que choquer.

Dix ans après l’évacuation musclée de Saint-Bernard, c’est toujours la même politique du coup de force qui s’applique contre les sans-papiers, les sans-logis et les exclus et dont on connaît l’inhumanité et l’inefficacité.

Les offres de relogement proposées dans les hôtels ne sont que des solutions précaires qui ne tiennent pas compte de la situation des familles notamment des enfants scolarisés.

Dispersées dans toute l’Ile-de-France, ces familles qui croyaient que des négociations pouvaient encore aboutir se voient aujourd’hui contraintes de tout reconstruire.

Quant aux personnes en situation irrégulière dont on affirme haut et fort qu’elles seront éloignées du territoire, elles ont fait l’objet d’un « tri » à la sortie du squatt au mépris de toute dignité.

Au travers de cette opération rondement menée par les services du ministère de l’Intérieur avec l’assistance de la Croix Rouge, on assiste une fois de plus à une manipulation médiatique du ministre de l’Intérieur. Sous couvert d’un affichage de bons sentiments et d’humanité, c’est bien la brutalité qui prévaut au mépris des engagements pris.

La LDH déplore cette situation et condamne avec la plus grande fermeté cette action et appelle à la plus grande vigilance de la part tant des élus que des citoyens pour que de telles dérives ne se reproduisent plus.

La LDH attend que le ministre de l’Intérieur fasse connaître publiquement la situation des personnes en situation irrégulière.

Paris, le 18 août 2006.

Cachan : Sarkozy flatte son électorat

Par Vanessa SCHNEIDER, Libération, vendredi 18 août 2006

Le calendrier est trop chargé pour croire à la coïncidence. En pleine polémique sur les sans-papiers, Nicolas Sarkozy aurait subitement découvert la dangerosité du squat géant de Cachan où plus de 650 personnes, clandestines ou non, vivaient depuis trois ans. La simple « mesure de précaution » lancée par le ministre de l’Intérieur sent à plein nez l’opération médiatique. Le sarkozyste Yves Jégo, député UMP de Seine-et-Marne, a eu beau « saluer cette mesure d’évacuation fondée sur l’analyse d’un risque sérieux d’incendie du bâtiment » en rappelant les « drames survenus il y a un an maintenant dans les squats parisiens », les associations et les partis de gauche ont vivement réagi. Le Parti socialiste s’est ainsi « étonné de la précipitation avec laquelle ont été évacuées » les centaines de personnes du squat. Le PCF a dénoncé une « véritable provocation » et « cet acharnement à faire du chiffre dans l’urgence ». Pour Richard Moyon, le porte-parole de RESF, l’évacuation a été faite par Nicolas Sarkozy pour « souligner sa fermeté à l’égard de la question de l’immigration ».

Les Verts parlent de « cynique gesticulation médiatique », et la LCR fustige la « chasse aux sans-papiers à laquelle se livre une fois de plus Nicolas Sarkozy, ministre des expulsions ». Mouloud Aounit, secrétaire général du Mrap a, lui, condamné « la volonté de Nicolas Sarkozy de donner un tour de vis cruel et démagogique » au problème des sans-papiers.

En fait, le ministre de l’Intérieur, applique sa tactique habituelle, celle de la carotte et du bâton qu’il préfère appeler « fermeté et humanité ». Soucieux de ne s’aliéner aucun soutien en vue de la présidentielle, il cherche à trouver sur les sujets sensibles son point d’équilibre en tapant dans un sens, dès qu’il pense avoir été conciliant, dans un autre, et réciproquement. Ainsi, à peine annonçait-il mercredi le retour volontaire et avec contrepartie financière de 52 Roumains dans leur pays qu’il communiquait, hier, sur le renvoi, contraints et forcés cette fois, de 73 autres Roumains. Manière, pense-t-il, de satisfaire dans le même temps les partisans d’une politique dure à l’égard des clandestins et ceux, dans l’opinion, qui prônent des solutions alternatives aux expulsions violentes.

Après avoir dévoilé, mardi, qu’il entendait régulariser autour de 6 000 sans-papiers dont les enfants sont scolarisés en France, il se devait, selon sa logique, de frapper un grand coup pour montrer à ses électeurs qu’il reste intraitable sur la question. Car, si les associations de défense des sans-papiers déplorent le faible taux de régularisations au regard du nombre de dossiers déposés (près de 30 000), pour beaucoup de sympathisants UMP, le chiffre de 6 000 est considéré comme beaucoup trop élevé. L’évacuation spectaculaire du squat de Cachan, sous couvert d’ « éviter un drame humain » permet donc au candidat de la droite de rappeler à son camp qu’il peut toujours compter sur lui.

Vanessa Schneider

Notes

[1] Voir le site du squat des mille de Cachan d’où est tirée l’image ci-dessus.


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